Psychologie cognitive des religions

6 mars 2019
La psychologie cognitive des religions nous explique quel type de mémoire favorise la religion. Vous souhaitez en savoir plus ?

Comment comprendre les religions ? Bien que les religions aient été étudiées par la sociologie et l’anthropologie, la psychologie peut également mettre sa pierre à l’édifice. En fait, la psychologie cognitive des religions nous donne des pistes sur la raison expliquant pourquoi nous croyons aux préceptes des religions.

De nombreux auteurs ont évoqué les fonctions de la religion et sa capacité à remplir des vides. En revanche, aucune des recherches ne semble utile pour comprendre toutes les religions. Autrement dit, les individus ne choisissent pas une religion pour satisfaire un besoin. En fait, ce sont les religions qui satisfont différents besoins des individus dans des contextes différents.

Du point de vue de la psychologie cognitive, l’adoption d’une religion dépend en grande partie de processus basiques. La mémoire est un bon exemple. La manière avec laquelle les religions sont transmises et pratiquées déterminera la manière de se souvenir d’elles et aura une incidence directe sur l’acceptation de ses préceptes.

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Les deux modes de religiosité

Généralement, toutes les religions croient en des dieux, des esprits et/ou des fantômes. Ils sont tous réduits à des êtres-surnaturels. Pour cette raison, ces êtres ont des caractéristiques qui dépassent l’être humain. Ils sont par exemple immortels ou dotés de la capacité à voir ce qu’il se passe partout dans le monde. On leur attribue également généralement la capacité à changer le destin des humains.

« La religion n’est rien de plus, dans la tête des hommes, qu’un reflet fantastique des pouvoirs externes qui dominent leur existence quotidienne. C’est un reflet dans lequel les forces terrestres prennent la forme de forces surnaturelles. »

-Fiedrich Engels-

De cette manière, les êtres surnaturels ne sont pas attachés aux limites de l’humanité. Le plus étrange est que ces êtres sont parfaitement acceptés s’ils font partie d’une doctrine religieuse mais ne sont absolument pas crédibles s’ils n’en font pas partie. Par exemple, une grande partie de ceux qui croient en un Dieu dirait que les fantômes ou les fées sont irréelles. Pour comprendre comment nous sommes capables d’accepter les croyances des religions, il faut avoir recours à la théorie des deux modes de religiosité.

Selon cette théorie développée par Harvey Whitehouse, il existe deux modes de religiosité. Ils correspondent au mode doctrinal et au mode imaginaire. Les différentes religions doivent se situer dans l’un ou l’autre des modes.

D’une part, présentons le mode doctrinal. Dans ce mode, la signification des rituels s’apprend, il n’existe pas de réelle cohésion sociale, il existe des leaders, la religion se propage de manière rapide et elle peut atteindre un niveau universel.

D’autre part, présentons le mode imaginaire. Dans ce mode, la signification des rituels se génère, la cohésion est intense, le leadership est passif et la diffusion de la religion est lente et se limite à un niveau ethnique.

Mode doctrinal

Le mode doctrinal requière une communication constante. Les rituels se donnent de manière répétée. Par exemple, pour le christianisme, il est important de communier et de se rendre à la messe au moins une fois par semaine. Cette répétition suppose de courir le risque de tomber dans l’ennui, mais cela encourage la mémoire implicite. Cette mémoire est celle qui nous permet de savoir faire du vélo. Sans le savoir, on apprend grâce à elle à faire des choses de manière automatique.

« Je comprends par la religion, non plus par un ensemble de rites de de coutumes mais bien par ce qui se trouve dans l’origine de toutes les religions, ce qui nous fait vivre un face à face avec le créateur. »

-Mahatma Gandhi-

Ce type de mémoire réduit la réflexion et l’innovation. Il créé des personnes moins critiques qui acceptent les préceptes de la religion en affirmant que « cela a toujours été ainsi ». Cependant, toutes les connaissances ne sont pas implicites. La connaissance de la doctrine s’enseigne au travers du catéchisme.

Ce type de religiosité inclut ainsi des leaders qui transmettent la connaissance et peuvent compter sur des structures hiérarchiques de pouvoir. Ces structures ainsi que le manque de réflexion individuel et d’innovation augmentent l’acceptation des interprétations de la religion.

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Mode imaginaire

Le mode imaginaire, à la différence du mode doctrinal, maintient des rituels à une fréquence beaucoup moins importante. C’est par exemple le cas des rituels d’initiation qui se réalisent une fois dans la vie. Ce type de rituel est associé à des émotions très fortes, positives ou négatives, ce qui génère une forte cohésion. C’est pourquoi il n’est pas courant de voir se générer de très grandes communautés. Ceux qui prennent part aux rituels sont d’un naturel méfiant.

Ce mode de religiosité réveille la mémoire épisodique. Ce type de mémoire nous permet de très bien nous rappeler de certains épisodes, en se souvenant de tous les détails qui y sont associés. De plus, ce type de mémoire encourage la réflexion spontanée qui se caractérise par la transformation de l’information. Par exemple, en employant des analogies ou des métaphores. De cette manière, les interprétations qui surgissent sont différentes. Il n’existe donc généralement pas de leader.

Pour en revenir au début, la psychologie cognitive des religions peut expliquer pourquoi nous croyons aux êtres surnaturels. Selon le mode doctrinal, le manque de sens critique ainsi que l’association de la mémoire explicite et de la mémoire implicites peuvent justifier l’acceptation de cette existence. Selon le mode imaginaire, l’imagination qui se détache de la mémoire épisodique peut mener à la même conclusion.

 

  • Whitehouse, H. (2000). Arguments and icons: Divergent modes of religiosity. Oxford: Oxford University Press.