Parfois, ce qui fait mal, c’est de ne pas avoir essayé au moment où nous avions l’opportunité

20, mars 2017 dans Emotions 343 Partagés

L’intuition nous parle quasiment à tout instant, mais nous ne l’écoutons pas toujours. Les pressentiments sont comme des rumeurs que l’on entend lorsqu’on met l’oreille contre un coquillage. Ils sont là, mais nous ne déchiffrons pas toujours leur langage jusqu’à ce qu’un beau jour, nous comprenons ce qu’ils voulaient nous dire : «Fais-le, ose, prends le chemin du bonheur».

Parmi les multiples et singulières expériences du monde émotionnel, on trouve bien sûr cette sensation étrange qui consiste à regarder derrière soi et à se rendre compte de nombreuses choses. L’une d’entre elles est de découvrir trop tard ce que vous savions déjà à ce moment-là. Un voyage pour lequel nous aurions dû acheter un billet, un visage et un nom que nous n’aurions jamais dû aimer ou une serrure dans laquelle nous n’aurions jamais dû introduire la clé.

«C’est avec la logique que nous prouvons et avec l’intuition que nous trouvons.»

-Henri Poincaré-

Pourquoi agissons-nous ainsi ? Pourquoi n’agissons-nous pas en accord avec nos intuitions ou nos désirs du moment ? Il faut bien comprendre que nous ne sommes pas infaillibles. Avancer dans la vie, c’est comme mettre les pieds sur les rochers qui traversent une rivière. Certains seront plus sûrs que d’autres, et parfois, il sera nécessaire de faire confiance à notre instinct pour faire un saut risqué mais évident.

À d’autres moments, cependant, il n’y a pas d’autre possibilité que de prendre du recul et retrouver l’équilibre. Nous ne sommes pas toujours préparé-e-s à ces grands pas même si une fois nous dit que c’est le meilleur pour nous. Au lieu de nous lamenter, au lieu de nous plonger dans la mélodie triste et perpétuelle de «j’aurais pu le faire et je ne l’ai pas fait», il est nécessaire d’instaurer de nouvelles perspectives.

Nous vous invitons à réfléchir à ce sujet.

Le moment perdu et le «moi» mélancolique

Commençons par être objectif-ve : il y a des trains qui ne repassent jamais. Il y a sûrement eu beaucoup de propositions qui vous ont été faites dans votre travail, et celle que vous n’avez jamais osé accepter car elle vous obligeait à aller loin ne reviendra jamais. Beaucoup de personnes arriveront dans votre vie à nouveau, mais jamais cette voix sincère qui vous promettait le meilleur pour vous, et que vous allez laisser partir. Or, attention ; le fait de laisser partir une opportunité concrète n’implique pas que d’autres opportunités différentes mais tout aussi intéressantes n’apparaîtront pas.

Regarder dans le rétroviseur de la vie nous fait souvent tomber dans un sortilège étrange. Nous finissons par penser que ce que nous avons fait ou ce que nous n’avons pas fait à ce moment aurait pu nous rendre véritablement heureux-ses. Pourquoi ai-je laissé partir cela alors que c’était la meilleure chose pour moi ? Pourquoi ai-je décidé de faire cela ou ceci alors que mon moi intérieur m’indiquait que ce n’était pas bon pour moi ? Ce type de pensées qui nous mènent à la dérive émotionnelle ont un nom : ce sont les pensées contrefactuelles.

Lorsque nous commençons à spéculer en imaginant ce qui aurait pu se passer, nous appliquons la pensée contrefactuelle. C’est un mécanisme via lequel l’être humain imagine, visualise ou construit des alternatives aux faits et aux événements qui sont déjà passés. Elles s’activent à la suite d’un objectif raté, d’une relation perdue, d’un rêve évaporé à cause du manque de courage, pour donner forme, via l’imagination, à ce qui aurait dû se passer.

Les personnes qui vivent plongées, mentalement, dans cette espèce de «multivers» ou univers multiples où différents «moi» pensent à «ce qui aurait pu se passer mais qui ne s’est pas passé» sont nombreuses. Pourtant, la seule chose qu’elles obtiennent, c’est de diluer complètement leur identité. Souvenez-vous de ce qu’a dit Heidegger à ce sujet : l’être humain est destiné à renouveler son passé nostalgique -et parfois dramatique- au profit d’un futur plus prometteur et sage.

La voix de l’intuition que nous n’écoutons pas toujours

Nous pouvons comparer le début de nos pressentiments à cette rumeur que l’on écoute lorsqu’on met l’oreille contre un coquillage. On l’entend, il y a pas de doute, mais on ne sait jamais très bien ce que c’est et d’où il vient. Sachez que les murmures des coquillages ne viennent pas de la rumeur de la mer ou de notre imagination. C’est en réalité l’air de l’extérieur qui vibre sur cet objet semi-fermé. Le coquillage fait office d’amplificateur.

Avec les pressentiments, c’est la même chose. Nous avons le sensation que nous entendons une rumeur sans lui accorder beaucoup d’importance. Pourtant, c’est comme cela que les intuitions se construisent : un élément extérieur interagit avec notre cœur, avec notre esprit, pour prendre contact avec notre être inconscient. C’est alors qu’une voix intérieure vibre pour nous donner un message concret en accord avec notre identité : «Fais-le, c’est ton OPPORTUNITÉ !»

Parfois, le fait d’ignorer cette petite voix a une conséquence que nous connaissons déjà : les regrets. Malcolm Galdwell, sociologue et expert de cette matière, indique que les messages que l’intuition envoie sont difficiles à décoder. Nous ne les écoutons pas toujours, nous ne voulons pas toujours les écouter car la logique ou la pression de ceux qui nous entourent sont trop lourdes. C’est une chose à laquelle nous pouvons nous entraîner petit à petit, avec le temps, en étant plus réceptif-ve, plus libre et plus conscient-e de nous-même.

Il est également clair que «cette voix» se trompe souvent, mais s’il y a bien quelque chose qui fait vraiment mal, qui est extrêmement lourd et qui lacère l’âme, c’est précisément le fait de se tromper à un moment donné. Ce qui fait mal, c’est de ne pas avoir essayé lorsque nous en avions l’opportunité.

Images de Philipp Klarebone, Frap Carré Art