Le danger de parler d’une « personne toxique »

17 septembre 2017 dans Psychologie 0 Partagés
femme avec tempête dans la tête

Attention parce que les mots « personne toxique » représentent une étiquette facile à mettre quand une dispute a lieu : ils placent en effet toute la responsabilité négative de l’affrontement sur l’autre. C’est-à-dire qu’ils facilitent une cause qui nous rend victimes. Et c’est un endroit très tentant, sans le moindre doute. Ainsi, il s’agit d’une ressource particulièrement accessible pour les paresseux-ses émotionnel-le-s, pour celleux qui pensent qu’il n’y a aucune tache dans leur personnalité et pour celleux qui croient que la toxicité empêche le responsable de recevoir un quelconque gramme d’empathie.

Ces dernier-ère-s ne veulent pas voir la toxicité comme le résultat ou comme une réaction à une situation qui implique plusieurs personnes ; iels pensent qu’il s’agit d’une caractéristique « a priori » déjà possédée par quelqu’un. En ce sens, celui/celle qui colle l’étiquette ignore que la toxicité, dans le cas où elle existe, a une histoire.

Un autre élément qui nous pousse à être prudent-e-s avec le terme « toxique » est qu’il ne s’agit pas d’une étiquette purement scientifique. Il n’y a pas d’études sur la toxicité, il y a des études de comportements qui ont ensuite été catégorisés comme toxiques, a posteriori et sans rendre efficaces les nombreuses variantes qui causent ces comportements.

Finalement, c’est une étiquette qui s’est popularisée à un point tel qu’elle implique un risque sérieux : celui de se retourner contre nous. Personne n’est à l’abri d’une catégorisation de ses comportements en tant que « toxiques », en comprenant par ce mot que ce comportement fait du mal aux autresEt, pour certain-e-s, il n’y a qu’un pas entre étiqueter les comportements et étiqueter une personne…

Pourquoi le mot « toxique » fait autant de mal ?

Dire d’une personne qu’elle est toxique n’est pas du tout inoffensif. En fait, il peut même s’agir d’une attaque très sérieuse, d’une insulte cruelle cachée derrière une supposée autorité morale, qui peut vous avoir poussé à feuilleter quelques livres de développement personnel, sans autre engagement ou intention que de déléguer la responsabilité à d’autres.

Le terme toxique est facile à comprendre ; sa force vient du venin de sa résonance. Dans l’imaginaire, il fait référence à une substance de couleur variable, collante, inflammable et avec laquelle il faut faire très attention. Ainsi, quand nous disons qu’une chose est toxique, nous affirmons qu’elle n’est pas digne de confiance en raison de sa manière d’être.

petite fille assise avec des oreilles de lapin

Si nous pensons à ce que nous venons de décrire, nous commençons à nous arracher les cheveux à cause de la popularisation de ce terme car elle a mis cette arme entre les mains de personnes qui ne comprennent rien aux conséquences de son utilisation. Ceci, au moins, mérite un instant de réflexion.

Il n’y a pas de personnes toxiques, seulement des relations ou des comportements

Personne n’est, en soi, une personne toxique. Dans le cas où quelqu’un nierait cette affirmation, car il y a toujours des exceptions à la règle, nous conviendrons que tout le monde a le pouvoir de ne pas être toxique.

Nous autres êtres humains n’avons pas d’arsenic ou d’amiante à la place du sang ou des cellules. Nous sommes parfois des mers paisibles sur lesquelles les voiles et le gouvernail semblent s’allier pour nous emmener où nous le voulons et, d’autres fois, nous ne sentons que la tempête et oublions complètement l’eau. Une tempête que, par ailleurs, nous alimentons, conduisons ou transmettons souvent.

Dans ces étapes de vie, circonstances et événements, nos attentes, nos façons d’agir et nos valeurs entrent en collision avec celles des personnes qui se trouvent autour de nous. Quand nous ressentons ce vide et cette incertitude, nous pouvons choisir d’isoler ce vide émotionnel en laissant tomber notre responsabilité sur l’autre.

personnes toxiques

On pourrait prendre en compte des reproches supplémentaires, des comportements intolérables, des symptômes d’usure de la relation, etc. Tout cela pourrait se faire, mais cela implique de réaliser une introspection et un certain travail avec soi-même, très recommandé avant de coller sur quelqu’un d’autre l’étiquette de « personne toxique ».

Des dynamiques toxiques au lieu de personnes toxiques

Tout le monde peut être victime d’un comportement toxique. Cependant, le plus habituel est que les personnes participent à des dynamiques toxiques ; elles ne sont pas elles-mêmes des personnes toxiques. Quand nous ne parlons pas à l’autre parce qu’iel ne nous parle pas en raison de sa fierté, quand nous insistons sur un sujet pour mettre l’accent sur le désintérêt de l’autre, quand nous assumons une position de dépendance parce que l’autre personne est surprotectrice… Voici des dynamiques toxiques.

Il faut enfin signaler que le terme toxique est un terme aussi puissant que limité dans sa précision. Dire d’une personne qu’elle est toxique nous indique seulement qu’elle est dangereuse ou potentiellement dangereuse mais pas en quel sens elle l’est, quels sont les aspects qu’elle affecte, comment nous pouvons nous protéger si cela devient nécessaire… Cela nous indique encore moins comment aider la personne vers qui se dirige cette étiquette. Ainsi, nous pouvons finir par dire que celleux qui luttent, celleux qui sont sensibles, celleux qui osent, sont toxiques, et nous ne sortirons pas indemnes en tant que société qui veut catégoriser les personnes d’une nouvelle façon.

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