Psychopathologie et créativité

11 octobre 2019
Y a-t-il un lien entre la créativité et la psychopathologie ? Faut-il souffrir d'une symptomatologie pour devenir un "génie créatif" ? Dans cet article, nous parlerons de l'étude de la relation entre la psychopathologie et la créativité, ainsi que du rôle des neurosciences dans cette étude.

La relation entre la créativité et la psychopathologie fait l’objet d’intérêt depuis des centaines d’années. Déjà en son temps, Aristote avait remarqué que les grands scientifiques et artistes, des personnes très créatives, tendaient à la mélancolie. Des personnalités comme Ernest Hemingway, Virginia Woolf, Edgar Allan Poe, Vincent Van Gogh ou Edvard Munch ont souffert d’une maladie mentale qui les a affectés dans leur processus créatif.

Aujourd’hui encore, l’étude de la relation entre la créativité et la psychopathologie reste ardue et difficile. D’abord, parce que pour connaître cette relation, il faut trouver une méthode scientifique et formelle pour mesurer quelque chose d’aussi intangible pour beaucoup que la créativité.

Ensuite, parce que les troubles mentaux sont multiples et très variables, et comme on le dit souvent dans le monde clinique « il y a autant de psychoses que de personnes ». Cela nous amène donc à la troisième raison qui justifie la difficulté de mesurer cette relation. Il y a eu beaucoup de progrès en neurosciences. Pour autant, le monde de la psyché semble encore être une grande inconnue.

De la lumière dans l'esprit d'une femme

L’étude sur la relation entre la créativité et la psychopathologie

Comme point de départ, on peut dire que l’étude de la relation entre la créativité et la psychopathologie a commencé après le XVIIe siècle. Cela a été possible après avoir accepté que la première variable puisse être susceptible d’être mesurée. En d’autres termes, la créativité a cessé d’être une variable intangible, sans possibilité d’étude scientifique.

Des auteurs comme Galton, Silverman ou Brain, entre autres, ont postulé à partir de cette perspective naturaliste que la créativité n’était pas un phénomène extraordinaire. Mais un phénomène commun avec des bases biologiques. Bien que cela semble évident aujourd’hui, personne ne l’avait pris en compte jusqu’alors. De plus, ils ont observé que les personnes à haut rendement créatif souffraient souvent de symptômes ou de troubles dépressifs, maniaco-dépressifs ou névrotiques.

Cependant, il a rapidement été conclu que cette relation devait être étudiée de manière plus rigoureuse. Et pas seulement sur la base d’études de cas. Depuis lors, trois méthodes ont été établies pour étudier l’influence de la psychopathologie sur la créativité :

  • A travers l’étude biographique de personnalités créatives de l’histoire : les résultats fournis par cette méthode ne sont ni précis ni concluants. Mais ils restent très intéressants
  • En analysant la psychopathologie des personnes créatives : en appliquant des inventaires et des échelles aux personnes ayant des professions créatives. Mais aussi des critères cliniques-métriques. L’objectif est de déterminer si la prévalence des troubles mentaux est plus forte ou non. De plus, si oui, dans quelle typologie ils sont inclus (affective, psychotique, etc)
  • Grâce à l’étude de la créativité chez les patients psychiatriques : cette méthode se base sur le principe opposé à la précédente. Si dans la première, on recherche la psychopathologie dans la créativité, dans celle-ci, on recherche la créativité dans la psychopathologie. Cependant, la grande majorité des recherches s’est concentrée sur les patients atteints de bipolarité ou de schizophrénie
Quel est le lien entre créativité et psychopathologie ?

Que dit la neuroscience de cette relation ?

De nombreuses études neuroscientifiques ont été menées au cours des dernières décennies pour tenter de déterminer une relation entre ces deux variables.

Les résultats sont très divers – et parfois mêmes contradictoires. Pourtant, ils indiquent « qu’il existe un lien avec la maladie mentale. Et/ou des troubles évidents du comportement » ‘Escobar et Gómez-González, 2006). Ces études établissent un lien entre la créativité et l’alcoolisme, le suicide, la dépression majeur, le trouble bipolaire, la schizophrénie ou les déficits du dysfonctionnement cérébral (épilepsie, autisme, etc.).

Toutefois, il faut dire une fois de plus que cette relation n’est pas encore concluante. Il n’existe actuellement aucun consensus clair entre les experts. Au niveau neuroanatomique, la créativité est liée, entre autres, au fonctionnement du cortex préfrontal, qui est responsable des fonctions cognitives supérieures.

Elle est également liée au système limbique qui gère les réponses physiologiques aux stimulis émotionnels. Cependant, les experts ont souligné que la clé résidé dans la circulation de l’information. Celle-ci « circule » dans les régions du cerveau impliquées dans la créativité.

Finalement, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Pour autant; la créativité est affectée par les troubles mentaux dans lesquels ces structures sont altérées. Pourtant, les troubles mentaux ne sont ni déterminants ni suffisants pour être créatifs.

 

Alfonso, E., & Beatriz, G. G. (2006). Creatividad y función cerebral. Rev Mex Neuroci7(5), 391-399.

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