La dépression est-elle héréditaire ?

20 novembre 2019
Il y a des personnes plus propices à souffrir de dépression, comme celles qui ont été victimes de harcèlement scolaire. Nous devons cependant nous poser cette question : ce trouble de l'humeur pourrait-il s'hériter ?

La dépression est l’un des troubles de l’humeur les plus fréquents au monde. C’est également l’un des problèmes mentaux les plus traités dans les consultations de psychologie et de psychiatrie. Il peut toucher toutes les tranches d’âges. Et ce avec différents symptômes selon l’étape de développement dans laquelle se trouve la personne.

Chez les enfants, les symptômes somatiques sont plus fréquents que chez les adultes. Chez ces derniers, les problèmes cognitifs et d’humeur prédominent.

Ce trouble peut se combiner à plusieurs altérations qui touchent toutes les zones de fonctionnement de la vie d’une personne. Voici les altérations qu’on observe en règle générale :

  • Troubles de l’humeur ou des émotions, tels que la profonde tristesse, les sentiments de désespoir. Le désintérêt pour les choses qui étaient auparavant intéressantes, etc
  • Troubles cognitifs ou de la pensée, parmi lesquels on trouve les idées irrationnelles sur soi-même, les autres et le monde. Difficultés de réaliser des processus psychologiques tels que la mémoire, la concentration, l’attention, etc. Idées suicidaires, autocritique pathologique
  • Troubles du comportement : lenteur psychomotrice, réduction et détérioration de l’activité à tous les niveaux (social, performance, soins personnels, etc), passivité et évitement
  • Troubles physiologiques : on peut notamment citer les troubles du sommeil, le manque d’appétit, les troubles sexuels. Les somatisations telles que : céphalées, douleurs d’estomac, manque d’énergie et sensation continue de fatigue

 

Un homme touché par la dépression

L’une des questions qu’on se pose le plus souvent est de savoir si ce trouble est héréditaire ou non. Certes, de nombreuses études nous disent que, comme toute maladie, la dépression possède une composante génétique.

En s’intéressant au dossier médical d’un patient, on peut voir que dans un pourcentage considérable des cas de dépression, il existe des antécédents familiaux. Que ce soit une dépression ou un autre type de trouble mental. Néanmoins, cela ne détermine pas en soi qu’il ait hérité de la maladie. En effet, une série de facteurs importants peut intervenir dans la survenue de la maladie. Lesdits facteurs deviennent les évènements de la vie de la personne, les facteurs sociaux et psychologiques.

En outre, certaines personnes ont plus de chances de développer une dépression, où se rencontreront les facteurs cités auparavant, au cas par cas. Ainsi, plus elles sont vulnérables, plus elles ont de chances de souffrir de ce trouble.

Les études continuent dans la génétique

Selon les études sur le composant génétique de la dépression, il semblerait qu’il existe une série de gènes qui seraient impliqués. Néanmoins, ils sont influencés par l’action des facteurs environnementaux.

Dans les cas de dépressions appelées « endogènes », on peut voir que l’influence des facteurs externes n’est pas déterminante. Autrement dit, la dépression est due à des origines internes et organiques du fonctionnement de notre cerveau. C’est le meilleur endroit pour pouvoir analyser le composant héréditaire.

Dans ce cas, si la personne a des antécédents familiaux de dépression, il peut y avoir un facteur génétique qui entre en jeu. Il ne serait néanmoins pas déterminant.

Le dessin d'un cerveau

Dans le cas de la dépression, le fonctionnement physiologique du cerveau présente des troubles dans quelques-uns des neurotransmetteursresponsables de la régulation des émotions. Pour que ces troubles ne se présentent pas, il n’est pas nécessaire d’avoir des antécédents familiaux de ce trouble.

En suivant les conclusions des études sur le sujet, quand on compare la population générale avec des personnes possédant des antécédents de dépression chez la famille proche, on constate qu’il y a une prédominance du trouble chez ces derniers.

Quant au fonctionnement des neurotransmetteurs qui interviennent dans la dépression, si ces derniers sont altérés, les personnes peuvent devenir plus propices à interpréter de manière négative les évènements qui se passent dans leur entourage. Voire la vision qu’elles ont d’elles-mêmes.

L’environnement, un facteur clé

La dépression peut être héritée. Nous devons également savoir que la manière de penser, l’interprétation que nous faisons des situations et les croyances et schémas (de nous-mêmes et du monde en général) sont également appris.

L’environnement dans lequel nous grandissons et nous nous développons influe directement sur notre façon de voir le monde. Par exemple, si l’un des membres de notre famille proche, tel le père ou la mère, a tendance à voir les choses d’une manière négative et qu’il manifeste verbalement ou par son attitude ou son comportement cette tendance négative, l’enfant grandira probablement en s’habituant à cela. Il adoptera sans doute la même manière d’interpréter ce qui l’entoure, en le rendant plus propice à la dépression.

La dépression serait-elle alors héréditaire ?

Par conséquent, l’héritage serait un composant de plus, mais pas le seul et pas non plus le plus déterminant. L’interaction de multiples facteurs, tel que nous l’avons mentionné, donnerait lieu à ce trouble complexe.

Les évènements de la vie stressants, tels que la mort d’un être cher, une séparation ou un divorce, les pertes en général, les changements importants, etc, sont également des facteurs de risque qui peuvent contribuer au développement d’une dépression.

Les études indiquent que les facteurs de risque mentionnés peuvent augmenter le risque génétique que la personne présente. Par conséquent, l’interaction de tous les facteurs donnerait lieu à ce trouble complexe.

Les chercheurs qui se sont intéressés à l’hérédité de la dépression ont réalisé des études avec des familles, des jumeaux, des frères adoptés. Ils ont ainsi pu déterminer -de toutes les perspectives possibles- si l’héritage biologique pourrait être un seul facteur prédisposant la maladie ou non.

Aujourd’hui, tous les résultats se dirigent vers les mêmes conclusions. Ce qui semble le plus scientifiquement probable est que la dépression n’a pas de raison de s’hériter. Et même si la charge génétique a un pourcentage d’influence à ne pas négliger.

Dans les troubles mentaux, on doit toujours prendre en compte de multiples facteurs d’étiologie et de causalitéqui sont ceux qui déterminent l’origine de la maladie. En ce qui concerne le traitement, cela est très important et nécessaire. Outre le fait d’intervenir sur les facteurs qui maintiennent le problème.

 

  • Kuehner C. Gender differences in unipolar depression: an update of epidemiological fi ndings and possible explanations. Acta Psychiatrica Scandinavica. 2003;108(3):163-74.
  • Piccinelli M, Wilkinson G. Gender differences in depression – Critical review. British Journal of Psychiatry. 2000;177:486-92.