Qu'est-ce que la biopolitique ? Découvrez-le ici !

20 novembre, 2020
La biopolitique fait référence aux mécanismes utilisés par le pouvoir pour gouverner la vie individuelle de chaque être humain, même leur intimité, tout en créant une illusion de liberté.

La biopolitique ou gouvernement de la vie est un concept conçu par Michel Foucault. Il s’agit du déploiement de technologies, pratiques, logiques et stratégies pour introduire la logique du pouvoir dans la vie quotidienne des individus.

Foucault considère que la biopolitique est née parce que pour le pouvoir ne pouvait pas simplement introduire la division de classe, la propriété privée et l’exploitation des ressources humaines. Il était nécessaire que les exploités acceptent ces règles du jeu et les appliquent volontairement.

La biopolitique est un facteur qui s’installe dans la conscience des individus et les amène à accepter le pouvoir de manière efficace et docile, au point qu’ils sont heureux de le faire. Pour parvenir à cela, il existe des pratiques qui s’exercent sur l’individu même avant la naissance. Elles le conduisent subtilement à intégrer certaines valeurs et logiques.

« La « psychiatrisation » de la vie quotidienne, si nous l’examinons de près, révélerait peut-être la part invisible du pouvoir. »

Michel Foucault

Michel Foucault a conçu le concept de biopolitique.

La biopolitique et les technologies du pouvoir

La biopolitique est mise en œuvre à travers une série de technologies de pouvoir qui cherchent à établir un contrôle sur les personnes. Certains des outils qu’elle utilise, dans le cas du capitalisme, sont les statistiques, la psychologie, la sociologie, etc.

Dès la naissance, et avant même que cela ne se produise, un individu commence à faire partie d’un registre de contrôle mis en œuvre à partir du pouvoir. A peine commence-t-il a respirer qu’il faut déjà notifier cette naissance à une institution qui se charge de l’enregistrer et d’attribuer un numéro.

Nous naissons par ailleurs au sein d’une institution médicale qui détermine ce qui est « normal » et ce qui ne l’est pas. L’institution médicale applique une série de procédures sur le bébé et le classe dans une logique. Cela dure pour la vie.

Il n’en a pas toujours été ainsi

Les choses étaient différentes avant. À une autre époque, tous ces événements appartenaient à la sphère de la vie privée. Tout ce rituel suppose aujourd’hui la possibilité d’entrer dans la sphère d’un pouvoir et de recevoir les droits ou avantages qui en découlent. Et ce, même si, dans de nombreux endroits, ces avantages ou droits n’existent pas ou ne se matérialisent pas.

Il en est ainsi tout au long de la vie. Des événements cruciaux, comme atteindre un certain âge, se marier, divorcer, etc., continuent d’être enregistrés dans un instrument public. À quoi cela sert-il ?

Essentiellement à permettre au pouvoir de surveiller la vie des individus. Les individus doivent alors se conformer aux règles établies par la loi pour s’inscrire à l’école, réaliser des démarches administratives, etc. Individuellement, cela ne nous sert cependant à rien.

Les normes de la biopolitique

La biopolitique se concrétise à travers des normes. Foucault fait, comme il se doit ici, une différenciation entre la norme et la loi. La loi régit la vie sociale, tandis que la norme traite de la vie individuelle.

Les normes ne déterminent pas seulement la forme du comportement social en ce qui concerne le respect de l’espace ou les droits d’autrui. Il existe aussi des normes pour ressentir, pour danser, voire pour s’embrasser ou faire l’amour. Il existe toute une série de codes qui nous indiquent ce qui est bien et ce qui ne l’est pas dans chacun de ces domaines.

Le grand succès du pouvoir est, selon Foucault, que les technologies du pouvoir nous amènent à essayer par tous les moyens de nous conformer à ces normes sans que nous nous demandions si elles sont justes ou non pour nous. On nous promet, qui plus est, que si nous parvenons à suivre ces normes, nous serons heureux.

La biopolitique entrave la liberté.

Et la liberté ?

Le grand succès de la biopolitique est que le pouvoir obtient tout ce qu’il veut de manière très subtile. L’État ne dit pas directement comment il faut faire l’amour. Il utilise la publicité ou des brochures provenant du ministère.

Apparaissent alors les dichotomies « bon / mauvais » ou « normal / anormal ».  Les parents et l’école participent également à cela, car ils doivent suivre des diktats très clairs. Ils agissent en permanence sur le comportement, les pensées, les affections, etc. des enfants.

Du point de vue de la biopolitique, un sujet se sent libre, même s’il ne l’est pas. Le pouvoir lui-même crée des mécanismes pour gérer la rébellion, tels que les championnats de football, les jeux vidéo ou encore les activités à haut risque pour nous offrir une marge de transgression.

Pour Foucault, la pensée critique incarne la seule forme de résistance face à ce pouvoir écrasant. Se poser des questions et la conception de nouvelles façons de faire, de sentir, de penser, etc. sont des moyens de limiter ou de réduire l’action de la biopolitique.

Foucault, M. (2009). Nacimiento de la biopolítica: curso del Collège de France (1978-1979) (Vol. 283). Ediciones Akal.