Trouble anxieux généralisé chez les enfants : en quoi consiste-t-il ?

Le trouble anxieux généralisé est de plus en plus habituel chez les enfants. Les problèmes pour dormir, les envies constantes d'aller aux toilettes et les peurs persistantes sont des indices qui doivent nous alarmer.
Trouble anxieux généralisé chez les enfants : en quoi consiste-t-il ?

Dernière mise à jour : 07 août, 2021

Le trouble anxieux généralisé est l’une des conditions cliniques ayant la plus grande prévalence au sein de la population infantile. Même si l’apparition de peurs et de préoccupations chez les plus jeunes est quelque chose d’habituel, certains atteignent des situations extrêmes très handicapantes. Cette réalité complexe finit par affecter directement leur qualité de vie.

Il est frappant de voir à quel point, vers 4 ou 5 ans, une partie de la population pédiatrique affiche déjà ce trouble. En général, au début, les parents n’accordent pas trop d’importance à ces peurs et inquiétudes de leurs enfants. Ils pensent que cette appréhension générale correspond à leur évolution, et qu’avec le temps, ces insécurités s’atténueront.

Or, l’anxiété qui n’est pas traitée pendant l’enfance nous accompagne à l’adolescence et dans notre vie d’adulte.Et, tôt ou tard, les troubles dépressifs apparaissent.

Par ailleurs, nous ne devons pas négliger le fait que ce trouble affecte la vie sociale des enfants, leur rendement académique et la formation de leur personnalité. Analysons cela.

Le trouble anxieux généralisé apparaît généralement pendant la première enfance. Une détection précoce pourrait éviter d’aborder l’âge adulte avec ce problème de santé mentale si prévalent au sein de la population.

Petite fille anxieuse.

L’incidence du trouble anxieux généralisé chez les enfants

Nous savons qu’entre 15 et 20 % de la population infantile et juvénile (3-18 ans) souffre d’anxiété, les données étant plus élevées au fur et à mesure que l’on avance vers l’adolescence. Quand nous parlons concrètement du trouble anxieux généralisé, nous savons que sa prévalence est de l’ordre de 3 %.

Des travaux de recherche comme ceux effectués à l’Université de Tulane en Nouvelle-Orléans indiquent que de très jeunes enfants sont atteints de ce trouble et de façon très précoce. À 5 ans, les enfants peuvent déjà afficher certains comportements anxieux, mais c’est en arrivant en primaire qu’ils reçoivent le diagnostic d’anxiété généralisée.

Il est important d’établir le bon diagnostic. Dans beaucoup de cas, nous pouvons nous retrouver face à des petits qui sont atteints d’anxiété de séparation ou de phobies. Ce sont des réalités cliniques qui peuvent disparaître avec le temps, alors que l’anxiété généralisée, elle, a tendance à devenir chronique.

Quels sont ses symptômes ?

Le trouble anxieux chez les enfants présente une symptomatologie différente de celle des adultes. Cela nous oblige à faire attention à des manifestations très particulières, que l’on peut parfois confondre avec d’autres réalités.

Ainsi, un premier aspect à prendre en compte est que les petits ont tendance à somatiser – transformer les problèmes psychiques en symptômes organiques. Voyons comment cette condition clinique a tendance à se manifester :

  • Préoccupation élevée pour des choses insignifiantes.
  • Questions continues sur des événements négatifs qui pourraient se produire dans le futur.
  • Insécurités et peurs persistantes par rapport à des choses qui pourraient leur arriver – ou à leurs parents.
  • Refus de réaliser des activités communes (jouer dehors, aller à l’école, à la piscine, faire une excursion, aller dormir chez quelqu’un…) par angoisse, par insécurité et par crainte de ce qui pourrait leur arriver.
  • Problèmes de concentration.
  • Troubles digestifs (maux d’estomac, nausées…).
  • Altérations intestinales comme la diarrhée.
  • Altérations dans le repos nocturne.
  • Céphalées et vertiges.
  • Besoin persistant d’aller aux toilettes pour faire pipi.
  • Sensation d’avoir un nœud dans la gorge et de ne pas pouvoir avaler.
  • Fatigue extrême.
  • En général, ce sont des enfants qui recherchent une proximité et la protection des adultes.
  • Ils se mettent en colère très rapidement et ont peu de patience.

Comment diagnostique-t-on le trouble anxieux généralisé ?

Pour évaluer la présence du trouble anxieux généralisé chez les enfants, nous disposons du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-V). Néanmoins, le professionnel de santé devra évaluer une série d’aspects concernant la vie de l’enfant. Les voici :

  • Début et développement des symptômes.
  • Evaluation de l’anxiété (est-elle généralisée ou surgit-elle à la suite de stimuli déterminés ?).
  • Impact des symptômes dans la vie quotidienne.
  • Découvrir de possibles éléments stressants psychobiosociaux (quelque chose est-il en train de se passer dans la vie de l’enfant pour que ces réactions apparaissent ?).
  • Possible comorbidité d’autres réalités cliniques (dépression, TDAH, phobies…).
  • Histoire évolutive du petit.
  • Histoire familiale.
  • Rapports scolaires.
  • Rapports médicaux.
  • Entretien avec l’enfant, observation de son comportement, examens diagnostiques…

Quelle est la cause du trouble anxieux généralisé chez les enfants ?

On ignore actuellement la cause concrète qui détermine l’apparition du trouble anxieux généralisé chez les enfants. Une causalité multiple est envisagée, où des facteurs génétiques se combineraient à des facteurs environnementaux.

Facteurs génétiques

Des études comme celles réalisées dans l’Unité de Psychologie Clinique de l’Université de Leiden, aux Pays-Bas, nous signalent un point important. On pense que le trouble anxieux généralisé chez les enfants est héréditaire.

Néanmoins, même si la génétique peut déterminer d’environ 30 % le développement de ce trouble si les parents en sont atteints, il faut prendre en compte un autre fait : bien souvent, à la maison, un schéma de conduite très concret a tendance à se façonner.

Nous nous référons au fait que les enfants ont tendance à internaliser les comportements et les réactions de leurs parents. La préoccupation excessive, le fait de réagir de façon disproportionnée face aux choses, ainsi que les peurs, peuvent se transmettre entre les membres de la famille.

Traumas précoces

L’une des causes les plus communes pouvant expliquer le trouble anxieux généralisé est celle des traumas psychologiques. La maltraitance ou l’abandon parental laissent une blessure émotionnelle profonde qui se transforme bien souvent en problèmes d’anxiété.

Les enfants qui font face à un trouble anxieux généralisé peuvent parfois être très silencieux et timides ou bien constamment avoir des crises de colère. Nous devons être sensibles face à ces réalités pour savoir ce qu’elles dissimulent.

Enfant qui a peur.

Thérapie et traitement

Une fois que l’on a diagnostiqué un trouble anxieux généralisé à un enfant, la façon de l’affronter et de le traiter doit être multidisciplinaire. Il faut utiliser plusieurs approches pour progresser dans l’amélioration de la qualité de vie de l’enfant. Prendre en compte les variantes suivantes est donc recommandé.

Thérapie psychologique

La thérapie cognitive et comportementale pour le traitement de l’anxiété infantile est toujours la plus efficace. Chaque approche psychologique partira toujours de l’âge de l’enfant ou de l’adolescent mais, dans ces cas, la psychothérapie l’aidera à réaliser des changements, comme les suivants :

  • Développer un dialogue interne positif.
  • Gérer ses peurs et développer des pensées plus sains.
  • Comprendre et gérer ses émotions.
  • Développer des techniques de relaxation.
  • Améliorer ses capacités d’affrontement face au mal-être et à la préoccupation.
  • Développer de meilleures capacités sociales et une bonne estime de soi.

Par ailleurs, il est important que les parents fassent partie de la thérapie pour aider l’enfant à chaque instant et mieux comprendre sa réalité.

Approche pharmacologique

Actuellement, l’anxiété infantile peut aussi requérir, dans certains cas, un traitement pharmacologique. Dans ces cas, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sont généralement les plus utilisés et efficaces. Ils entraînent aussi moins d’effets secondaires.

Être plus sensibles aux besoins des enfants

Les troubles anxieux sont de plus en plus prévalents au sein de la population infantile. En plus de l’anxiété généralisée, nous pouvons retrouver des troubles paniques, des phobies, de l’anxiété de séparation, etc.

Même s’il est vrai qu’il existe certains facteurs biologiques pouvant expliquer l’apparition de ces conditions cliniques, la cause la plus évidente réside dans les facteurs psychosociaux. Les événements de l’environnement, les changements et certaines dynamiques familiales déterminent bien souvent ces situations.

La détection précoce, le soutien des bons professionnels et la proximité des parents à chaque instant garantiront sans aucun doute des progrès thérapeutiques. En tant que pères, mères et éducateurs, nous devons être plus sensibles aux besoins des plus jeunes.

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