Ma grand-mère, cette psychologue

27 novembre 2019
Beaucoup de gens pensent que le simple fait d'avoir accumulé des années d'expérience de vie fait d'eux des psychologues. D'autres pensent souvent qu'il font preuve de psychologie. Cependant, être psychologue va bien au-delà du savoir personnel. De plus, de telles croyances font beaucoup de tort à la profession.

Ma grand-mère prétend elle aussi être psychologue ! Elle a presque 90 ans. Elle est assise dans son fauteuil préféré. Son regard inspire la paix, la sérénité de savoir que tout va pour le mieux. Elle représente la famille, le plaisir de se réunir année après année autour d’une table. 

Sur les murs de sa maison, dont elle est si fière, il y a bien des cadres avec les photos de ses enfants ou des peintures aux origines incertaines mais il n’y a pourtant aucun diplôme de psychologie encadré.

Alors que son regard reste fixé sur son roman, je commence à penser à la psychologie. Je me dis qu’elle aussi connaît les fondements de cette science et qu’elle les applique. Je l’imagine plus jeune, sur les bancs de la fac de psychologie et je souris. Elle est aussi psychologue, en fait.

Ma grand-mère, cette psychologue

Etre psychologue : bien plus qu’un diplôme

Il y a beaucoup de gens qui pensent qu’ils sont un peu psychologues sans être cependant passés par les bancs de la faculté. Ils sont bons pour écouter, soutenir et donner des conseils (ou du moins c’est ce qu’ils pensent). Ils ne se voient pas traiter la dépression. Mais ils sont prêts à encourager une personne qui souffre d’un coup dur sur le plan émotionnel ou encore une autre qui traverse un deuil. Ils se sentent aussi capable de calmer une amie qui traverse un moment d’anxiété.

Au cours de leur vie, ils accumulent les expériences, les épreuves surmontés avec succès. Ils retiennent « les trucs »qui ont fonctionné au moins une fois. De plus, ils croient connaître les émotions humaines parce qu’ils les ont vécues eux aussi. Ils ont dû les gérer à de nombreuses reprises et ils l’ont fait avec plus ou moins de succès. D’une façon ou d’une autre, ils pensent qu’ils peuvent généraliser ce genre de recette. Qu’ils peuvent tirer des conclusions à partir de leur collection d’expériences individuelles. Ils s’approchent des autres et y reconnaissent des terres connues, qu’elles soient en jachère ou encore cultivées.

D’une certaine façon, ils pensent qu’ils peuvent généraliser leurs recettes et les conclusions qu’ils ont tirées de leurs expériences propres.

N’est pas psychologue qui veut

En d’autres termes, il s’agit de personnes qui ont peut-être certaines capacités ou un certain potentiel qui feraient d’eux de bons psychologues. Mais pour compléter le puzzle et en faire de vrais professionnels, il manque des pièces.

C’est un point important car l’erreur n’est pas anodine. Dans le cas de ma grand-mère, ce n’est pas très grave parce qu’elle n’a pas l’intention de faire de l’argent. Cependant, dans bien d’autres cas, ce n’est pas anodin. En fait, dans la sphère professionnelle, nous découvrons qu’il existe différentes étiquettes (ou masques comme dans un bal costumé) qui cachent, en réalité des gens sans formation qui offrent leurs services et se posent en alternative aux professionnels. Guérisseurs de l’âme, conseillers des cœurs perdus ou coach de vie ou coach en amour. Bref, il faudrait un article entier pour lister toute la nomenclature présente sur le marché de la pseudo-psychologique.

Une psychologue et son patient

La formation en tant que parcours professionnel

Que leur manque-t-il ? Pourquoi ne sont-il pas psychologues ?

D’abord parce qu’ils n’ont pas reçu une formation complète et structurée. De telles études s’appuient sur un bon nombre d’études réalisées dans le cadre de ce que nous connaissons aujourd’hui comme une méthodologie scientifique. En d’autres termes, un psychologue devrait proposer pour chaque cas et pour chaque personne un processus qui lui est adapté. Tout du moins sur le papier. Pour cela, il convient de s’appuyer sur quelques lignes directrices générales qui conviennent le mieux à la situation. Il s’agit de maximiser la probabilité de succès en tenant compte du rapport entre les ressources et le résultat.

Pour ce faire, la connaissance est nécessaire. Mais également, la mise à jour de ces connaissances. Ainsi, les travaux de recherches ne servent que si les professionnels sont capables de transposer et d’extrapoler les conclusions de ces travaux dans leur pratique professionnelle quotidienne.

Les connaissances vs l’expérience

D’autre part, l’expérience est nécessaire. Autrement dit, un psychologue se forme, mais il se fait également. C’est l’expérience qui, dans bien des cas, finit par aiguiser l’intuition et par améliorer cette pratique clinique inconsciente dans laquelle se révèlent ses potentialités. A savoir, la capacité de prendre des décisions, d’écouter ou encore de se mettre à la place de l’autre.

Dire qu’une personne est psychologue en dehors de ce cadre, c’est comme penser que quelqu’un est un peu médecin parce qu’il a eu une forte constipation et qu’il a suivi un traitement d’auto-médication qui l’a finalement aidé à guérir. La psychologie, comme la médecine, va au-delà des problèmes aux solutions simples que le temps finit par apaiser.

Pour cette raison, et pour bien d’autres, ma chère grand-mère n’est pas psychologue. Elle est expérimentée et dotée de la sagesse qui lui ont permis d’avoir un répertoire de solutions à un certain nombre de difficultés de la vie. Ça, oui. Cependant, elle ne connaît rien ou pas grand chose à certains troubles tels que le stress généralisé ou la dépression. Et, elle est encore moins au fait des recherches qui ont été menées sur ces thèmes. Attention donc aux personnes qui prodiguent des conseils sans formation adéquate préalable.

 

Vera, Isabel (2001). El perfil del psicólogo en la intervención inmediata. Revista de Protección Civil. 8.