Orange is the new black et la réalité des femmes

10 février 2018 dans séries et psychologie 61 Partagés
Orange is the new black

Il est de plus en plus courant de parler du féminisme dans les médias audiovisuels et d’inclure des groupes sociaux qui, jusqu’à récemment, avaient été marginalisés. Orange is the new black est l’une de ces séries qui, malgré d’éventuelles erreurs, est assez proche de ce type de changements.

Elle remet très bien en cause les mythes inhérents aux prisons, les idées que nous pouvons avoir sur les prisonniers ou, en l’occurrence, des prisonnières. Nous semblons parfois oublier que les prisons sont non seulement remplies de meurtriers et des meurtrières, mais également de personnes qui, en raison des circonstances de la vie, ont commis un délit et s’y sont retrouvées. Bien évidemment, tout n’est pas parfait et nous ne devons pas perdre de vue que nous sommes en présence d’une série de fiction, mais qui nous rapproche un peu plus d’un monde qui semblait oublié.

Cette série montre le processus d’adaptation à la prison, les différents groupes qui s’y forment, la survie des femmes, l’autorité des gardes, etc. La série a débuté en 2013 sur Netflix et est inspirée par le livre homonyme de Piper Kerman, lequel est lui-même basé sur la propre expérience de l’auteur lors de son passage d’un an dans une prison pour femmes.

Curieusement, les images que nous voyons dans le générique de la série appartiennent à de vrais détenus.

Orange is the new black, pénétrons dans la prison

La série commence par nous présenter à Piper Chapman, une fille tout à fait normale, avec une carrière universitaire, une bonne position sociale, un petit ami avec qui elle envisage de se marier, ayant créé une entreprise avec son meilleur ami…

Il semble que la vie sourit à Piper, mais elle reçoit un jour la notification d’un crime qu’elle avait commis 10 ans auparavant. Elle est incriminée pour d’avoir transporté de l’argent du trafic de drogue alors qu’elle était encore très jeune et avait une relation lesbienne avec la trafiquante de drogue Alex Vause, qu’elle retrouvera en prison.

Piper doit faire face à la dure vie de la prison, mettre de côté son confort et trouver sa place. Cela s’avérera très difficile au début et sentant qu’elle ne possède rien en commun avec le reste des détenus, mais avec le temps, elle se rendra compte que certains ne sont pas si différents d’elle. Elle devra s’unir à son groupe, celui des blancs, pour trouver sa place. Des tribus et des hiérarchies ont été établies parmi les détenues au sein des différents groupes :

  • Les noires
  • Les blanches
  • Les Latino-Américaines
  • Celles du troisième âge
  • Le reste des femmes qui n’appartiennent à aucun de ces groupes, comme la minorité asiatique, devra créer sa propre identité ou chercher sa place dans l’une de ces catégories suscitées

Les scènes du réfectoire sont parmi les plus représentatives de ce phénomène et rappellent presque le réfectoire de l’école où chacun doit choisir sa place. Les distinctions entre les groupes se reflètent dans tous les domaines, mais surtout à travers les discours, nous voyons que les femmes noires ne parlent pas comme les femmes blanches, les latino-américaines parlent espagnol ou mélangent l’anglais et l’espagnol, etc. Il est très intéressant de voir la série dans sa version originale, car avec le doublage, l’essence de certains personnages s’en trouve en partie perdue.

Orange is the new black nous montre le racisme et la ségrégation dans les prisons pour femmes.
Partager
Orange is the new black

La variété des personnages de Orange is the new black

La série explore une infinité de réalités de femmes actuelles, elle aborde également des questions telles que l’abus de pouvoir et le machisme pratiqué par certains membres du personnel pénitentiaire. Nous avons des personnages très divers dans tous les domaines.

Nous voyons des dirigeants de prisons qui gaspillent des fonds et réduisent des budgets pour leur propre bénéfice, des gardes qui trafiquent des substances et abusent de leur pouvoir sur les détenues.  Nous voyons aussi des abus sexuels, des travailleurs sociaux qui ont perdu la foi et leur vocation à aider et à comprendre les détenues, mais également certains qui font preuve d’humanité et de vocation.

L’une des choses les plus intéressantes à propos de la série est que chaque chapitre, outre l’intrigue principale, relate l’histoire de l’une des détenues ; même le personnage le plus secondaire, et qui passe inaperçu, a sa place dans Orange is the new black.

La série explore ainsi en profondeur le passé de ces personnages et nous montre pourquoi ils ont terminé en prison et, dans de nombreux cas, nous montre des personnages proches de nous, qui ont souffert, qui ont joué de malchance ou mal négocié un moment spécifique de leur vie.

Orange is the new black

La série démystifie l’idée selon laquelle les prisons sont uniquement remplies de mauvaises personnes, même si, évidemment, nous y trouvons des personnages sans remords, ayant blessé ou tué, mais il semble s’y trouver une grande majorité de personnes auxquelles nous pourrions parfaitement nous identifier et sympathiser .

Orange is the new black met en avant ces groupes socialement marginalisés ; nous trouvons des personnages comme Suzanne, connu sous le nom de “crazy eyes”, qui présente certains problèmes sociaux, des symptômes d’automutilation, agit comme une petite fille et dont nous pouvons décerner quelques traits de trouble de la personnalité borderline. Mais elle trouve également sa place et l’épisode qui lui est dédié nous montre comment était sa vie auparavant, nous apprend qu’elle fut adoptée étant enfant et qu’elle dut faire face à de nombreux obstacles.

Orange is the new black

L’homosexualité sera également un sujet clé de la série. Jusqu’à récemment, les lesbiennes étaient minoritaires ou passaient au second plan dans le monde audiovisuel, ayant rarement eut autant de pertinence. Dans Orange is the new black, la plupart des détenues sont lesbiennes et certaines, même sans l’être, ont connu des relations homosexuelles ou ont succombé du fait de leur emprisonnement.

Nous avons également Sophia, une détenue transsexuelle, joué par l’actrice et militante transsexuelle et afroaméricaine Laverne Cox. Ce personnage dispose également d’un passé avant de franchir le pas et d’assumer son véritable moi : il était marié et père d’un garçon. Curieusement, l’acteur qui a joué Sophia avant sa transition était le frère jumeau de l’actrice.

La série aborde les problèmes liés à la toxicomanie et le fait de façon très sévère à travers le personnage de Tricia, une jeune femme qui vivait dans la rue et volait pour survivre, accro à toutes sortes de substances et qui termina en prison.

Les détenues du troisième âge disposent de leur groupe, nous y trouvons même une religieuse, les personnes d’origine asiatique sont une minorité, mais ont également leur place. Tous les personnages sont importants dans Orange is the new black.

Il s’agit d’une série qui projette une autre vision des prisons pour femmes, une série dont la distribution est principalement féminine, dont beaucoup de scénaristes sont des femmes (même Jodie Foster est venue diriger un épisode) et nous montre la multiplicité des histoires de ces détenues.

Barrières linguistiques, racisme, homophobie, machisme, violence, tout ceci se retrouve à la croisée des chemins dont nous sommes les témoins tout au long des chapitres. Nous ne les voyons plus comme des individus éloignés, qui ont peu ou rien à voir avec nous, mais comme des personnes normales, à l’instar de quiconque. Et ce dans une société de plus en plus hétérogène et ouverte où, en tant que citoyens, nous avons la responsabilité de  continuer à lutter pour l’égalité.

A découvrir aussi