Les paradoxes et les mythes de l’amour romantique

13 mai 2017 dans Emotions 95 Partagés

Lorsqu’on parle de l’amour romantique, on a tendance à y ajouter une touche de couleur qui met l’accent sur tout le merveilleux qu’il représenterait. Généralement, on parle des bienfaits d’avoir un conjoint, de sentir que quelqu’un nous aime et nous comprenne à ce niveau-là. Il est clair que l’amour romantique a des effets positifs pour la personne et sa vie en société. Mais il faut aussi savoir qu’il peut amener avec lui une série d’idées reçues pour celleux qui se trouvent dans une telle relation.

La manière dont nous vivons l’amour romantique aujourd’hui peut nous faire renoncer à d’autres relations intimes (même si elles ne sont pas à caractère amoureux). L’autonomie, l’indépendance et la liberté personnelles sont souvent perdues. D’autre part, peuvent apparaître des disputes et la jalousie, ou l’impression que l’autre ne donne pas autant que nous. Tout cela peut alors mener à la destruction du lien.

« Quand deux personnes sont sous les influences violentes, délirantes et transitoires de la passion, on leur demande de jurer qu’elles resteront dans cette condition excitée, anormale et exhaustive pour toujours et jusqu’à ce que la mort les sépare. »

-George Bernard Shaw-

Les paradoxes de l’amour romantique

Mais l’amour romantique, de la manière dont nous le comprenons dans la société, est plein de paradoxes. Et ces contradictions créent une tension considérable.

  • Désir vs possession : le désir -pas seulement le désir sexuel- disparaît en tant que tel une fois qu’il est satisfait. C’est-à-dire que l’on peut profiter de ce que l’on possède mais on ne peut pas le désirer, et la possession est souvent le moteur de l’amour romantique. Quand nous rencontrons des obstacles pour consommer cet amour romantique, la passion augmente alors qu’elle diminue si nous l’obtenons facilement.
  • Altruisme avec le conjoint vs égoïsme biologique : socialement, on nous apprend qu’il est nécessaire d’être altruiste avec son conjoint, de nous sacrifier pour lui et nous nous donnons complètement. Cela va à l’encontre des mécanismes évolutifs qui se concentrent sur la recherche du plaisir et la maximisation des probabilités de transmission génétique. C’est-à-dire à l’encontre de nos instincts.
  • Idéalisation vs réalité : L’idéalisation de l’autre personne est l’un des piliers de l’amour romantique, car elle implique les attentes de l’amour et le désir d’intimité. Mais au fur et à mesure qu’une relation se consolide, cette idéalisation disparaît car nous connaissons de mieux en mieux la réalité de l’autre personne.
  • Passion vs conscience : C’est l’une des contradictions les plus conflictuelles, car après un moment de cohabitation avec une même personne, la passion diminue doucement. Mais les normes socio-culturelles nous disent que nous devons former un couple stable lorsque nous ressentons de la passion, et que celle-ci doit perdurer dans le temps.
  • Engagement vs indépendance : Nous voulons de la sécurité. Nous recherchons un engagement d’unité et de soutien, et nous voulons l’exclusivité. Mais en même temps , nous voulons nous sentir autonome et sans attaches, pour maintenir notre indépendance. Comme on peut l’imaginer, combiner ces deux besoins est difficile et influe directement sur le degré de satisfaction de la relation amoureuse.
  • Fidélité vs désir de nouveauté : Les êtres humains ont des impulsions qui les guident vers la nouveauté, même si cela leur est interdit tacitement. C’est-à-dire vers l’infidélité. Avec le temps, nous nous sentons attirés par d’autres personnes et cela va directement à l’encontre de la norme sociale d’exclusivité qui lie les deux membres du couple. Cette règle est totalement culturelle car elle n’existe pas chez les autres animaux ni dans toutes les sociétés humaines.

Les mythes de l’amour romantique

En plus de ces paradoxes, l’amour romantique amène une série de mythes. Des croyances qui proviennent de l’héritage culturel de notre société et qui peuvent être absurdes, fausses ou impossibles. Ce sont des mythes difficiles à atteindre à cause de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.

  • Le mythe de l’âme sœur : C’est le fait de croire que notre partenaire est l’unique et le meilleur choix possible. C’est le compagnon ou la compagne de vie qui nous était prédestiné-e.
  • Le mythe de l’exclusivité : C’est le fait de croire que l’on ne peut ressentir qu’un seul amour romantique à la fois, et pour une seule personne.
  • Le mythe du mariage ou de la cohabitation : C’est le fait de croire qu’une relation d’amour romantique doit forcément déboucher sur une union stable de couple.
  • Le mythe de la toute-puissance : C’est le fait de croire que les obstacles ne vont pas briser le couple, car l’amour est au-dessus de tout.
  • Le mythe de la durabilité : C’est le fait de croire que la passion du début doit durer dans le temps malgré la cohabitation.
  • Le mythe de la fidélité : C’est le fait de croire que le partenaire est la seule personne qui puisse satisfaire tous nos désirs, de manière exclusive.
  • Le mythe du libre arbitre : C’est le fait de croire que les facteurs sociologiques, biologiques et culturels étrangers à notre volonté et à notre conscience n’influent pas sur nos sentiments amoureux.
  • Le mythe de l’équivalence : C’est le fait de croire que tout au long de l’histoire de l’espèce humaine, nous avons eu tendance à nous mettre en couple par nature.
  • Le mythe de la jalousie : C’est le fait de croire que ce n’est pas du vrai amour si l’on ne ressent pas de jalousie.

L’amour romantique peut donc provoquer une série d’effets négatifs. Ces paradoxes et ces mythes peuvent s’intégrer à nos relations, de manière à entraîner des problèmes. Ceux-ci peuvent aller des disputes et des mal êtres passagers à d’autres extrêmes plus dramatiques.

Il est évident que l’amour réciproque et sain peut être un pilier pour notre bonheur et notre santé. Mais, s’il n’est pas sain et que l’on souffre de rupture, de nombreuses conséquences nocives peuvent avoir lieu. C’est pour cela qu’il est intéressant et important de connaître et de travailler sur son couple, aussi bien au niveau des paradoxes que des mythes autour de l’amour romantique. 

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Images de Toa Heftiba, Matheus Ferrero y Clem Onojeghuo

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