Psychose : qu’est-ce, quelle est la cause et comment se traite-t-elle ?

25 juillet 2017 dans Psychologie 91 Partagés

La psychose peut se définir à grands traits comme « un désordre mental grave, avec ou sans dommages biologiques, caractérisé par la perte du contact avec la réalité et la détérioration du fonctionnement social normal » (Dictionnaire Médical KMLE – Définition de psychose).
Si nous nous référons à cette définition, nous pouvons voir que plusieurs maladies peuvent provoquer des psychoses ou des symptômes psychotiques, comme par exemple la schizophrénie, le trouble schizotypique de la personnalité, les troubles psychotiques induits par les médicaments ou les drogues, et les troubles psychotiques dus à d’autres affections médicales.

Qu’est-ce que la psychose ?

« Les troubles du spectre de la schizophrénie et autres troubles psychotiques sont définis par cinq caractéristiques : les délires, les hallucinations, la pensée (discours) désorganisée, le comportement moteur très désorganisé ou anormal (incluant la catatonie) et les symptômes négatifs » (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, DSM-5, 2014, p.87). Voyons dans cet article quelles sont les caractéristiques de ces symptômes de psychose.

Les délires

Les délires sont des croyances fixes qui ne sont pas susceptibles de changer, même à la lumière de preuves irréfutables. Ils peuvent être de différentes natures : la persécution, la somatisation, par rapport aux référents, à la religion etc. Si on simplifie, on peut dire que sont des « histoires inventées » par les personnes affectées, sans qu’elles ne soient conscientes qu’elles ont été inventées. Ainsi la personne exprime ce qu’elle pense vraiment et agit en conséquence, même si cela ne correspond pas à la réalité.

Les délires sont considérés comme extravagants s’ils sont clairement invraisemblables et qu’ils ne proviennent pas d’expériences de la vie courante. Voici un exemple de délire extravagant : la croyance qu’une force extérieure a enlevé à l’individu ses organes internes et les a remplacés par ceux d’une autre personne, sans blessures ni cicatrices. Voici un exemple de délire non extravagant : la croyance que l’on est surveillé-e par la police malgré l’absence de preuves convaincantes.

Les hallucinations

Les hallucinations sont des perceptions qui ont lieu sans la présence de stimulation extérieure. Elles sont vécues et claires, avec toute la force et l’impact des perceptions normales et ne sont pas sujettes au contrôle volontaire. Elles peuvent avoir lieu à partir de n’importe quelle modalité sensorielle, mais les hallucinations auditives sont les plus communes dans la schizophrénie et dans les troubles associés.

« Les hallucinations auditives sont habituellement vécues sous formes de voix, connues ou inconnues, qui sont perçues comme différentes de la pensée » (Manuel Diagnostique et statistique des troubles mentaux, DSM-5, 2014, p.87). Il existe aussi des hallucinations tactiles, olfactives et visuelles.

Les troubles du spectre de la schizophrénie et autres troubles psychotiques sont définis par cinq caractéristiques : les délires, les hallucinations, la pensée (discours) désorganisée, le comportement moteur très désorganisé ou anormal (incluant la catatonie) et les symptômes négatifs.

La pensée (discours) désorganisée

La pensée désorganisée (trouble formel de la pensée) vient généralement du discours ou de la parole de l’individu. Il est très compliqué de maintenir une conversation avec certain-e-s patient-e-s atteint-e-s de psychose car iels peuvent passer d’un sujet à l’autre en permanence. Leurs réponses peuvent ne pas être en lien avec les questions et le discours peut être tellement désorganisé qu’il en devient quasiment incompréhensible.

Le comportement moteur très désorganisé ou anormal (incluant la catatonie)

Le comportement moteur très désorganisé ou anormal peut se manifester de différentes manières, des « bêtises » infantiles à l’agitation imprévisible. On peut mettre en évidence des problèmes pour avoir un comportement dirigé vers un objectif, avec les difficultés concordantes dans les activités quotidiennes.

Le comportement catatonique se manifeste par une diminution marquée de la réactivité à l’entourage. Il oscille entre la résistance vis à vis des instructions, l’adoption d’une posture rigide, inappropriée ou extravagante, et l’absence totale de réponses verbales et motrices.

Voici d’autres caractéristiques : les mouvements stéréotypés répétés, le regard fixe, les grimaces, le mutisme et l’écholalie (répétition de mots ou de syllabes).

Les symptômes négatifs

Deux des symptômes négatifs particulièrement importants dans la schizophrénie sont l’expression émotive diminuée et l’apathie. L’expression émotive diminuée consiste en une diminution de l’expression des émotions dans l’expression faciale, le contact oculaire, l’intonation de la parole et les mouvements des mains, de la tête et du visage, qui donnent généralement de l’emphase émotive au discours.

L’apathie est une diminution des activités, réalisées à sa propre initiative et motivées par un objectif. L’individu peut rester assis pendant de longs moments et ne montrer que très peu d’intérêt face aux activités professionnelles ou sociales.

Quelle est la cause de la psychose ?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre : il n’y a pas une seule cause, mais une multitude de facteurs ou de causes qui peuvent déclencher une psychose. Nous allons essayer de répondre à cette question en tenant compte des différentes « maladies » qui peuvent entraîner des symptômes psychotiques.

La schizophrénie

Il existe une grande importance des facteurs génétiques dans les risques de souffrir de schizophrénie, même si la plupart des individus diagnostiqués n’ont pas d’antécédents familiaux de psychose. La prédisposition au trouble apporte un éventail d’allèles de risques, courants et rares. Chaque allèle concerne seulement une petite fraction du total de la population.

Les complications lors de la grossesse, l’accouchement avec hypoxie (manque d’oxygène) et l’âge avancé du père sont liés à un plus fort risque de schizophrénie. D’autres situations adverses peuvent influer aussi pendant la grossesse, comme le stress, l’infection, la malnutrition, le diabète maternel et d’autres affections médicales.

Le moment de la naissance a aussi été corrélé avec l’incidence de la schizophrénie : par exemple, à la fin de l’hiver, au début du printemps dans certaines zones. De plus, l’incidence de la schizophrénie et les troubles en lien sont plus grands chez les enfants qui grandissent dans un environnement urbain et dans certains groupes ethniques minoritaires.

Le trouble schizo-affectif

Il se définit comme une période ininterrompue de maladie pendant laquelle il existe un épisode majeur maniaque ou dépressif, et de délires, d’hallucinations, de discours désorganisé, de comportement désorganisé ou de symptômes négatifs.

Il peut y avoir un plus fort risque de souffrir de trouble schizo-affectif dans les familles où les sujets souffrent de schizophrénie, de trouble bipolaire ou de trouble schizo-affectif.

Il n’y a pas de cause unique, mais une multitude de facteurs et de déclencheurs, qui peuvent entraîner une psychose.

Le trouble psychotique bref

Les facteurs de risque de ce trouble sont formés par les troubles et les traits pré-existants de la personnalité, comme le trouble schizotypique de la personnalité, le trouble limite de la personnalité ou certains traits, comme la suspicion. Le trouble psychotique bref est en général déclenché par un événement stressant. Cela ne veut pas dire pour autant que tous les événements stressants déclenchent un trouble psychotique bref.

Les autres troubles psychotiques

On peut affirmer que généralement, la psychose ne va pas se développer chez un individu qui n’a pas les « papiers génétiques » nécessaires. Le plus grand facteur de risque est d’origine biologique et ce qui agit comme un déclencheur de la maladie est souvent une situation de stress aigu dans la vie de la personne, ou la consommation de certaines substances (drogues).

Tous les épisodes psychotiques ne sont pas produits par la consommation de drogues, mais cela augmente le risque d’en souffrir. Certaines drogues, comme le cannabis, peuvent déclencher un épisode psychotique et les personnes qui en ont souffert sont particulièrement sensibles aux effets nocifs des drogues, surtout si cet épisode avait un lien avec leur consommation.

Beaucoup de recherches sont effectuées sur les possibles causes et même si on ne connaît pas avec certitude les mécanismes impliqués dans l’apparition et l’évolution des symptômes, le modèle de vulnérabilité-stress est celui qui prédomine dans les investigations les plus récentes. Selon ce modèle, la personne qui présente ces symptômes psychotiques est plus vulnérable que d’autres à cette maladie, ce qui peut être dû à la biologie ou à un événement de sa vie, qui a précipité le développement de cette maladie.

Tous les épisodes psychotiques ne sont pas produits par la consommation de drogues, mais elles augmentent le risque d’en souffrir.

Le traitement de la psychose

Le programme de traitement du trouble psychotique doit être pluridisciplinaire, coordonné et « intégrant ». Il est généralement mené par de multiples professionnel-le-s. Voici des conseils pour un bon programme thérapeutique :

  • L’évaluation et le diagnostic des symptômes.
  • Le développement du programme de traitement. Le traitement pharmacologique doit être choisi, mais il peut être accompagné par des traitements psychologiques, qui ont plus d’impact sur les symptômes négatifs, le fonctionnement psycho-social, les fonctions cognitives et en définitive, la qualité de vie des personnes atteintes de psychose.
  • Les bonnes relations médico-psychologiques avec le patient. Ce dernier doit être activement intégré dans le traitement.
  • L’éducation sur la maladie pour le/la patient-e et ses proches.
  • L’intervention sur les autres altérations comorbides.
  • L’intervention sur le fonctionnement social du/de la patient-e.
  • La fusion des différents traitements auxquels le patient est soumis.
  • Le rapport des traitements réalisés.

Le traitement pharmacologique

L’administration de médicaments doit toujours être un traitement choisi par les sujets atteints de psychose. Mais ce traitement est plus efficace s’il est associé à une intervention psychologique. Les médicaments que l’on donne à ces patients sont des antipsychotiques ou des neuroleptiques. On administre également des anxiolytiques et des antidépresseurs dans le but de traiter la symptomatologie anxieuse et/ou dépressive.

Les traitements psychologiques

Les interventions familiales et psycho-éducatives

Il est fondamental d’intervenir dans l’environnement familial afin que la famille soit consciente de la symptomatologie, pour pouvoir avoir une bonne gestion des symptômes du patient. Certains objectifs de la psycho-éducation consistent à donner des explications adaptées du trouble, à réduire la charge familiale, à stimuler un climat de confiance et de chaleur, à améliorer la communication etc.

L’administration de médicaments doit toujours être un traitement choisi par les sujets atteints de psychose. Mais ce traitement est plus efficace s’il est associé à une intervention psychologique.

L’entraînement des compétences sociales

Les personnes atteintes de psychose ont, dans la grande majorité, un déficit de compétences sociales qui se répercute sur une augmentation des rechutes et de la symptomatologie, ainsi qu’un fonctionnement social très pauvre. Avec ces patient-e-s, on travaille les gestes, la fluidité verbale, le ton, la vitesse de la parole, la posture, l’expression et la perception émotionnelle et sociale etc.

La thérapie de psychologie intégrée (IPT) et Roder et Brenner (2007)

L’IPT est un programme de trouble comportemental pour la schizophrénie, effectué en groupe (5-7 patient-e-s) qui est réalisé trois fois par semaine et avec une durée minimale de trois mois. Il se compose de 5 modules, dans lesquels on inclut la réhabilitation cognitive (différenciation cognitive, perception sociale et communication verbale) et l’entraînement en compétence sociale (apprendre des habilités sociales et la solution de problèmes relationnels).

En définitive, comme nous l’avons dit précédemment, le traitement des troubles psychotiques est fondamentalement pharmacologique et soutenu par des interventions psychologiques pour augmenter son efficacité. Ainsi, le traitement pharmacologique est très important : il permet de réduire la symptomatologie de la personne affectée et contribue à la neutraliser. C’est-à-dire qu’il aide à générer de bonnes conditions pour travailler avec cette personne en thérapie.

Bibliographie :

American Psychiatry Association. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5)

Lisez aussi : Le sixième sens : la voix de l’intuition qui nous guide dans la vie

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