Personnes méfiantes : la réalité derrière leur comportement

15 octobre, 2020
Les personnes méfiantes ne se méfient pas toujours par choix. Souvent, le poids de la trahison ou de la profonde déception leur a laissé une marque qui les empêche de se connecter aux autres. Ils vivent donc avec l'obsession de se protéger, de construire des murs et de garder des distances.

Derrière les personnes méfiantes, il y a de l’insécurité et des mécanismes d’émotions qui ne lâchent pas, qui entravent et réduisent les sentiments potentiels. Nous pouvons trouver leur comportement étrange et penser la chose suivante : “Qui ne fait pas confiance n’est pas digne de confiance.”

Cependant, il est nécessaire de comprendre qu’il est parfois compliqué de faire confiance à 100 % à ceux qui nous entourent. Aucune solitude n’est plus profonde et plus douloureuse que celle dûe à un manque de confiance. Ceux qui en souffrent de ce comportement insaisissable et rigide ne sont pas heureux.

Beaucoup de ces profils sont le résultat d’une profonde déception, d’une trahison, de la négligence d’une enfance sans attachement ni affection. Lorsque la connexion avec ceux qui nous sont chers est traumatisante, il est difficile de faire confiance.

Notre cerveau, en tant qu’entité sociale, est essentiellement programmé pour la connexion émotionnelle. Nous souffrons alors lorsque nous manquons de liens solides qui génèrent des espaces dans lesquels nous nous sentons aimés et valorisés. Si nous ne bénéficions pas de renforcements positifs, et surtout sincères, notre insécurité deviendra notre propre geôlier.

Les personnes méfiantes ne sont pas toujours méfiantes par choix. De plus, elles vivent constamment sous le voile de la peur : elles ont peur d’être de nouveau blessé. Elles n’hésitent donc pas à construire des murs autour d’elles et à placer des détecteurs afin que personne ne dépasse cette ligne d’autoprotection.

“La meilleure façon de savoir si vous pouvez faire confiance à quelqu’un est de lui faire confiance.”

-Ernest Hemingway-

Quel est le quotidien des personnes méfiantes ?

Les personnes méfiantes et le poids des émotions négatives

En 1861, Charles Darwin a écrit une lettre à un ami, une lettre si spéciale qu’elle a été publiée plus tard dans le livre Autobiography and Selected Letters (1881). Il y dit littéralement : “Aujourd’hui, je me sens très mal, je me sens stupide et je déteste tout le monde.”

Cette phrase – presque comme une crise de colère enfantine – était empreinte de colère, de rancune et de frustration. Ces aspects seront ensuite analysés par Darwin lui-même.

Rappelons que le célèbre naturaliste et père de la théorie de l’évolution humaine était très curieux du monde des émotions. La raison pour laquelle il a écrit cette phrase était qu’il se sentait trahi par un collègue. Il avait perdu confiance en quelqu’un et était blessé. Cette souffrance s’est traduite par d’intenses émotions négatives qui l’ont accompagné pendant des mois.

Dans une étude menée à l’Université d’Amsterdam et à l’Université de Zurich, les chercheurs ont trouvé des preuves pour soutenir une idée liée à ce que Darwin avait vécu.

Le neurologue Jan Engelmann a alors décrit ce mécanisme neuronal qui définit les personnes méfiantes. Selon ce travail, il y a des gens qui craignent les émotions négatives qui découlent de la déception ou de la trahison. Cette peur constante diminue la confiance de la personne.

L’amygdale, notre sentinelle de la peur

Lorsqu’une personne souffre du poids des mensonges, des déceptions, de l’abandon ou de la trahison, elle craint avant tout, de revivre la même chose.

Il est vrai que certains affrontent et gèrent efficacement ces situations. Certaines personnes en tirent une leçon et ne stagnent pas dans l’émotivité négative. Elles assument alors ce qu’elles ont vécu, elles tournent la page et s’ouvrent à d’autres expériences.

  • D’autres, en revanchent, portent le poids de la négativité. Ce type de situation est principalement mis en place par une structure cérébrale très spécifique : l’amygdale.
  • C’est elle qui place les personnes méfiantes dans un état d’hypervigilance constante. Presque automatiquement, ils commencent à associer presque tous les détails à une menace.
    • Ces personnes ont recours à des catégorisations, aux préjugés et à un dialogue interne si limitatifs et négatifs qu’elles finissent par “s’enivrer” avec leur propre angoisse et leur méfiance extrême.

Il n’est pas facile de vivre ainsi, dans ce territoire de malheur absolu.

Quelles sont les caractéristiques d'une personne méfiante ?

Que pouvons-nous faire si nous nous sentons incapables de faire à nouveau confiance aux gens ?

Les personnes méfiantes sont souvent pris dans un cercle vicieux angoissant. Elles ne peuvent plus faire confiance et, dans le même temps, leur comportement et attitude génèrent encore plus de rejet. Voir comment les autres se distancient augmente leur sensation d’inconfort et renforce encore leur désir de s’isoler et de se protéger.

Alors, que peut-on faire dans ces cas ? Si nous nous reconnaissons dans ce profil, que devons-nous faire pour nous reconnecter authentiquement avec ceux qui nous entourent ? La réponse est simple à dire et complexe à réaliser : avant de faire confiance aux autres, il faut se faire confiance.

Ce n’est pas un travail extérieur, il ne s’agit pas d’améliorer nos compétences sociales, notre sympathie ou notre charisme. Il s’agit de se connecter avec nos parties brisées, avec cette estime de soi négligée et avec la marque de cette déception ou blessure du passé qui vit en nous de manière intense.

C’est un travail laborieux qui nous permettra de retrouver notre identité et de nous valider à tous points de vue et surtout de nous sentir digne de vivre le bonheur.

Ce n’est que lorsque nous nous reconnectons avec nous-mêmes, en nous sentant forts et confiants, que nous abattrons ces murs qui nous entourent pour permettre de nouveaux accès. Et nous le ferons sans peur. La confiance en soi et la confiance en autrui sont des outils qui facilitent la vie. Nous devons tous les utiliser de manière responsable.

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  • Engelmann, J. B. (2010). Measuring Trust in Social Neuroeconomics: a Tutorial. Hermeneutische Blätter, 1(2), 225-242.
  • Engelmann, JB and Fehr, E (2017). The Neurobiology of Trust: the Important Role of Emotions. P. A. M. van Lange, B. Rockenbach, & T. Yamagishi (Eds.), Social Dilemmas: New Perspectives on Reward and Punishment. New York, NY: Oxford University Press.