Consulter systématiquement les enfants, ce n’est pas de la démocratie, c’est une mauvaise éducation

· 30 avril 2017

Le mode d’éducation des enfants a énormément changé ces dernières décennies. La structure de la famille s’est également beaucoup modifiée. D’un modèle que certains appelaient les « enfants-meubles », on est passé à un modèle dans lequel les enfants se trouvent au centre de l’univers pour leurs parents.

La famille étendue a disparu petit à petit. Aujourd’hui, une bonne partie des familles n’ont qu’un seul enfant, et beaucoup d’enfants n’ont également qu’un parent. C’est pour cela que l’enfant est devenu le centre d’attention absolu pour les responsables de son éducation. Cela n’arrivait pas avant, quand l’intérêt devait être distribué entre plusieurs enfants et d’autres membres de la famille, comme les oncles, les tantes, les grands-parents, qui avaient aussi une grande influence sur l’éducation des petits.

« Si vous voulez que vos enfants aient les pieds sur terre, mettez des responsabilités sur leurs épaules »

-Abigail Van Buren-

Ce nouveau modèle est surtout propre aux classes moyennes et élevées. Et cela ajoute un élément tout à fait inquiétant. Les enfants deviennent aussi un symbole de « statut social » pour leurs parents. Ce sont leur « grand investissement » en l’avenir. Il existe une concurrence entre les enfants les plus beaux, les plus polyglottes, les plus débrouillards. En définitive, celui qui aura le plus d’adjectifs positifs.

L’attention excessive envers les enfants

Le nouveau modèle d’éducation cherche à produire des enfants plus ou moins parfaits. Il est caractérisé par le maintien d’une supervision constante sur ceux ce qu’ils font au quotidien. Mais pas seulement. Il y a aussi une supervision totale sur leur futur. Les parents leur « conçoivent » un futur prometteur dès lors qu’ils commencent à marcher.

Pour que leurs attentes se réalisent, il est fréquent que les parents soient aussi attentifs à l’unique objectif, et qu’ils fassent en sorte d’écarter tous les obstacles qui se mettent sur la route de leur enfant. Se mettre dans des difficultés ne rentre pas dans ce schéma et encore moins ne pas se faire aider par ses parents, qui font tout exactement comme il faut.

D’autre part, les parents sont devenus beaucoup moins sûrs d’eux. Ils ont peur de l’exercice d’autorité dont ils doivent faire preuve. Ils se comportent comme des « coachs » de leurs enfants, non pas comme des parents. Ils projettent sur leurs enfants leurs propres désirs et buts, et ils ont peur d’entrer en conflit avec eux. Ils craignent que certaines de leurs actions les affectent trop et y pensent à deux fois avant de mettre des limites.

Les enfants d’aujourd’hui

L’éducation basée sur ces postulats semble ne pas donner les résultats attendus. Elle semble générer des enfants peu sûrs d’eux pour affronter les difficultés et les carences. Ils ne savent pas comment agir quand ils cessent d’être le centre de l’univers. En même temps, ils ont du mal à comprendre que pour obtenir quelque chose, il faut faire un peu plus qu’exiger.

Les enfants qui grandissent à l’intérieur de ce modèle ont le sentiment qu’ils sont meilleurs que les autres. Cependant, en même temps, cette perception s’évanouit d’un moment à l’autre et passe à l’autre extrême avec une facilité déconcertante. Tout leur « amour propre » disparaît lorsqu’ils se trouvent dans une situation dans laquelle les autres n’applaudissent pas ce qu’ils font.

Ces enfants sont de bons candidats au jeu de la dépendance. S’ils se trouvent face à une difficulté, ils appelleront sûrement leurs parents au lieu de résoudre le problème par eux-mêmes. Adultes, ils penseront qu’un signe d’amour de leur conjoint signifie qu’il supportera toutes leurs idées, sans aucune opinion critique. Au fond, quels que soient les langues ou les domaines qu’ils maîtrisent, ils se sentiront comme des enfants sans défense émotionnellement.

Consulter l’opinion des enfants pour tout

Ce nouveau style d’éducation provoque de grands problèmes d’autorité. L’idée que l’enfant est un « adulte miniature » est très nocive. Certains parents pensent que s’ils consultent l’avis de leurs enfants pour tout, ils augmenteront leur autonomie, alors que l’effet obtenu est totalement l’effet contraire. Un enfant de 5 ou 10 ans n’a pas idée de ce qu’est le mieux pour lui. Et l’obéissance est ce qui lui permet justement de développer son autonomie.

Les limites que les parents imposent ne sont pas une manière de restreindre la liberté ou le développement de leurs enfants. Ce sont les référents qui leur permettent de sentir que le monde est un lieu sûr : ils marquent un périmètre d’action qu’ils peuvent explorer librement et sans peur. De plus, ils apprendront que la réalité se déroule dans un cadre déjà établi et que ce n’est pas l’enfant qui décide de comment doit fonctionner le monde. Au contraire.

La famille est une institution aux relations asymétriques. Sa principale fonction est d’accompagner l’individu dans son processus d’insertion dans une culture, et pour entrer dans la logique d’une culture, il est indispensable de renoncer à certains désirs impossibles. Le désir de ne jamais perdre, par exemple. Le désir que tout le monde se plie à nos caprices, aussi. Et bien d’autres, qui proviennent de la nature de l’être humain.

Et les enfants qui essayeront de changer leur monde à leur manière le feront plus tard. Tant qu’ils sont petits, ils doivent répondre aux demandes et au cadre que leur imposent leurs parents. Contrairement à ce que pensent beaucoup de parents peu sûrs d’eux, mettre des limites est la meilleure manière d’investir dans un grand futur pour son enfant.

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