Philippe Pinel et l'aube de la psychiatrie

À l'époque de Philippe Pinel, il était normal d'enchaîner les « malades mentaux » aux murs ou de leur infliger des châtiments physiques. Ce médecin a réussi à réglementer les institutions psychiatriques et à proposer une nouvelle façon de comprendre les pathologies mentales.
Philippe Pinel et l'aube de la psychiatrie

Dernière mise à jour : 31 mai, 2021

On considère Philippe Pinel comme le père de la psychiatrie en France. Son grand apport a été de traiter les personnes considérées comme des « malades mentaux » avec une vision plus humaine. Il a également proposé une catégorisation novatrice des maladies mentales, qui a servi de base pour les classifications modernes.

Pinel a eu le pragmatisme et la discipline suffisante pour faire une observation minutieuse des personnes malades et élaborer des notes systématiques. Tout cela a servi de guide pour le traitement clinique et pour la classification des différentes manifestations mentales.

« Un déluge d’études ennuyeuses, de vaines complications écrites dans le langage propre aux écoles et avec cette fureur de tout expliquer, voilà un défaut commun à presque toutes les sciences. »

-Philippe Pinel-

Grâce à Philippe Pinel, les institutions psychiatriques ont abandonné plusieurs pratiques très cruelles en France. Il a aussi présenté un ensemble d’hypothèses sur les causes des problèmes mentaux et a souligné l’importance d’offrir un traitement intégral.

Esprit d'une personne.

Philippe Pinel, des débuts difficiles

Philippe Pinel est né à Jonquières (France) le 25 avril 1745. Il était le fils d’un modeste chirurgien. Il a suivi ses études à l’école de Lavaur et a ensuite bifurqué vers une carrière religieuse. Au cours de son étape au séminaire, il apprit les langues classiques. Il n’y resta néanmoins pas longtemps.

Après avoir abandonné la vie religieuse, il partit étudier les mathématiques et la médecine à Toulouse. Il obtint son titre en 1773, à 28 ans. Peu de temps après, il prit la direction de Montpellier, où il se familiarisa avec les idées de Boissier de Sauvages et de Barthez.

Commencer à pratiquer la médecine ne fut pas simple. Au début, pour subvenir à ses besoins, il écrivait des thèses universitaires pour les étudiants riches et fainéants. Aucune n’avait d’idées nouvelles. En 1778, il partit à Paris et survécut en donnant des cours particuliers de mathématiques et en rédigeant des articles médicaux.

Une nouvelle étape

Philippe Pinel traduisit aussi plusieurs œuvres médicales, au cours de ses premières années à Paris. Parmi elles, nous pouvons noter les Éléments de médecine pratique de Cullen. Au début, il ne traita pas de patients mais, en 1786, il eut l’occasion de traiter certains malades mentaux, dans l’hôpital psychiatrique du docteur Belhomme.

Le principal objectif de Pinel était d’avoir une vie économique un peu plus confortable. Au début, il voulut se lier à certaines institutions académiques mais n’y parvint pas. Il essaya aussi de devenir le médecin des « Mesdames », qui étaient les tantes de Louis XVI. Il n’y arriva pas non plus.

Philippe Pinel sympathisa avec les idées de la Révolution Française, qui éclata en 1789, mais s’éloigna de l’activité politique au cours de la période de la Terreur. Néanmoins, il se noua d’amitié avec Thouret et celui-ci l’aida pour qu’il devienne médecin à l’hospice de Bicêtre. C’est là qu’il travailla de 1793 à 1795.

Une nouvelle psychiatrie

Il y avait, à l’hospice de Bicêtre, un gardien – et non un médecin – qui s’appelait Jean-Baptiste Pussin. Même s’il n’était pas en charge du traitement des malades, Pussin avait personnellement mis en place plusieurs mesures qui attirèrent l’attention de Philippe Pinel.

Pussin appliquait ce qu’il avait appelé un traitement moral aux personnes internées.Il partait de l’idée qu’elles gardaient toutes une partie de leur raison intacte et il s’appuyait sur cette facette pour essayer de les guérir. Il pensait aussi que les malades ne devaient pas être soumis à des traitements cruels.

Pussin trouva un grand allié en la personne de Philippe Pinel, et vice-versa. Ce dernier demanda l’autorisation de ne pas attacher les malades avec des chaînes car, à l’époque, il s’agissait d’une pratique quotidienne.

Au début, il n’y parvint pas mais George Couthon finit par l’écouter. Il était atteint de paralysie mais se rendit quand même à l’hospice pour répondre aux demandes de Pinel.

Homme en deuil.

Philippe Pinel, de grands changements

Philippe Pinel fut nommé chef de l’hôpital de la Salpêtrière en 1795. Là, il commença à mettre en place des réformes semblables à celles qu’il avait avancées à l’hospice de Bicêtre. Enchaîner les malades fut interdit et il procéda à plusieurs améliorations dans la qualité de l’internement psychiatrique.

Il introduisit une approche psychologique dans le traitement des malades. Ses méthodes ont été des précurseurs de ce qui deviendrait la psychothérapie individuelle. Il pensait que la maladie mentale incluait des aspects physique mais aussi des « problèmes moraux ». Ces derniers devaient se traiter à travers le dialogue avec le patient.

Pinel travailla toute sa vie pour réglementer l’internement psychiatrique. Avant lui, la fonction de « l’asile » ressemblait à celle d’une prison. Il définit aussi quatre maladies mentales ou « vésanies » de base : la mélancolie simple, la manie, l’idiotie et la démence.

En 1801, il publia le Traité médico-philosophique de l’aliénation mentale. Il s’agit de l’antécédent direct des manuels de diagnostic psychiatrique modernes. Il fut décoré par Napoléon et par ses successeurs. En 1822, il fut destitué de ses fonctions et mourut à Paris quatre ans après.

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  • Peset, J. L. (2003). La revolución hipocrática de Philippe Pinel. Asclepio, 55(1), 263-280.