La névrose, la prison de l’instabilité émotionnelle

· 15 avril 2018

La névrose définit un cadre clinique caractérisé notamment par l’instabilité émotionnelle, la tendance à la dépression, une anxiété élevée ainsi qu’une rumination excessive et des sentiments de culpabilité. Les personnes atteintes de neuroticisme sont des usines à préoccupations continues, des profils très sensibles pouvant néanmoins répondre correctement aux thérapies psychologiques.

Il est très possible que le terme névrose rappelle à des nombreuses personnes des souvenirs anciens, de l’époque où Sigmund Freud concentrait une partie de son travail sur la psychonévrose. Il s’agit d’une dimension psychologique très classique, découverte en 1769 par le docteur écossais William Cullen, à une époque où nous tentions de classer sous une même étiquette tous les troubles qui déformaient ce qui était considéré comme une pensée rationnelle.

« La névrose ou neuroticisme est une tendance psychologique caractérisée par une mauvaise gestion émotionnelle et une difficulté évidente à maintenir le contrôle. »

La psychologie aujourd’hui a remplacé le concept de névrose par une autre nomenclature. Ainsi, dans l’édition précédente du DSM-5 le neuroticisme avait déjà été divisé en un certain nombre de troubles, d’aspects cliniques qui ont généralement tendance à affliger les patients, comme peuvent le faire par exemple les troubles somatoformes, les troubles de l’anxiété, les troubles dépressifs, dissociatifs, etc.

névrose

La névrose à travers l’histoire

Nous disposons aujourd’hui de plusieurs mécanismes afin de mieux comprendre le trait du neuroticisme et offrir une approche thérapeutique appropriée à chaque personne. Cependant, un il y a quelques années la névrose n’était qu’un « sac de nœud » , là nous intégrions toute personnes présentant une quelconque altération psychologique, si petite soit-elle.

Hippocrate, en son temps, avait déjà jeté les bases de cette condition lorsqu’il parla du tempérament mélancolique. Il s’agissait, selon lui, de personnes souffrant de « fluides corporels » chroniquement perturbés. D’une certaine manière, et pendant des milliers d’années, nous avons considéré que ces profils comportementaux plus anxieux, nerveux, avec une tendance à la dépression ou une inquiétude excessive, correspondent à des personnes condamnées non seulement à ne pas contrôler leur vie, mais aussi à saboter celle des autres.

Le mot névrotique a en soi une désignation négative, chose que nous devrions corriger. Par conséquent, les professionnels de santé mentale ont été contraints de bannir le terme névrose afin de générer une approche thérapeutique (et sociale) plus large, logique et intégrative en réponse à une condition elle-même gérable.

Caractéristiques de la névrose

Le neuroticisme entre dans un spectre. Autrement dit, certains présenteront un score plus élevé dans cette dimension psychologique et d’autres qui ne présenteront que quelques traits. Ainsi, et bien que la plupart d’entre nous aient l’idée que la névrose est essentiellement une instabilité émotionnelle, nous pouvons dire qu’elle cache des racines plus complexes et intéressantes en même temps.

névrose

Pour mieux comprendre cette condition psychologique, nous pouvons nous référer à une curieuse histoire que raconta Paul Watzlawick à propos de la névrose avec l’histoire du marteau. Imaginons par exemple que notre voisin a besoin d’un marteau pour accrocher une photo et veut nous le demander. Cependant, cet homme est quelque peu pessimiste, et commence à penser que nous n’allons pas le lui prêter et imagine non pas une, mais des dizaines de situations de plus en plus alambiquées où la réponse est toujours la même, négative.

En fin de compte, il finit par accumuler tant de frustration et de colère, qu’il vient frapper à notre porte pour nous dire, tout simplement, « que nous pouvons garder notre foutu marteau ».  Il est clair que face à un tel comportement nous resterions sans voix et même à moitié effrayés. Cependant, avant d’arriver à la conclusion que notre voisin « ne va pas bien », il est nécessaire d’en connaître un peu plus sur cette réalité. Voyons quelques caractéristiques. 

  • Il s’agit de profils caractérisés par un négativisme élevé, par des pensées catastrophiques
  • Sentiment continu de tristesse et d’impuissance
  • Phobies
  • Susceptibilité
  • Anxiété
  • Apathie, fatigue fréquente
  • Hauts et bas émotionnels
  • Périodes d’isolement social
  • Relations affectives et familiales complexes, la coexistence avec des personnes « névrosées » est généralement très compliquée
  • Souvent, le névrosisme est confondu avec des troubles obsessionnels compulsifs
  • Insomnie
  • Troubles de somatisation (douleurs musculaires, affections cutanées…)   

Comment traiter la névrose ?

La première chose que nous devons prendre en compte à propos de la névrose est que d’une certaine manière, nous pouvons tous présenter à un moment ou un autre un comportement caractérisé par une inquiétude excessive, la rumination, la susceptibilité… Selon les historiens, des individus tels que Newton et Charles Darwin, avaient des profils très sensibles, instables, lunatiques et toujours inquiets. Cependant, il y avait en eux quelque chose de grand, quelque chose qui leur a permis de canaliser toute cette énergie mentale sur la bonne voie.

Par conséquent, avant de considérer la névrose comme quelque chose de purement pathologique, nous devons comprendre qu’il suffit d’offrir à la personne des outils pour mieux gérer ses univers émotionnels afin de percevoir les changements adéquats. Le véritable problème avec le profil névrotique est que nous faisons face à un patient incapable de faire face à son quotidien, à quelqu’un piégé dans ses peurs et ses soucis, dans la solitude de sa maison sans oser interagir, travailler, mener une vie fonctionnelle.

homme névrosé chez la psychologue

La névrose se traite par la psychothérapie, l’une des plus recommandables étant la thérapie cognitivo-comportementale. Ainsi, comme nous l’avons souligné précédemment, la réponse à ce type de traitement psychologique est généralement très bonne. Lorsque la personne parvient à reprendre les rênes de ses émotions en appliquant des techniques de gestion adéquates, la plupart des caractéristiques mentionnées ci-dessus perdent de leur intensité jusqu’à disparaître.