Neurosciences sociales : le cerveau comme icône de notre culture

· 23 décembre 2018
Savez-vous en quoi consistent les neurosciences sociales ?

Les neurosciences sont en train de nous révéler d’innombrables secrets sur le cerveau. N’avoir qu’une vision biologique de ce dernier reviendrait à limiter une grande partie de son essence et à perdre son autre grande valeur: la valeur culturelle. C’est pour cela que des aires comme les neurosciences sociales s’intéressent à ces autres « synapses », celles comprises entre les processus mentaux et nos pratiques sociales. 

De nombreux neuropsychologues parlent du besoin d’articuler sur une même scène théorique la science de l’étude du cerveau et ces autres aires de connaissances que comprend notre monde actuel. En fait, il est de plus en plus habituel d’entendre des termes comme la « neuroéconomie », la « neuroéducation« , le « neuromarketing » ou la « neurolinguistique », etc.

« Chaque nouvelle génération essaye de cultiver ce qu’elle a hérité de ses prédécesseurs. Par conséquent, chaque jeune est obligé de faire mieux que ses parents pour laisser un meilleur héritage à ses successeurs. »

-Emile Durkheim-

Aborder avec une perspective multidisciplinaire les défis qui relèveraient en principe d’une seule spécialité nous permettrait d’augmenter nos connaissances d’une manière exponentielle. Ainsi, des aires comme les neurosciences sociales surgissent dans l’actualité comme une ressource nécessaire pour comprendre des processus aussi importants que notre comportement social, l’agressivité et la violence, le stress et l’empathie.

Par conséquent, l’objectif ne peut être plus ambitieux. On cherche à incorporer à la théorie sociale, culturelle, économique et aussi éducative toutes les recherches relatives à la théorie de l’esprit, du cerveau, des gènes, etc. Nous pouvons ainsi mieux analyser la façon dont se créent et se développent tous ces processus sociaux qui façonnent une société déterminée.

neurosciences sociales

 

Neurosciences sociales: le besoin de comprendre la relation entre esprit et culture

Nous avons tous entendu parler des neurones miroir. C’est en 1996 que l’équipe de Giacomo Rizzolatti, célèbre neurologue de l’Université de Parme (Italie) a découvert un curieux groupe de neurones qui s’activaient uniquement quand les personnes (et aussi les animaux) observaient le comportement ou les expressions émotionnelles de leurs pairs.

Cela a supposé une grande avancée dans le domaine des sciences du comportement et de la biologie, mais aussi pour les neurosciences sociales. Les neurones miroir représentent les ciments organiques qui nous permettent de comprendre le comportement des autres. Ils nous aident à imiter certaines actions pour apprendre, en plus de nous aider au niveau de l’interaction sociale. Ce sont, pour ainsi dire, les briques de notre culture. 

Ce fait n’est qu’un exemple. Un échantillon qui nous montre comment nos mécanismes neuronaux, hormonaux et cellulaires ont édifié une culture et une société. C’est peut-être pour cela que les premiers à s’être intéressé à ce champ d’étude étaient des anthropologues, au début du XXème siècle.

Ainsi, des noms comme celui de Robert Hertz, disciple d’Emile Durkheim, ont établi les bases de cette discipline avec des essais, comme ceux relatifs aux facultés ambidextres des maoris et le développement cérébral en lien avec leur culture.

Le besoin de créer une science interdisciplinaire

Après ces premiers travaux, réalisés par les anthropologues et sociologues, qui ont permis de comprendre le lien entre la psyché et le développement des cultures, les psychologues Cacioppo et Berston ont voulu aller plus loin et créer la Society for Social Neuroscience. Cette décision a en réalité été un défi adressé aux psychologues et neurologues de l’époque. Beaucoup parmi eux ne concevaient pas d’approfondir quelque chose qui s’étendait bien au-delà des limites du crâne humain.

Cependant, la pression de nombreux scientifiques, sociologues et biologistes a fini par donner forme à cette aire de connaissance. La culture et tous les processus sociaux ne peuvent être compris si nous ne comprenons pas d’abord les dynamiques mentales qui promeuvent tous ces processus façonnant notre tissu sociologique. 

Le contraire est aussi valable. Notre culture et tous ses produits, normes et schémas déterminent ce que nous sommes, la façon dont nous traitons l’information et même ce que nous ressentons.

Il s’agit d’une puissante influence directe et bidirectionnelle. Ainsi, les neurosciences sociales sont une branche des neurosciences cognitives. Elles nous permettent de comprendre le comportement social et ces mécanismes qui nous permettent de créer nos valeurs, de développer de nouveaux comportements et besoins dans un monde qui ne cesse de changer et d’avancer.

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Domaines d’étude des neurosciences sociales

Toute expression culturelle et sociale est le fruit de notre cerveau. Pensons par exemple à une chanson des Beatles. Chacune d’elle renferme l’essence d’un moment historique et un échantillon de notre culture musicale.

Si nous allons un peu plus loin, nous pouvons aussi étudier la façon dont elles ont été créées. Quels mécanismes neuronaux ont donné forme à l’inventivité et à la créativité ? Comment cette musique et ces lettres sont-elles capables de nous émouvoir encore aujourd’hui ?

Neurobiologie et social

Par ailleurs, un aspect essentiel qu’il faut bien comprendre à propos des neurosciences sociales est celui qui concerne ses domaines d’études. Nous faisons référence à ces domaines où la neurobiologie rejoint le monde social. Les voici:

  • Théorie de l’esprit. Ce concept fait référence à notre habileté cognitive pour comprendre et prédire les comportements des autres. L’être humain est aussi capable de prédire des « états mentaux » chez ceux qui l’entourent pour tirer profit de ces informations.
  • Empathie et émotions. L’étude des émotions est un pilier fondamental pour comprendre nos cognitions sociales et nos comportements.
  • Auto-conscience. L’auto-conscience ne pourrait pas se former en chacun de nous si nous n’avions pas de relations avec les autres. Nos interactions et les jugements que nous portons édifient notre sens du « moi ». C’est ce qu’on nous explique dans une étude réalisée dans le Département de Psychologie de l’Université de Californie.
  • Relations sociales et monde social. Dans ce champ d’étude, nous avons besoin de la collaboration de toutes ces aires qui définissent n’importe quelle société: l’éducation, l’économie, la politique, la médecine, la publicité… Elles représentent les pièces d’un puzzle complexe qui bâtissent tout ce que nous sommes et tout ce que nous faisons.

 

Comme nous le voyons, peu de disciplines peuvent autant éclairer ces aspects microsociologiques qui tracent la forme d’un pays, d’une communauté, d’un groupe social déterminé et d’une nation entière. Il est donc nécessaire de bénéficier d’une perspective interdisciplinaire avec des apports qui soient aussi positifs qu’essentiels. Les neurosciences sociales peuvent apporter de grandes réponses aux questions les plus simples que nous avons pu nous poser un jour.