Les opiacés, médicaments à effets addictifs

23 août 2017 dans Psychologie 82 Partagés

Tout commence par une douleur au genou, ou peut-être par une gêne dans le dos qui a transformé de manière silencieuse notre travail plaisant en un exercice dérangeant. Dans d’autres cas, c’est la migraine ou cette anxiété que nous ne parvenons pas à faire disparaître pendant la course contre la montre dans laquelle s’est installée notre vie. Le médecin nous prescrit un des nombreux opiacés et tout change, parce que ce sont les médicaments les plus puissants pour soulager la douleur, mais dans le même temps, les plus addictifs.

En parlant de ce thème, il est fort probable que les noms de certaines célébrités nous viennent à l’esprit. Michael Jackson, Prince ou Philipe Seymour Hoffman sont décédés à cause de leur addiction à ces tranquillisants et aux opioïdes quelle que soit leur typologie. Par exemple, le Fentanyl, un analgésique opiacé synthétique qui s’obtient, évidemment, par prescription médicale.

« Divinum opus est sedare dolores (Soulager la douleur est une œuvre divine) »

-Hippocrate-

Ce qui retient l’attention dans ce genre de dénouement, où l’excès se combine au drame et le drame à l’incompréhension d’autrui, est une information précise : ce type de médicament cause actuellement plus de décès que la drogue. Nous ne l’inventons pas, ce fait a été annoncé par Allen Frances, psychiatre connu étant l’un des auteurs du DSM-IV (Manuel diagnostique et statistiques des troubles mentaux), qui dans les dernières années s’est converti en l’un des principaux critiques de l’industrie pharmaceutique.

Les opiacées sont les médicaments les plus connus pour le soulagement de la douleur, mais parfois, le problème arrive ici, le prix que nous payons pour s’en procurer est trop élevé. De plus, nous agissons à l’aveugle, car nous ne connaissons pas leurs conséquences à moyen et long terme. Nous vous parlons de ceux-là.

Les opiacées, drogues ayant le plus grand pouvoir addictif

Les opiacées sont, dans un premier temps, un réel cadeau pour notre cerveau. Pour quelle raison ? Leurs principes actifs imitent l’activité des endorphines, nous procurent du plaisir et apaisent la douleur. Leur action est donc très utile en chirurgie, dans le traitement des douleurs aiguës, persistantes, modérées et également pour améliorer la qualité de vie de certain-e-s patient-e-s atteint-e-s du cancer.

« La priorité de n’importe quel addict est d’anesthésier la douleur pour faciliter le déroulement des journées par le biais d’un peu de soulagement acheté. »

-Russell Brand-

Il faut différencier les opiacées des opioïdes. Les premiers font références aux substances qui sont directement extraites de la capsule de la plante d’opium, comme par exemple la morphine. Pour leur part, les opioïdes, les plus courants, donnent forme à toutes les substances endogènes ou exogènes qui ont un effet analogue à celui de la morphine et qui peuvent être synthétiques ou semi synthétiques.

Comment agissent-ils ?

Il existe des opiacés d’action immédiate et des opiacés que nous devons prendre en suivant un calendrier préétabli. A ce moment, peu importe que nous ressentions de la douleur ou non, l’action du médicament prévient et régule l’apparition de celle-ci. Tout cela se produit grâce à un mécanisme sophistiqué de notre cerveau. C’est le suivant :

  • Ces médicaments arrivent dans notre organisme pour s’unir à certains récepteurs opioïdes spécifiques (μ, κ, y δ) du système nerveux et d’autres tissus.
  • Tous ces récepteurs sont en relation avec la protéine Gi/o, qui agit en inhibant l’action de l’adénylate cyclase, en ouvrant les canaux de potassium et en fermant les récepteurs de calcium présynaptiques, pour diminuer ainsi l’excitation neuronale, et par conséquent, toute forme de douleur.

L’action des opioïdes dure en moyenne entre 3 et 4 heures, même si les synthétiques peuvent atteindre un effet beaucoup plus soutenu. Ce que ressent la personne lorsqu’elle prend le médicament est une placide relaxation, une réduction drastique de l’anxiété et souvent une sensation agréable de bien-être.

Tout cela alors que, l’effet est bref, limité et s’obtient par des frais élevés : notre équilibre, notre santé physique et mentale. Car lorsque le « flooding » (inondation) disparait et qu’il n’y a pas de biodisponibilité, notre cerveau entre en « panique » car il ne dispose pas des dites substances nécessaires au maintien et à la régulation de nombreuses de ces fonctions.

Si nous avons pris de ces médicaments pendant une période déterminée, nous aurons généré de la tolérance et pour donc, nous ne tarderons pas à expérimenter le syndrome d’abstinence.

Effets des opioïdes dans notre organisme

Les effets des opiacés et des opioïdes varient en fonction de la durée depuis l’ingestion par la personne. Toutefois, nous pouvons différencier les étapes suivantes :

Phase initiale

  • Échauffement de la peau
  • Sécheresse de la bouche
  • Lourdeur aux extrémités
  • Nausées, picotements

Après 3 à 5 heures

  • Somnolence
  • Myosis : contraction de la pupille
  • Constipation : ces médicaments ont pour habitude de causer des constipations sévères
  • Confusion, petites hallucinations visuelles, vertiges, difficultés de concentration, angoisse, indifférence…

Effets à long terme

  • Altérations digestives : manque d’appétit, constipation chronique
  • Altérations cardiovasculaires
  • Arthrite et autres rhumatismes
  • Troubles graves de la mémoire, de l’attention et perte de motivation
  • Hallucinations, changements brusques d’humeur, dépression, anxiété, insomnie…
  • Inflammation veineuse
  • Infections de la peau et des tissus blancs
  • Maladies hépatiques
  • Maladies respiratoires…

La nécessité de réguler l’administration des opiacés

Hippocrate définissait les opiacés dans ses textes sous la devise « Divinum opus est sedare dolores (Soulager la douleur est une œuvre divine) ». Dans ce cas, il est nécessaire de contredire le sage Galien en rappelant une fois de plus que, c’est le rôle des médecins et non des dieux d’apaiser la douleur, et à la fois, c’est notre responsabilité de faire un bon usage de ces substances.

« Les addictions t’éloignes du plus important : toi-même »

On sait qu’un tiers des personnes qui le consomment pendant un mois génèrent tolérance et addiction envers cette substance. On sait aussi que, depuis 1999 les ventes d’opiacés ont quadruplé dans le monde entier. Les industries pharmaceutiques fond du commerce avec la douleur physique et la douleur de la vie, donc, nous nécessitons plus que la simple conscience individuelle vis-à-vis cette réalité. Nous avons besoin de stratégies adéquates de la part des gouvernements, des agences publiques et des centres médicaux.

Parce que, parfois, une douleur de dos occasionnelle ne nécessite pas d’être traitée par une drogue légale sous prescription. Trouvons d’autres stratégies.

Références bibliographiques :

-Jesús Florez (2008) « Farmacología humana » Barcelona : Masson

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