Parfois, la meilleure aide consiste à laisser faire

11, mai 2017 dans Psychologie 237 Partagés

L’aide est une action que nous survalorisons souvent car nous pensons qu’elle implique de la bonté, de la solidarité, de l’hospitalité etc. Mais le problème est que souvent, il ne s’agit pas d’une simple collaboration entre êtres humains dans un but commun, mais elle s’avère être la prise en charge d’une tâche dont nous pensons que l’être aidé ne peut pas réaliser. Ou qu’il pourrait mais qu’il la ferait trop lentement et qu’il n’arriverait pas au niveau de perfection que nous sommes capables d’atteindre.

Nous pourrions nommer cela «aide toxique». Il s’agit d’une attitude de résolution des problèmes de l’autre personne sans lui donner la possibilité de se confronter à ses propres défis. En plus d’empêcher le développement de ses qualités, nous lui transmettons également un message clair : tu ne peux pas le faire.

De cette manière, nous arrivons, avec les meilleures intentions du monde, à ce que l’on appelle l’annulation personnelle. C’est-à-dire à la réduction des capacités, des opinions, des compétences, des attitudes et des aptitudes de la personne aidée.

Pour la société, l’aide semble toujours être quelque chose de positif, mais si nous creusons le sujet, nous nous rendons compte qu’il existe une multitude de cas de personnes ayant des déficits dans leurs capacités car un «bon samaritain» a résolu pour elles de nombreux défis pour lesquelles elles n’avaient en réalité pas besoin d’aide.

Aujourd’hui, on trouve, derrière le terme de la «génération molle», toutes ces personnes qui ont eu des parents sur-protecteurs, qui faisaient leurs devoirs, qui résolvaient n’importe quel problème social qu’elles avaient et qui éliminaient tout contact avec ce qui pouvait leur amener de la frustration.

Une aide qui n’aide aucune des deux parties

Faire des choses pour les autres est positif à partir du moment où il s’agit d’une collaboration ou d’une coopération. Par exemple, si deux personnes ont l’objectif commun de monter une affaire, il est important qu’elles collaborent : l’une choisit les meubles de l’entreprise, l’autre se consacre à la publicité etc.

C’est un exemple de véritable collaboration qui enrichit les deux parties, car les deux tirent profit de ce but commun et grâce à cela, l’entreprise a plus de probabilités de prospérer.

Car, aider quelqu’un de manière unidirectionnel peut être nocif car cela annule les capacités de la personne aidée. De plus, cela peut alimenter les pensées fausses :

  • Celui qui reçoit l’aide peut penser qu’il en a vraiment besoin.
  • Que l’autre personne a l’obligation de l’aider.
  • Qu’il est important pour la personne qui lui apporte de l’aide.

Ainsi, aucune des deux parties ne tirent profit de cette aide. L’un-e parce qu’iel reçoit le message que sans l’autre personne, iel ne peut rien faire et c’est un coup de feu mortel pour l’estime de soi. Et l’autre car iel sème la graine de l’anxiété en pensant qu’iel ne peut pas refuser les faveurs que l’autre personne lui demande ou en pensant que sans lui/elle, l’autre personne ne parviendra à rien.

Évidemment, la relation personnelle entre l’aidé-e et l’aidant-e peut se détériorer considérablement. Sachez que l’aidant-e sera toujours anxieux-se et dans l’attente des besoins de l’autre, les mettant en priorité par rapport aux siens propres, ce qui peut se solder par un rejet.

Familles hélicoptères

Cela existe dans certaines familles où se trouvent des parents hélicoptères, toxiques ou sur-protecteurs. Ces parents ne peuvent pas supporter l’idée que leur enfant souffre, mais leur concept de la souffrance est totalement erroné.

Il s’agit généralement de parents qui ont eu une enfance difficile et qui ne souhaitent pas que leurs enfants vivent la même chose. Ainsi, il polarisent l’éducation à l’extrême de la protection absolue : ils leur résolvent tous les problèmes, même ceux que leurs enfants pourraient résoudre eux-mêmes. Ces enfants arrivent donc à un âge où ils devraient capables d’avoir une vie autonome, mais ils sont complètement perdus.

Que se passe-t-il ? L’enfant n’apprend pas. Ses parents vivent pour lui, il ne s’est jamais trompé et il n’a jamais été frustré, rectifié ou appris de ces erreurs : c’est pourtant la seule manière de vraiment apprendre.

Le développement de l’enfant stagne alors qu’en réalité, il a un grand potentiel à explorer. Une fois à l’âge adulte, on retrouve des personnes qui ne sont pas des personnes résolutives. Des personnes qui souffrent souvent de problèmes d’estime de soi : elles se disent à elles-mêmes qu’elles ne sont pas capables d’affronter les problèmes sans une aide extérieure.

Elles deviennent des personnes dans le besoin et cela concerne tous les secteurs de leur vie. Ainsi, elles ont tendance à choisir des conjoints qui comportent de la même manière que leurs parents, et leurs capacités continuent à ne pas se développer.

Quelle est l’aide qui aide vraiment ?

Si vous voulez véritablement aider, ou autrement dit, collaborer avec quelqu’un, l’idée qui doit vous guider est ce qui se cache derrière le désir que l’on a que cette personne se développe et acquiert de la confiance en elle. L’aider, c’est alimenter son estime de soi, souligner ce qu’elle fait bien, alimenter sa résolution en lui donnant les possibilités et ses capacités en lui parlant de problèmes similaires.

Il est important d’user de patience et d’accepter que la vie amène avec elle des frustrations. Et que personne ne meurt pour autant.

Si nous éliminons l’obstacle pour la personne que nous souhaitons aider, nous ne lui permettrons pas de chercher la solution par elle-même. Cela l’empêchera d’agir, de se casser la tête, d’essayer, de chercher des alternatives etc… Car nous lui faisons tout et nous lui apportons tout sur un plateau.

Par exemple, si votre enfant ne trouve pas de travail mais que tous les mois, vous lui payez un loyer qui lui permette de vivre plus ou moins bien, pourquoi est-ce qu’il se mettrait à chercher un travail ? Il n’en a pas besoin ! Mais cela amène un vrai problème… Si vous continuez ainsi, qu’en sera-t-il de lui le jour où vous, en tant que parents, vous ne serez plus de ce monde pour lui payer son loyer ?

Collaborer, dans ce cas, signifie aider à faire un curriculum, à choisir un métier, à chercher un emploi, de manière à ce qu’il expérimente des choses et qu’il devienne, enfin, acteur de sa propre vie. Ne pensez-vous pas ?

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