Les sens cachés de l’imponctualité

· 10 juin 2017

L’imponctualité peut être particulièrement désespérante. Rien de plus gênant que d’avoir rendez-vous avec quelqu’un à une certaine heure et de voir que les minutes défilent sans que cette personne n’apparaisse. Certain-e-s arrivent même avec plusieurs heures de retard, voire même n’arrivent jamais. Le pire, c’est qu’iels sont quasiment toujours récidivistes : iels n’arrivent jamais à l’heure nulle part.

Si c’est l’heure du rendez-vous et qu’iels ne sont pas arrivé-e-s, vous les appelez et iels vous disent « Je suis en route ». Les plus culotté-e-s disent qu’iels sortent de chez elleux, lorsqu’iels devraient déjà être arrivé-e-s. Leur imponctualité est chronique. Et il n’y a aucune manière de réussir à les faire agir différemment.

« Mieux vaut trois heures trop tôt qu’une minute trop tard. »

-William Shakespeare-

En réalité, le temps est une catégorie complètement subjective. Les êtres humains ont inventé plusieurs manières de le mesurer. Mais même ainsi, chacun le perçoit et le gère selon une série de variables subjectives. Pour certain-e-s, c’est une mesure exacte à laquelle il faut s’ajuster, pour d’autres c’est une limite gênante qui ne leur dit rien de bon, et pour tout le monde, c’est une mesure de leur pulsation émotionnelle.

L’imponctualité et le temps interne

Chacun-e perçoit le temps de manière différente. Cela dépend tout d’abord de l’âge. Quand vous êtes petit-e, les heures semblent être des jours et des semaines. D’où le fait que les enfants sont facilement impatients. Plus on vieillit, plus la vitesse des aiguilles de l’horloge nous semble rapide. Vous ne savez pas quand se sont terminés le jour ou le mois : vous sentez juste que tout a été trop vite.

La mesure du temps dépend aussi de la quantité d’activités que vous réalisez. Si elles sont nombreuses, le temps semble courir à toute vitesse. Si elles ne sont pas nombreuses, votre perception sera plus lente. Bien sûr, un autre facteur qui influence est votre état de moral. Les moments heureux passent très vite alors que les étapes de souffrance ou de problèmes semblent durer des heures.

Dans tous les cas, l’être humain établit un lien entre sa perception du temps et la ponctualité ou l’imponctualité. Si les circonstances convergent pour que vous compreniez que le temps est une ressource très limitée et précieuse, vous essaierez sûrement d’être très précis avec les horaires. À l’inverse, si votre valorisation du temps n’est pas si importante, vous y verrez une limitation. Certain-e-s sur-estiment le temps et d’autres se fixent plus sur l’activité en soi, quel que soit le temps qu’elle demande.

Cette manière de percevoir le temps, lent ou rapide, a une incidence sur la manière de planifier les événements. Beaucoup de personnes non ponctuelles sont en réalité de mauvais-es planificateur-trice-s. Iels ne veulent offenser personne, c’est juste qu’iels ne calculent pas bien leur temps. Iels sont facilement distrait-e-s et ne se sentent pas concerné-e-s par cette sensation d’urgence qui envahit les autres. Dans ce cas, l’imponctualité ne reflète qu’étourderie et manque de maturité.

Sens cachés de l’imponctualité

Certain-e-s personnes imponctuelles chroniques n’appartiennent pas à cette catégorie innocente des étourdi-e-s. Leur mauvais ajustement au temps social implique d’autres particularités. Le retard chronique signifie parfois une personnalité excessivement narcissique. Ce sont des personnes qui veulent mettre l’autre dans un état de besoin, de manque ou de vulnérabilité. En fait, elles utilisent leur imponctualité comme un mécanisme de pouvoir.

Il y a aussi les personnes qui arrivent en retard partout car elles ressentent une grande insécurité. Elles ont peur, d’une certaine manière, de la situation de rencontre et elles essaient donc de la reporter au maximum. Elles le font de manière inconsciente car ce n’est pas ce qu’elles veulent. Elles ne prennent tout simplement pas les mesures nécessaires pour être ponctuelles, et n’en connaissent pas la raison. Au fond, elles ont peur d’êtres rejetées et sous-estimées.

De la même manière, il y a des personnes qui utilisent l’imponctualité pour exprimer une rébellion non perçue par leur entourage. Elles résistent à la situation qui donne lieu à la rencontre. Leurs arrivées en retard sont une manière de rendre visible ce rejet, mais en même temps une manière de défier l’autre. Peut-être qu’il y a quelque chose qui n’est pas à sa place et l’imponctualité devient alors un moyen de le rendre visible.

L’ambivalence est fréquente dans les cas d’imponctualité. Dans ce cas, il y deux réalités en jeu. L’explicite, qui fixe une heure, et la subreptice, qui sabote cet accord. Derrière le manque de ponctualité chronique, il y a toujours un message caché qui doit être percé au jour. Ce n’est pas les bouchons, ni la simple négligence qui mène à cette habitude impolie. Chérir cette habitude d’arriver en retard est souvent une manière dissimulée et gênée de transmettre un message.

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