Se coucher en étant en colère : une mauvaise habitude

29 janvier, 2020
Se coucher en étant en colère ou se coucher dans un océan de préoccupations ne mène pas seulement à un mauvais sommeil. Souvent, le poids continu de ces émotions négatives laisse également une trace dans notre cerveau, et nous avons du mal à penser clairement.
 

Aller se coucher en étant en colère ou inquiet est une mauvaise habitude que nous adoptons souvent. Nous le faisons presque sans nous en rendre compte, parce que lorsque les émotions prennent le dessus, nous tombons souvent la tête sur l’oreiller en pensant que peut-être demain, toute la brume se sera levée.

Cependant, le lever du soleil résout rarement les choses par lui-même ; au final, les problèmes sont toujours là.

Cela nous est déjà arrivé à tous. Nous nous disputons avec notre partenaire, et loin de résoudre ce désaccord, nous avons recours au reproche, à la malheureuse parole et à ce silence que nous emportons sous les draps où nous dormons dos à dos, enveloppés d’une fierté et d’un désaccord enfantins. Ainsi, à notre propre malaise, nous ajoutons un mauvais repos, et souvent, même une longue nuit d’insomnie.

Un mauvais sommeil conduit presque toujours à une mauvaise matinée, à un corps épuisé et à un esprit qui ne peut pas penser clairement.

 

Dans cet état, il est très difficile de trouver le courage et l’ingéniosité pour résoudre ce différend avec notre partenaire. Aller se coucher en étant en colère, comme le dit le vieux diction, n’est pas la bonne chose à faire.

En réalité, des études récentes indiquent que même si nous parvenons à nous reposer pendant quelques heures, se coucher avec le poids des émotions négatives affecte notre cerveau. C’est un fait curieux à garder à l’esprit. Voyons cela de plus près.

Se coucher en étant disputés

Pourquoi ne devrions-nous pas nous coucher en étant en colère ou inquiets ?

Se coucher en étant en colère ou inquiet ne se résume pas à se réveiller de mauvaise humeur : nous perdons même une bonne partie de notre potentiel cognitif. En d’autres termes, les processus tels que la mémoire, la capacité de réflexion, la créativité et ce calme intérieur avec lequel on peut faire face aux problèmes de manière plus active et proactive sont réduits.

 

Sherlock Holmes disait que la solution à chaque problème est un bon repos. Cependant, selon les experts, ces bons conseils ne sont suivis d’effets que si l’on est capable d’une chose : se mettre au lit en étant capable de laisser ces soucis de côté. Allongé sur l’oreiller avec un esprit léger, clair et orienté vers un but, celui de concilier un repos réparateur aide et est sain.

En revanche, si nous nous couchons dans le brouillard de la pression, dans le brouillard du stress qui nous ronge, de l’anxiété ou de la colère que nous traînons depuis quelques heures avec quelqu’un en particulier, loin de nous aider, cela intensifie la gêne. Car un état émotionnel négatif ne rend pas seulement difficile une bonne nuit de sommeil, cela a aussi un impact sur notre cerveau.

Se coucher préoccupé peut mener à l'insomnie
 

Le cerveau et l’impact des émotions négatives pendant le repos

Le Dr Yunzhe Liu de l’Université normale de Pékin a mené une étude en collaboration avec l’University College London sur ce même sujet. Elle voulait savoir quel effet cela avait d’aller se coucher en étant en colère ou inquiète. L’une des premières choses qu’elle a examinées est donc l’importance de gérer nos émotions et nos soucis afin de pouvoir nous coucher dans un état plus détendu.

L’IRM a montré que le fait de dormir avec une forte charge de colère, d’angoisse et de stress a pour effet d’altérer diverses zones du cerveau.

Toutefois, il s’agit d’un effet cumulatif. C’est-à-dire que ce n’est pas en se disputant avec notre partenaire et en allant se coucher en colère un jour isolé et ponctuel que nous allons remarquer quelque chose. Les changements interviennent lorsque cela devient une pratique courante.

Il en va de même pour le stress au travail et l’inquiétude constante. Se coucher avec cette empreinte négative, semaine après semaine, finit par altérer le cerveau de différentes manières :

 
  • L’hippocampe, la structure liée à notre mémoire et à nos émotions, se rétrécit
  • Lorsque nous sommes en colère, l’activité de nos lobes frontaux, responsables de la pensée plus rationnelles et des tâches exécutives, est réduite. L’esprit adopte alors la vision classique du tunnel, c’est-à-dire que nous ne voyons qu’une partie de la réalité, la plus négative, que nous sommes incapables de relativiser et que les ressources pour résoudre les problèmes de manière plus réflexive et créative échouent
  • Notre mémoire commence à défaillir. Le cerveau ne peut pas effectuer ses tâches efficacement pendant ces heures de nuit, ce qui se traduit par la difficulté de consolider les nouveaux souvenirs

 

N’amenez pas vos problèmes au lit

On nous l’a toujours dit : il n’est pas bon d’aller au lit en étant en colère ou inquiet. Cependant, il arrive que les problèmes nous oppressent plus que nous ne pouvons l’imaginer et que notre esprit commence à se remplir de nœuds, de récifs où nous restons bloqués pendant longtemps. Que pouvons-nous faire alors pour éviter d’amener ces problèmes au lit ?

 

La première chose à faire est d’éviter que toutes ces tensions et ces angoisses ne s’accumulent. Les problèmes qui se posent aujourd’hui sont résolus le plus rapidement possible, les désaccords qui apparaissent dans notre relation émotionnelle ou avec toute autre personne, sont affrontés sur le moment. Car tout ce qu’on repousse au lendemain ne se résout pas toujours tout seul, mais dans la plupart des cas, la situation se complique davantage.

L’idéal est de reposer l’esprit et le corps au lit, le plus légèrement possible, des émotions négatives. Des techniques telles que la relaxation, la méditation ou la respiration profonde peuvent aider. Un bain chaud également, ainsi que le plaisir de lire au lit pendant que nous laissons le sommeil nous envahir.

Un esprit calme dort mieux et nous aide donc aussi à vivre plus pleinement, plus sainement.

 

 
  • Liu, Y., Lin, W., Liu, C., Luo, Y., Wu, J., Bayley, P. J., & Qin, S. (2016). Memory consolidation reconfigures neural pathways involved in the suppression of emotional memories. Nature Communications7. https://doi.org/10.1038/ncomms13375