Silence et repos : deux choses nécessaires à votre esprit

6 août 2019
Reposer le corps et l'esprit, avoir un sommeil profond et réparateur, jouir du silence, de quelques heures de solitude... Ces deux dimensions sont presque un luxe dans notre vie quotidienne, mais nous devons être conscients que ce sont aussi des choses nécessaires à notre santé.

Le silence et le repos sont deux biens précieux en voies d’extinction. Ils sont un luxe, un cadeau que nous nous offrons parfois lorsque notre emploi du temps et nos obligations le permettent. Cependant, ces deux dimensions, loin de s’élever comme un caprice, sont en réalité deux besoins fondamentaux pour notre bien-être, et surtout pour notre équilibre mental.

Ovide disait que toute forme de vie où le repos n’existe pas, disparaît rapidement. En réalité notre célèbre poète romain n’était pas loin de la vérité, car au-delà de ce que l’on peut penser, le manque de repos et le fait de vivre dans un environnement stressant et plein de stimuli, minent notre santé et érodent notre qualité de vie.

Une grande partie d’entre nous se développe dans des scénarios où réside une cacophonie constante en arrière-plan. Le trafic, les conversations, les machines en fonctionnement, les avions, les trains, les télévisions et même ce ronronnement constant du processeur de nos ordinateurs. Tout cela participe à un état d’hyperactivité incessante, capable d’altérer notre humeur, générant irritation, fatigue, perte de concentration…

Le plus curieux de tout cela, c’est que les personnes s’habituent à ce genre de réalité. Nous nous disons que c’est ainsi, que c’est la marque de la société d’aujourd’hui et que nous devons l’assumer. Dans ce monde accéléré et hyperconnecté, voire privé de sommeil, nous avons fait du silence et du repos deux pièces de luxe qui ne sont pas à la portée de tous.

« Le repos est au travail, ce que les paupières sont aux yeux. »

-Rabindranath Tagore-

Un homme stressé au travail qui a besoin de silence et de repos

Silence et repos, deux nutriments pour le cerveau

La mort par surmenage existe. Ainsi, et bien qu’elle ne fasse l’objet d’aucune nomenclature actuellement en espagnol, d’autres pays habitués à ce type de réalité lui ont depuis longtemps donné un nom. Au Japon c’est le karoshi, en Chine le guolaosi et en Corée le gwarosa. Pour ces populations où le mode de vie est avant tout associé à l’industriel, au commercial et à la productivité, le silence et le repos ne sont pas seulement un luxe, c’est quelque chose qui se fait de plus en plus rare.

Le manque de sommeil et le stress ne tuent pas directement. Ce qu’ils font réellement dans ces pays, c’est augmenter les taux de suicide. L’épuisement est si élevé et l’humeur si désespérée que beaucoup de gens ne voient aucune solution à leur réalité personnelle et optent pour l’option la plus triste. D’autre part, si nous allons dans le monde occidental, la radiographie sur ce sujet varie légèrement.

En Europe et en Amérique, aucune donnée ne lie la surcharge de travail au suicide, mais aux maladies cardiovasculaires, avec des taux élevés de dépression, d’anxiété, de stress, d’insomnie… Ainsi, selon des experts en la matière comme le Dr Michael Roizen, directeur de la clinique Cleveland Wellness, « le repos est aujourd’hui notre habitude sanitaire la moins estimée« .

Notre cerveau a besoin de calme et de silence

Nous savons que le bruit persistant, le bruit incessant de nos villes, dégrade notre santé et notre humeur. Par exemple, dans une étude publiée en 1975 dans la revue Environment and Behavior, il a été démonté que les enfants qui étudiaient dans des quartiers de Manhattan proches des lignes de métro avaient presque un an de retard scolaire. Les données sont sans aucun doute significatives.

Cependant, en plus du bruit externe, il y a aussi cet autre type de murmure qui affecte aussi notre bien-être. Nous parlons du tapage obsessionnel de nos pensées, de nos soucis, de nos objectifs à atteindre, de nos « devoirs » et de nos « il faut que« . Ce bruit est également malsain et nous prive de notre calme.

Le silence et le repos s’élèvent comme ces deux antidotes vitaux capables de moduler notre cerveau pour qu’il trouve l’harmonie, et pour que l’esprit se retrouve et s’accorde avec son être authentique.

Une femme profitant d'un repos dans le silence

Dormir, un autre luxe dont nous nous passons de plus en plus

Beaucoup d’entre nous auraient du mal à établir un lien entre l’insomnie et l’ivresse. Cependant, une étude publiée par le Dr David Geffen de l’Université de Los Angeles, Californie, nous dit que pour le cerveau, ne pas dormir a le même effet que l’alcool. Nos neurones cessent de communiquer efficacement, il y a des échecs, des problèmes de concentration, des problèmes de performance, l’humeur est altérée, l’irritabilité apparaît, la dépression…

Les effets psychologiques de la privation de sommeil sont immenses et à ce jour, nous continuons de négliger cet aspect. Nous le faisons avec notre mode de vie, avec nos appareils électroniques et la lumière bleue de ces écrans qui stimulent le cerveau et nous empêchent de nous endormir.

De plus, notre travail et les soucis que nous emportons sur l’oreiller, nous privent de ce repos réparateur si nécessaire pour la santé physique et cérébrale. Le silence et le repos sont deux mots qui sont en train de devenir une affaire pour beaucoup d’entreprises, à tel point que sur le marché nous trouvons des masques pour dormir qui surveillent nos ondes cérébrales et les états REM, des capsules pour faire des siestes, des spas et des centres du sommeil qui cherchent à nous emmener dans les bras de Morphée en quelques minutes.

Evitons ces extrêmes et prenons conscience de quelque chose de très simple : le repos, c’est la vie ; dans un monde de bruits extérieurs et intérieurs incessants, le silence est la santé. Gardons cela à l’esprit.

 

  • Dong-Woo Choi, Sung-Youn Chun (2018) Association between Sleep Duration and Perceived Stress: Salaried Worker in Circumstances of High Workload. Int J Environ Res Public Health. doi  10.3390/ijerph15040796
  • Vago, D. R., & Zeidan, F. (2016). The brain on silent: mind wandering, mindful awareness, and states of mental tranquility. Annals of the New York Academy of Sciences1373(1), 96–113. https://doi.org/10.1111/nyas.1317