Roxane Gay : lorsque la nourriture sert à guérir l’âme

· 7 juillet 2018

Il se dit que certaines circonstances de la vie vous changent pour toujours. Vous perdez en effet une partie de votre identité lorsque quelqu’un utilise votre corps et vous dépouille de votre intimité. C’est ce qui est arrivé à Roxane Gay. Elle commença à se détester tant elle et son corps que la nourriture constitua son refuge contre la douleur du viol.

La vie de Roxane Gay changea complètement à l’âge de 12 ans lorsqu’elle fut victime d’un viol collectif. Celui qui était son petit ami l’emmena dans une forêt et la viola à plusieurs reprises avec son groupe d’amis. Morte de peur, ressentant de la culpabilité pour avoir fait confiance à la personne qu’elle aimait aveuglément, elle commença à se détester et à être dégoûtée de son propre corps.

« Dans mon histoire de violence, il y avait un garçon. Je l’ai aimé. Il s’appelait Christopher. Il ne s’appelait pas ainsi en réalité, mais je n’ai pas besoin de vous dire son véritable nom. Christopher et plusieurs de ses amis m’ont violée dans les bois. Dans une cabane de chasse abandonnée, où personne, hormis ces garçons, ne pouvait entendre mes cris. »
-Roxane Gay-
Roxane Gay

Roxane Gay et la nourriture comme défense contre le viol

Cette haine et cette peur de subir un nouveau viol l’amenèrent à utiliser la nourriture pour soigner les blessures de son âme. Elle choisit de manger pour s’annuler du monde. La nourriture devint sa défense et son moyen d’échapper à la souffrance.

Roxane savait que les femmes étaient violées simplement car elles sont des femmes. Elle savait que pratiquement rien ne peut être opposé pour éviter d’être la proie d’un animal ou d’animaux qui pensent être les propriétaires de notre corps. Elle ne pouvait rien faire si ce n’est être physiquement si repoussante qu’aucun homme ne la remarquerait ou ne la toucherait à nouveau.

Son idée, cette idée que nous enseignons aux femmes dès le plus jeune âge, est que nous ne devons pas occuper d’espace. Dans notre société, les femmes doivent être minces et belles pour être agréable visuellement, notamment aux yeux des hommes. N’oublions pas que la télévision, les magazines et tout ce que nous consommons nous renvoient le message qu’être mince est une valeur sociale qui nous permettra d’être acceptés et d’être davantage aimé.

Ceci l’amena à atteindre les 261 kilos. Elle dut subir un pontage gastrique pour rester en vie. Son corps devint une prison dans laquelle elle enfermait la haine qu’elle ressentait pour elle-même. Le silence qu’elle garda après le viol fut le début de cette spirale autodestructrice qui la soumettrait aux prises de la compulsion alimentaire.

Apprendre à s’aimer notre corps au-delà de ce que la société dit

Roxane Gay est aujourd’hui un écrivain important, chroniqueuse, professeur d’université et féministe américaine. Il a appris à valoriser son corps tel qu’il est. Elle sait désormais comment s’aimer au-delà de ce que la société ou les médias disent de son corps.

Dans son livre, Hunger, A Memoir of (My) Body elle rompt le silence et encourage les autres femmes à en faire autant. Roxane nous enseigne comment elle est parvenue à cesser de se haïr en apprenant que ce qui s’était passé n’était pas de sa faute. Elle apprit à s’aimer telle qu’elle est. La nourriture ne domine plus sa vie. C’est aujourd’hui elle qui la dirige sans permettre à son passé être celui qui marque le ton.

Roxane Gay est une « survivante ». Elle ne se considère pas comme une victime. Elle ne recherche pas la pitié lorsqu’elle raconte sa vérité, son expérience et sa relation avec le corps ne cherche pas la pitié. Roxane tend à rompre le silence que nous imposons lorsque nous sommes violées. Elle nous enseigne à nous aimer au-delà de notre apparence. Elle nous enseigne que nous sommes celles qui décidons comment vivre notre vie, même si beaucoup de choses se sont passées. Que nous ne sommes pas coupables ou responsables d’un viol et que la haine de nous-mêmes n’est jamais une solution adéquate.