Le père qui s’occupe de son bébé n’ « aide » pas, il exerce son rôle de père

18, avril 2017 dans Psychologie 49273 Partagés

Le père qui s’occupe des pleurs du bébé, qui le berce, qui lui change les couches et qui lui apprend les premiers mots n’est pas en train « d’aider » la mère, il exerce son rôle merveilleux et responsable de père. On voit ici les nuances d’un langage dans lequel, à coup de pièges et de tournures de phrases dissimulées, nous tombons souvent et qu’il est nécessaire de transformer.

Aujourd’hui, et à notre grande surprise, nous continuons à entendre de nombreuses personnes affirmer haut et fort la fameuse phrase : « Mon conjoint m’aide dans les tâches ménagères » ou « J’aide ma femme dans le soin des enfants ». C’est comme si les tâches et les responsabilités d’une maison et d’une famille avaient un patrimoine, un sceau distinctif associé au genre et duquel nous ne nous étions pas détaché-e du tout dans nos schémas de pensée.

« Le père n’est pas celui qui donne la vie, c’est celui qui nous éduque avec amour. »

La figure du père est aussi importante que celle de la mère. Il est clair, cependant, que le premier lien d’attachement du nouveau-né pendant les premiers mois se concentre sur la figure maternelle. Cependant, aujourd’hui, l’image du progéniteur où se focalisait l’autorité de fer et le fondement du foyer n’a plus lieu d’être.

Il faut mettre fin à ce schéma patriarcal caduque où les tâches sont sexualisées en rose et en bleu, afin d’inciter à des changements réels dans notre société. Pour cela, nous devons semer le changement dans l’environnement privé des foyers, et avant tout, dans notre langage.

Car le père « n’aide » pas, ce n’est pas quelqu’un qui passe à la maison et qui allège le travail de sa compagne de temps en temps. Un père, c’est quelqu’un qui sait être présent, qui aime, qui prend soin et qui se responsabilise vis à vis de ce qui fait sens dans sa vie, à savoir sa famille.

Le cerveau des hommes pendant l’éducation des enfants

Nous savons tou-te-s que le cerveau des mères vivent des changements énormes pendant l’éducation d’un bébé. La grossesse, l’allaitement ainsi que le soin quotidien de l’enfant génèrent une restructuration cérébrale aux fins adaptées. C’est incroyable. Non seulement l’ocytocine augmente, mais la synapse cérébrale change aussi pour augmenter la sensibilité et la perception, afin que la mère puisse reconnaître l’état émotionnel de son bébé.

Mais que se passe-t-il chez le père ? Est-il un simple spectateur biologiquement insensible à cet événement ? Pas du tout, le cerveau des hommes change aussi, et le fait de manière tout aussi spectaculaire. Selon une étude menée au Centre des Sciences du Cerveau de l’Université de Bar-llan en Israël, si un homme exerce un rôle primaire dans le soin de son bébé, il vit les mêmes changements neuronaux qu’une femme.

Grâce à plusieurs scanners cérébraux, effectués aussi bien chez les pères hétérosexuels que chez les pères homosexuels, on a pu voir que l’activité de leurs amygdales était 5 fois plus intense que la normale. Cette structure est liée à l’avertissement d’un danger et à une plus grande sensibilité au monde émotionnel des bébés.

Ainsi, cette donnée peut en surprendre plus d’un mais le niveau d’ocytocine sécrété par un père qui exercice le rôle de protecteur principal est le même que celui d’un père qui a aussi son rôle de mère. Tout cela révèle ce que nous savions déjà : un père peut avoir le même type de lien émotionnel avec son enfant qu’une mère.

Lisez : Un père peut jouer plein de rôles, mais ne cesse jamais d’être père

La paternité et la maternité responsables

Il y a des parents qui ne savent pas être présents. Il y a des mères toxiques, des pères merveilleux qui éduquent leurs enfants seuls et des mères extraordinaires qui laissent leurs empreintes ineffaçables dans le cœur de leurs enfants. Éduquer un enfant, c’est tout un défi auquel certains sont préparés et que beaucoup d’autres affrontent comme le défi le plus enrichissant de leur vie.

« Hommes et femmes doivent se sentir libres d’être forts. Il est temps de voir les genres comme un ensemble, non pas comme un jeu de pôles opposés. Nous devons cesser de nous défier les uns les autres. »

-Discours d’Emma Watson à l’ONU-

Il faut éclaircir un aspect : la bonne paternité et la bonne maternité ne relèvent pas des sexes, mais des personnes. Chaque conjoint est conscient-e de ses propres besoins et appliquera sa propre éducation et son attention en fonction de ses caractéristiques. C’est-à-dire que ce sont les membres qui établissent la répartition et les responsabilités du foyer en fonction de leurs disponibilités.

Tomber d’accord, être complice l’un de l’autre et savoir que le soin des enfants relève de la responsabilité mutuelle et non pas exclusive de l’un des deux créera cette harmonie favorable dans laquelle l’enfant grandira dans le bonheur et avec avant tout un bon exemple.

Ainsi, au-delà des grands efforts que chaque famille mène à bien au soin de son propre foyer, il est également nécessaire que la société soit sensible à ce type de langage qui aliment les étiquettes sexistes et les stéréotypes.

Les mères qui continuent leur carrière professionnelle et qui luttent pour obtenir une bonne situation professionnelle dans la société ne sont pas de « mauvaises mères » et ne négligent pas leurs enfants. D’autre part, les pères qui donnent le biberon, qui cherchent des remèdes aux coliques de leurs bébés, qui vont acheter des couches ou qui donnent le bain à leurs enfants n’aident pas : ils exercent tout simplement leur rôle de père.

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