Neuropsychologie de la dysthymie : anatomie de la tristesse chronique

15 juillet 2018 dans Cerveau 0 Partagés
neuropsychologie de la dysthymie

Le trouble dépressif persistant ne répond pas toujours à l’approche pharmacologique. Cette apathie chronique, ce désespoir et cette mauvaise humeur ont une origine plus complexe que nous pouvons le penser. La neuropsychologie de la dysthymie nous rappelle donc que cette condition est liée à une série de processus cérébraux et de situations sociales à prendre en compte.

Nous ne pouvons pas ignorer un détail lorsque nous examinons l’incidence de la dysthymie dans la population. Les études cliniques indiquent que ce trouble affecte 5% de la population, en particulier les femmes. Les spécialistes savent cependant que de nombreuses personnes vivent avec un cadre psychopathologique sans franchir le pas, sans demander de l’aide. Cette impuissance et ce rejet se chronifient de telle manière que la probabilité que les données d’incidence soient plus grandes que ce que nous pensons est grande.

« La dysthymie, ou plus récemment le « trouble dépressif persistant », affecte davantage les femmes et se caractérise par une mauvaise humeur, une fatigue et une tristesse récurrentes. Il s’agit d’états pouvant se maintenir pendant des années. »
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Il convient par ailleurs de signaler que de nombreuses études ont été réalisées depuis que le terme « dysthymie » a été remplacé par « trouble dépressif persistant » dans le dernier volume du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-V), avec un seul but. La communauté médicale et scientifique cherche à mieux délimiter et comprendre cette condition. Nous sommes confrontés à une maladie beaucoup plus légère que la dépression majeure. Cependant, étant donné la difficulté à traiter cette affection, il est fréquent que de nombreux patients finissent par dériver à un moment donné vers d’autres conditions et troubles mentaux.

neuropsychologie de la dysthymie

Neuropsychologie de la dysthymie (trouble dépressif persistant)

C’est le psychiatre Robert Spitzer qui, dans les années 60, a défini et « purifié » cette condition clinique, la différenciant d’autres termes peux adaptés. Jusqu’à ce que ce célèbre spécialiste ne s’efforce d’améliorer et de polir la classification des maladies mentales, la dysthymie était plutôt associée à un type de personnalité. Elle définissait les personnes ayant une approche dépressive, névrotique et d’humeur faible.

Le trouble dépressif persistant continue d’être affiné depuis cette époque afin de parvenir à la racine du problème. De sorte que les conditions de qualification suivantes doivent être remplies pour qu’une personne reçoive ce diagnostic :

  • Humeur dépressive avec une durée minimale de 2 ans
  • Présence d’au moins deux des caractéristiques suivantes
    • Perte ou augmentation de l’appétit
    • Insomnie ou hypersomnie.
    • Manque d’énergie ou fatigue
    • Faible estime de soi
    • Déficits de concentration ou difficultés à prendre des décisions
    • Sentiments de désespoir
  • Mal-être, souffrance continue
  • Aucun épisode psychotique, maniaque, ni d’autres maladies organiques ni de suspicion de dépression majeure

neuropsychologie de la dysthymie

Que se passe-t-il dans mon cerveau si je suis diagnostiqué avec un trouble dépressif récurrent (dysthymie) ?

Une personne ressent souvent un soulagement lorsqu’elle reçoit le diagnostic. La raison est évidente. Certains traînent cette ombre depuis l’adolescence. Ce vide qui entrait constamment par une porte entrouverte pour libérer le découragement et cette odeur persistante de tristesse qui enveloppe tout.

La neuropsychologie de la dysthymie nous dit que cette condition a une origine. Nous croyons que le stress et cette augmentation de catécholamines et d’hormones telles que le cortisol, affectent notre capacité à réguler l’humeur.

  • La recherche clinique, et notamment les progrès dans les technologies d’imagerie cérébrale, telles que la résonance magnétique, nous ont offert la possibilité d’obtenir des données très révélatrices. L’une d’elles est la présence d’une faible activité dans tous les zones cérébrales liées à la résolution de problèmes, la régulation du sommeil, l’appétit et même notre sociabilité. 
  • La plupart de ces processus sont concentrés dans une zone très spéciale. Il s’agit du cortex cingulaire antérieur, responsable du contrôle exécutif et émotionnel, lequel met en évidence une faible activité chez tous les patients atteints de troubles dépressifs récurrents.

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Le cortex cingulaire et les neurones de Von Economo

  • Le cortex cingulaire antérieur fait partie d’un réseau responsable de générer plusieurs processus. Il nous aide à traiter l’information, à la fois sensorielle et émotionnelle. Il nous aide à maintenir notre attention pendant que nous bougeons ou interagissons avec les autres. C’est lui qui facilite le maintien de l’intérêt pour notre environnement. Qui agit tel un pont entre l’émotion et l’attention.
  • Cette région du cerveau regroupe également les neurones de Von Economo. Nous avons tous entendu parler des neurones miroirs. Les neurones Von Economo méritent également notre attention pour une raison essentielles. Ces cellules nerveuses se connectent avec d’autres pour faciliter et traiter des informations relatives à la douleur, la faim. Ce sont en outre elles qui stimulent la génération des « émotions sociales » telles que la confiance, l’amour, le ressentiment…
  • Les neurones de Von Economo sont également présentes chez les singes, les dauphins, les baleines et les éléphants. Des animaux qui, comme nous, dépriment, témoignent également de la soi-disant « souffrance sociale ». Autrement dit, des facteurs tels que la solitude, le rejet ou la perte d’une position dans la hiérarchie de leur groupe peuvent leur générer de la tristesse et de la douleur émotionnelle.

Il s’agit donc de données très intéressantes.

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En conclusion : à la recherche de réponses

À ce stade et en sachant ce que la neuropsychologie de la dysthymie nous révèle, la question est : qu’est-ce qui fait que ces zones liées à ce trouble cessent de fonctionner comme elles le devraient ? Plus encore, que pouvons-nous faire pour qu’elles se régularisent de nouveau ? Il est nécessaire de continuer à approfondir ces questions dans la mesure où ces états se prolongent dans le temps et ne réagissent pas toujours à l’approche pharmacologique.

Nous savons, par exemple, qu’il existe une composante héréditaire. De même, le sentiment d’isolement ou d’avoir subi une perte, ou le simple fait de ne pas se sentir utile à un moment donné génère ces états chroniques de souffrance. La neuropsychologie de la dysthymie nous dit que de nombreux patients améliorent souvent leur condition lorsqu’ils commencent de nouveaux projets. Le simple fait de réaliser un changement dans notre vie et de nous sentir à nouveau impliqué dans quelque chose ou avec quelqu’un génère une avancée aussi positive qu’espérée.

N’abandonnons pas. Nous serons en mesure de fournir de meilleures réponses au fur et à mesure que en apprendrons davantage sur ces maladies. Nous savons ceci pour le moment : la dysthymie est traitable. Une bonne intervention et une approche psychothérapeutique permettent de la surmonter.


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