Au nom de la rose

20 septembre 2017 dans Psychologie 0 Partagés
Le nom de la rose

Le décor du livre Au nom de la rose – publié en 1980 et également adapté au cinéma – est singulier. Il s’agit d’une abbaye bénédictine située dans les Apennins, en l’an 1327. C’est vers cette abbaye que se dirigent le franciscain Guillaume de Baskerville et son fidèle secrétaire Adso de Melk, en ignorant complètement l’inquiétant mystère qui les attend à leur arrivée. Guillaume, qui a un obscur passé d’inquisiteur, a pour mission de participer à une réunion au cours de laquelle le thème d’une supposée hérésie d’une partie des franciscains sera abordé : celle des spirituels.

Une fois le décor établi avec justesse, Umberto Eco crée un roman policier qui permet au lecteur de se promener à travers les us et coutumes du Moyen-Âge le plus obscur et le plus cruel. Un décor historique dans lequel la religion donnait et ôtait du pouvoir, concédait des caprices ou sacrifiait des vies au nom d’un Dieu. Celui-ci, en plus d’être omnipotent, était décrit comme un punisseur, contraire à tout divertissement mondain et à son expression la plus naturelle : le rire.

Le mystère de la rose

Le nom du moine protagoniste, Guillaume de Baskerville, est loin d’avoir été choisi au hasard. Umberto Eco lui a donné le prénom de Guillaume en honneur du célèbre philosophe Guillaume d’Ockham, sans doute connu pour son fameux « Rasoir d’Ockham ». Ce principe particulier affirme que, quand il existe deux hypothèses qui expliquent des faits avec la même justesse, la plus simple des deux doit prévaloir. Cette idée n’est pas banale, et la science actuelle évolue en la suivant. La formulation moderne de cette condition nécessaire est le « critère de parcimonie ou de simplicité ».

Un critère qui est aussi très présent dans la manière de procéder de l’un des plus célèbres détectives de l’histoire : nous parlons bien sûr de Sherlock Holmes. Le nom de famille de Guillaume, Baskerville, est précisément lié à l’une des affaires qui apporta gloire et célébrité à l’emblème de Sir Arthur Conan Doyle, celui du chien des Baskerville.

L’explication de l’origine du nom du moine pourrait constituer une simple anecdote si nous n’allions pas plus loin ; cependant, il s’agit d’une véritable déclaration d’intentions pour le comportement de Guillaume, qui passera une grande partie de son séjour dans l’abbaye à essayer de résoudre les crimes qui commencent à s’y succéder, à une cadence qui rappelle un autre roman policier très célèbre : celui des Dix petits nègres d’Agatha Christie.

Un autre clin d’oeil à l’histoire qui apparaît dans Au nom de la rose est lié au gardien de l’immense bibliothèque du couvent. Nous parlons ici de Jorge de Burgos et de sa référence littéraire à Jorge Luis Borges. Selon les mots de l’auteur : « … seul Borges peut être plus aveugle, parce que les dettes se payent aussi ».

Les épines de la rose

C’est précisément ce personnage qui se trouve derrière les assassinats qui se succèdent dans l’abbaye. Tout cela pour empêcher que le second livre de poétique d’Aristote ne paraisse. Un livre dédié à l’humour et dont le moine avait peur parce qu’il comprenait que le rire n’était rien d’autre qu’un souffle diabolique qui déforme les traits et fait ressembler les hommes à des singes.


Jorge, de même que beaucoup de religieux de l’époque, pensait que le rire était une chose caractéristique du peuple inculte et sauvage mais qui devait être éloignée de l’Eglise pour que l’intellectualité qui, lors de ces obscurs moments, tournait autour d’elle, ne l’adopte pas aussi comme instrument de vérité. L’Eglise craignait que la comédie ne dépouille l’homme de sa peur de Dieu, l’empêchant ainsi de continuer à suivre ses préceptes.


Le frère Jorge pensait que le rire était l’antidote de la peur. De la peur du Diable qui fait se rassembler les Hommes autour de Dieu. Sans cette peur, selon lui, il n’y avait aucune raison pour que les hommes ne se moquent pas de Dieu, de la même façon qu’ils le faisaient avec le reste des éléments. Cependant, Jorge se condamne lui-même avec son propre travail : en tant qu’amant des livres, il souhaite bien évidemment contrôler la connaissance et non la détruire. Ainsi, il n’empruntera ce chemin que lorsqu’il sera conscient d’être pris au piège, d’avoir été découvert par Guillaume et de ne plus avoir d’autre option.

Dans le film, nous pouvons aussi apprécier un autre face à face classique du Moyen-Âge entre la raison et la foi. C’est l’affrontement qui, précisément, se produit dans l’oeuvre entre l’inquisiteur Bernardo Gui et Guillaume, qui chamboulera les bases de l’Eglise avec la naissance de la réforme protestante et l’essor de l’illustration.


Qu’il s’agisse du livre ou du film, Au nom de la rose représente un bon moment de divertissement pour celui/celle qui apprécie la bonne littérature et un sujet qui, en plus d’être plein de mystère, parle de notre condition, de la condition humaine.


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