Je me réserve le droit de serrer mes démons dans mes bras

24 août 2015 dans Psychologie 0 Partagés

« L’amour peut faire souffrir, car une fois qu’on l’obtient, on s’expose au risque de le perdre. Pour autant, fuir l’amour afin d’éviter de souffrir, ça ne résout rien, puisqu’on souffre du manque d’amour. Donc, si le bonheur est amour, et que l’amour est souffrance, alors le bonheur est aussi souffrance. »

Sonia, dans Amour et Mort, de Woody Allen.

Je me réserve le droit d’être triste, de ne pas aller bien parce que quelque chose ne va pas. Je me réserve ce droit, car sinon, je me mets la pression, et ça me déprime.

Mes démons ne sont pas si méchants, dans le fond. Ils me demandent que je les comprenne, et me disent que ce que je ressens, c’est la vie, et que le monde n’est autre que le paradis que je voudrais créer.

Nous avons tous des démons

Imaginez que quelqu’un vous dise que vous avez le droit d’être triste, qu’il est normal que vous le soyez et que de toute façon, il faut bien l’être parfois.

Imaginez que ce quelqu’un qui accepte vos émotions et qui crie au monde entier que vous n’avez pas passé une bonne journée pour la simple et bonne raison que toutes les journées ne peuvent pas être bonnes, c’est vous.

Dans ce monde dans lequel on vit, il semble qu’on doive à tout prix aller bien et tout faire pour ne pas souffrir.

On entend partout que ce n’est pas normal d’être triste, et que ça ne permet pas de mener une vie considérée comme pleine.

Donc, apparemment, le fait de ne pas aller bien et de se penser mentalement sain ou de souffrir et vivre malgré tout comme si de rien n’était, ne forment pas de bons couples culturels.

De la même manière, si quelqu’un dit « je me sens mal mais je vais bien », on le regarde bizarrement, et on se demande quelle mouche l’a piqué.

Nous faisons l’erreur d’exiger de nous trop d’optimisme. On a appris la leçon avant même de la comprendre, et maintenant, on en paye les conséquences en reconnaissant qu’éviter à tout prix la souffrance, ce n’est pas forcément la solution.

Nos démons luttent contre toutes ces phrases positives et autres affiches motivantes qui les obligent à se cacher derrière un mur de papier et à s’alimenter de répression.

On doit faire de la place à la tristesse et à la négativité, car sinon, on finira par exploser et étouffer.

On n’a même pas le droit de froncer les sourcils quand quelque chose nous dérange, puisque cela revient à céder face à la tyrannie et la dictature de l’optimisme excessif.

Je ne veux pas qu’on m’oblige à être heureux•se en toutes circonstances, car c’est grâce à la tristesse que je peux prendre conscience de la valeur du bonheur et de la joie. C’est elle qui me montre que quelque chose ne va pas et que je dois m’en inquiéter.

Si je n’étais jamais triste, je n’aurais pas conscience du plaisir qu’on peut ressentir quand on va bien.

La joie est alors plus égoïste, car elle me pousse à penser que tout va bien, en me laissant moins de temps pour réagir si en réalité, ce n’est pas le cas.

Je ne veux pas non plus être une personne pessimiste ou mélancolique, ni qu’on qualifie mes démons de « dépressifs », car tout ce que je fais, c’est vivre en acceptant que mes jours comprennent plusieurs nuances, tout comme mes circonstances.

Donc, si je défends mes démons, deux choix s’offrent à moi : soit je m’accepte, soit je me rejette.

Si j’accepte leur existence, ils ne me feront pas souffrir, puisque je n’essaierai pas de les éviter, et que je ne serai pas frustrée qu’ils finissent toujours par me rattraper et m’enlacer avec toujours plus de force, jusqu’à me couper le souffle. Dans ce cas, oui, mes démons peuvent être nocifs pour moi.

Je préfère donc aller vers eux et les inviter à m’aider à avoir les idées claires, car si je les laisse entrer et qu’ils me disent que lutter en vaut la peine car le bonheur mérite d’être vécu, ils sont sincères.

« Il faut aller bien pour pouvoir être heureux », n’est pas ma devise. Pour moi, la tristesse et la joie cohabitent et ont besoin l’une de l’autre.

Il est plus sain de « vivre en pensant qu’on ira bien même si parfois on va mal ». Ma réponse à ce que mes démons me poussent à penser et à apprécier, dépend de moi, et de ma capacité à m’ouvrir à la vie.

Face à la multitude de raisonnements et de recettes pour presque tout, mes démons crient sur moi jusqu’à réussir à blesser mon âme en pensant que jamais je n’atteindrai la plénitude, ne sachant pas profiter du moment présent ou n’ayant pas envie de sourire, depuis le lever jusqu’au coucher.

C’est donc pour toutes ces raisons que je me réserve le droit d’utiliser ma tristesse à bon escient, car mes démons refusent de tomber dans le piège qui les fait grossir.

Mes démons m’aiment et ne me veulent aucun mal. Ils cherchent seulement à me prendre dans leurs bras sans que je ne m’y oppose afin de me rappeler que je suis en vie.

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