Moonwalking : quand on se fait critiquer, puis qu'on nous reproche notre réaction

Une personne vous fait une critique blessante, cela vous fait réagir, mais ensuite cette même personne vous blâme pour avoir eu cette réaction et vous dit que vous exagérez toujours ses paroles. Cela vous rappelle quelque chose ? Cette forme d'abus porte un nom, c'est du Moonwalking et cela peut avoir des conséquences psychologiques graves.
Moonwalking : quand on se fait critiquer, puis qu'on nous reproche notre réaction

Dernière mise à jour : 13 mai, 2021

Le Moonwalking est une technique subtile mais efficace. Il s’agit d’un abus psychologique qui a le même objectif que le gaslighting. A savoir épuiser l’autre.

Elle consiste à critiquer un aspect de son partenaire, à lui faire perdre son sang-froid, puis à l’accuser ou à le ridiculiser pour avoir réagi aux critiques. Il s’agit là de frapper émotionnellement, d’attendre une réaction avant de finalement banaliser la douleur.

Les thérapeutes et psychologues qui ont effectué le plus de recherches sur les effets de la critique sur les relations interpersonnelles sont sans aucun doute les docteurs John et Julie Gottman. Ils ne condamnent pas le droit de chacun de faire entendre sa voix à l’autre.

Ils soulignent cependant, que lorsqu’on s’exprime de manière accusatrice avec l’intention de blesser l’autre, toute plainte, même justifiée, devient alors une critique. Derrière ceux qui recourent constamment à la critique et l’utilisent pour piéger leur partenaire dans le désarroi et la souffrance, se cache généralement une personnalité abusive.

Le cousin germain de la critique étant le mépris, en général, les deux aspects apparaissent souvent de concert pour former un outil efficace d’abus. Voyons en quoi consiste ce mécanisme de d’abus psychologique qu’on appelle le Moonwalking.

Femme qui crie sur un homme.

Qu’est-ce que le Moonwalking ?

Il est vrai que ces dernières années, on utilise sans limite des terminologies anglo-saxonnes pour étiqueter les comportements émergents en psychologie. Il est cependant utile de mettre un terme sur chacune de ces réalités complexes pour les désigner de manière simple.

En ce qui concerne le Moonwalking, ce n’est que l’année dernière que le psychologue et écrivain Viky Stark, spécialiste des relations, a proposé ce terme pour la première fois dans un article paru dans Psychology Today. Avec ce terme, elle faisait référence à la célèbre danse de Michael Jackson lorsqu’il avance de quelques pas puis recule de quelques autres.

D’une certaine manière, c’est ce qu’il se passe dans le cas de cette agression psychologique. On critique son partenaire (en avançant). On attend sa réaction et ensuite, on relativise l’importance de ce qui a été dit (en reculant). Et ce, afin de l’humilier.

Dans la plupart des cas, ce mécanisme de manipulation psychologique est basé sur des plaisanteries. Sur un sarcasme néfaste qui porte atteinte à l’estime de soi du partenaire.

Par exemple : “tu es aussi maladroit qu’un enfant de six ans, j’ai parfois l’impression d’être avec un enfant de la maternelle”. Suite à la réaction de son interlocuteur, elle rétorque : “Quelle réaction exagérée pour une simple blague !”

En somme, le Moonwalking est une façon d’utiliser la critique pour qu’une personne se sente rejetée, blessée et sous-estimée. Voyons quels mécanismes sont impliqués dans le Moonwalking.

Les caractéristiques du Moonwalking

Dans toute relation, il y a des désaccords, des conflits et des différends de temps en temps. Tout cela fait partie d’une relation normale. Ces conflits sont mêmes sains s’ils permettent de tirer des leçons de ces situations.

En outre, beaucoup en sortent même plus forts, car ils ont appris à mieux se connaître. Ils ont acquis de nouvelles compétences et des moyens pour aller de l’avant ensemble.

Cependant, ceux qui perfectionnent l’art du Moonwalking ne cherchent pas les conflits pour avancer. Ce qu’ils cherchent, c’est de créer un environnement émotionnellement épuisant pour affaiblir l’autre et l’avoir sous leur contrôle. C’est un jeu de force. Pour ce faire, il utilise des ressources psychologiques très sophistiquées :

  • Tout d’abord, ils lancent des critiques très spécifiques sur des faits et des aspects qui vont faire mal.
    • Par exemple, si le partenaire s’efforce depuis longtemps d’obtenir une promotion au travail, son partenaire se focalisera sur cet objectif. Si une personne s’inquiète pour un membre de sa famille ou pour un ami, son partenaire le lui reprochera d’une manière ou d’une autre.

Après avoir formulé la critique, il suffit d’attendre patiemment la réaction de son partenaire. C’est alors le moment de déployer la seconde phase du Moonwalking.

  • La victime s’entend alors dire qu’elle est trop sensible, qu’elle exagère tout. Elle se verra dire qu’elle prend les choses en dehors de leur contexte.
  • Comme nous l’avons déjà souligné, elle recevra certainement un commentaire du type “je ne faisais que plaisanter”. L’agresseur aime souligner à sa victime qu’il s’agit d’une habitude chez elle d’imaginer des choses qui n’existent pas.
  • Certains iront même plus loin en disant : “Regarde-toi, tu es paranoïaque”.
Une femme qui pleure.

Les critiques incessantes affectent notre santé physique et psychologique

Le Moonwalking correspond à un exercice continu de la critique et de son fidèle compagnon, le mépris. Les effets de cette forme de violence psychologique sont immenses.

Des études, comme celles menées à l’Université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, mettent en évidence un élément important. Les critiques incessantes sont particulièrement néfastes chez les personnes qui souffrent déjà d’un trouble de l’anxiété. Dans cette situation, il est très facile de basculer vers un état dépressif.

D’autre part, des travaux de recherche, tels que ceux menés par le psychologue social Robert Alan Baron, nous montrent que cette dimension affecte notre concentration, notre capacité à être performant au travail. Et même notre motivation à entrer en relation avec notre environnement.

La maltraitance revêt de nombreuses formes, de nombreux langages, mécanismes et autres stratégies. Elle ne commence pas nécessairement par des coups physiques, des cris ou des insultes.

Les agresseurs ont souvent recours à l’usure, aux attaques basses, au mépris camouflé en sarcasme et aux critiques qui sapent la résistance. Les francs-tireurs émotionnels existent et ils cherchent avant tout à affaiblir pour mieux dominer.

Réagissons à temps. Défendons-nous et éloignons-nous de ceux qui nous veulent du mal et de ceux qui font commerce de notre estime de nous même et de notre équilibre psychologique.

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