Insomnie : les fantômes personnels qui ne laissent pas dormir

2 février 2018 dans Cinéma 87 Partagés
insomnie

En 2002, Christopher Nolan dirige un thriller intitulé « Insomnia » qui nous met face à un assassinat étrange en Alaska. Will Dormer (Al Pacino) est un policier prestigieux de Los Angeles qui voyage là-bas avec son collègue Donovan afin d’aider dans la recherche du crime brutal d’une adolescente.

Juste lorsqu’il est sur le point d’arrêter l’assassin, Donovan meurt assassiné par accident par son collègue Will, et l’assassin (Robin Williams) s’échappe après avoir observé ce qu’il s’est passé. Will n’est pas capable d’assumer ce qu’il s’est passé et tente de modifier le récit des faits même au travers des preuves du crime. L’assassin ayant identifié Will commence à le contacter, en le faisant chanter. Le grand détective, tourmenté par le mort de son ami et la culpabilité qu’il ressent, en plus des appels constants qu’il reçoit, commence à souffrir d’insomnies.

Lorsque la culpabilité immense se transforme en insomnie

Al Pacino, jouant le rôle de Will Dormer, n’est pas capable d’encaisser l’accident qu’il a produit et rejette ce qu’il s’est passé lorsqu’il en parle aux autres et à lui-même, en s’empêchant ainsi de d’intégrer les faits à sa propre identité. Il ne peut et ne veut pas s’identifier comme responsable de ce qu’il s’est passé et ne souhaite pas non plus accepter la culpabilité, bien que sa conscience ait enregistré tout ce qu’il s’est passé.

Lorsqu’un évènement de ce type est vécu comme quelque chose de traumatisant, il est nécessaire d’établir un récit réaliste de ce qui s’est produit afin de nous permettre de lui donner un sens. Dans ce cas, le rejet et le déni compromirent les facultés basiques de l’homme, aussi bien d’un point de vue mentale que physique.

al pacino

L’insomnie qui ne laisse pas vivre

Après l’accident imprévu, Will commence à générer des croyances internes telles que « la faute n’est pas la mienne ». Le rejet comportemental et mental de la réalité lui permet de se rendre compte des aspects intolérables de son « moi », des autres et du monde.

Al Pacino interprète un exemple clair de la manière dont peut apparaître et être vécu le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT). Will expérimenta un évènement très traumatisant face auquel il répondit avec peur, impuissance et horreur. Après le malheur, il commença à revivre ce moment, au sein de ses rêves, de ses souvenirs intrusifs, de flashbacks…

Will savait que l’unique solution pour résoudre la situation était de raconter la vérité et de se libérer de la culpabilité mais il préféra éviter ses souvenirs et ses pensées négatives en tentant de modifier la réalité de l’évènement au travers du mensonge. Pour construire un nouveau déroulement de l’accident, il commença à se créer des cognitions déformées sur la cause ou les conséquences de l’évènement traumatisant, en tentant de rejeter la faute sur quelqu’un d’autre.

Pour approfondir son mensonge et rendre sa culpabilité invisible, il commença à prendre ses distances avec les autres et sa capacité à expérimenter des émotions positives disparut. Une jeune assistante remarqua le grand changement de Al Pacino, surtout du fait de la diminution de sa capacité d’attention et de concentration générale à cause de l’insomnie.

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La division de la personnalité face au traumatisme

Dans le traumatisme, la personnalité est extrêmement divisée entre deux ou plus de sous-systèmes psychobiologiques très rigides dans leur fonctionnalité, ils occasionnent des problèmes d’adaptation. Les sous-systèmes de personnalité prototypiques peuvent atteindre des niveaux divers d’élaboration et d’autonomie en se convertissant en PANs et PEs :

  • Partie Emotionnelle de la Personnalité (PE) : c’est une charge émotionnelle élevée d’expériences traumatisantes qui se réveille au niveau sensorimoteur. Cette partie dirige involontairement l’attention envers les menaces possibles, qui peuvent être surdimensionnées du fait du passé traumatisant.
  • Partie Apparemment Normale de la Personnalité (PAN) : c’est une partie qui évite les souvenirs traumatisants et se concentre sur les fonctions de la vie quotidienne. Bien que la personne apparaisse comme « normal », il est certain qu’elle a des symptômes négatifs tels que la distanciation, la désorientation et l’amnésie partielle ou totale de l’expérience traumatisante.

Cette division marquée entre les deux personnalités caractérise les troubles post-traumatiques dissociatifs simples, en incluant le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT). Cette séparation entre PAN et PE empêche l’intégration des souvenirs traumatisants et bloque la transformation des évènements dans les souvenirs narratifs autobiographiques. En fait, la personne traumatisée a besoin de pouvoir raconter et se raconter la réalité des faits.

Notre vie est la scène sur laquelle nous agissons et le script change le personnage dans un sens ou dans un autre. En définitive, c’est un film qui reflète la manière dont une expérience peut marquer un avant puis un après en fonction de la manière dont elle s’intègre dans notre propre histoire.

« Lorsque quelqu’un voit sa paix intérieure perturbée ou ne l’a jamais eue, il se voit exposé à des séries de conséquences physiques et psychologiques, quelqu’en soit la cause. »

-Francine Shapiro-

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