La dépression atypique, au-delà de la tristesse et de l’épuisement physique

9 juillet 2019
La dépression atypique n'est pas facile à diagnostiquer. Nombreuses sont les personnes qui ne savent pas qu'elles souffrent de dépression atypique, car elles sont capables, par moments, d'adopter une attitude positive. Néanmoins, la mauvaise humeur refait vite surface, tout comme le découragement et l'angoisse qui obscurcit tout.

Malgré sa dénomination, la dépression atypique est un trouble assez commun. Quelques-unes de ses caractéristiques sont similaires à celles de la dépression majeure.

Néanmoins, cet état se démarque pour ses symptômes peu habituels, comme la capacité d’être capable à certains moments de réagir de façon positive à son entourage. Un bon appétit et une sensation de lourdeur au niveau des bras et des jambes sont d’autres symptômes atypiques.

Sachez-en plus sur cette dépression dans la suite de cet article.

Dépression atypique : les origines de cette dénomination

Ce terme clinique a fait sa première apparition dans les années cinquante, quelque peu par hasard. De nombreux psychiatres avaient remarqué que certains patients atteints de dépression ne répondaient pas aux antidépresseurs ordinaires.

Ils ont alors dû analyser de plus près ces patients. Leur objectif : trouver des facteurs communs afin de comprendre pourquoi ces patients souffraient d’un trouble dépressif.

Leur première observation fut la suivante : les patients concernés ressentaient des douleurs au niveau des bras et des jambes. D’après les patients, se mouvoir leur était difficile, car les extrémités de leur corps étaient lourdes.

La présence de symptômes très atypiques, car différents de ceux d’une dépression majeure, fut la deuxième observation de ces spécialistes. L’hypersomnie ou la polyphagie sont d’autres exemples de symptômes atypiques.

Les spécialistes ont également remarqué que l’état d’esprit des patients analysés s’aggravait en début d’après-midi. En revanche, lors de la matinée, ces patients étaient capables de répondre à des éloges, de remercier des visiteurs et de répondre de façon positive à différents stimuli.

Après avoir récolté toutes ces informations et trouvé tous ces points communs, les spécialistes ont pu décrire une nouvelle typologie qu’ils ont dénommé « dépression atypique ».

À partir de ce moment-là, grâce à l’identification des caractéristiques citées, il a été plus facile de concevoir de nouveaux traitements médicamenteux adaptés à ce type de dépression.

Dépression atypique : symptômes et caractéristiques

femme qui souffre de dépression atypique

D’un point de vue clinique, certaines études comme celles menées par Jonathan R.T. Davidson de l’Université de Californie nous indiquent que ce sont les symptômes biologiques ou végétatifs qui se démarquent dans les cas de dépression atypique.

Les patients qui en souffrent se plaignent généralement de désagréments physiques, de l’épuisement qu’ils ressentent et de « ne plus en pouvoir avec leurs corps ».

C’est précisément à cause de ces symptômes que la dépression atypique est difficile à diagnostiquer. Le patient peut penser que tous les symptômes dont il souffre sont la conséquence de l’épuisement au travail, d’une fatigue accumulée ou encore d’une mauvaise alimentation ou du manque d’exercice.

La dépression atypique étant persistante, la maladie peut dériver sur un état très fragile lorsqu’un patient ne sollicite pas de l’aide ou lorsque la maladie n’a pas été diagnostiquée.

Voyons plus en détail, dans la suite de cet article, les caractéristiques les plus évidentes de cet état psychologique.

Un état d’esprit qui réagit aux stimuli positifs

L’une des caractéristiques de la dépression majeure, voire même de la dysthysmie, est l’incapacité de réagir face à des stimuli positifs. Le patient rencontre de grandes difficultés pour éprouver de la joie ainsi que pour profiter d’un état de bien-être.

En revanche, les patients qui souffrent de dépression atypique sont, eux, capables de vivre de petits moments sous le signe de la positivité lorsqu’ils reçoivent une visite importante ou encore lorsque quelqu’un les encourage ou leur fait des compliments.

Anxiété, nervosité, inquiétude et méfiance

La dépression atypique présente une grande comorbidité avec d’autres troubles, tels que l’anxiété ou encore le trouble bipolaire. Cela veut dire que parmi les symptômes les plus communs de ce trouble figurent les symptômes suivants : la nervosité, l’hypersensibilité, un mauvais pressentiment constant…

La difficulté à maintenir des relations affectives heureuses ou stables est un autre symptôme de la maladie. Les patients qui en souffrent sont constamment méfiants, sont très sensibles à la critique et ont peur d’être trahis ou abandonnés.

Extrémités lourdes

Comme nous le disions plus haut, l’un des symptômes particuliers de la dépression atypique est la sensation de lourdeur au niveau des extrémités.

Plus précisément, les patients ressentent une fatigue intense qui se concentre au niveau des bras et des jambes, au point de ressentir de la douleur et de rencontrer de grandes difficultés pour se mouvoir.

Hypersomnie

L’excès de sommeil est un autre symptôme évident de la dépression atypique. La personne dort trop : elle fait de longues siestes l’après-midi, elle se lève tard le matin et a beaucoup de mal à être productive au travail.

Peu importe le nombre d’heures de sommeil, la sensation de fatigue est permanente. Le patient a toujours l’impression de manquer de force et d’énergie.

Une faim excessive

L’anxiété et la nervosité font que les patients atteints de dépression atypique ont toujours faim : ils souffrent de polyphagie.

Cette faim insatiable pousse les patients à s’alimenter de façon compulsive.

 

Dépression atypique : quels sont les traitements existants ?

double dépression

Selon Cristancho, O’reardon et Thase (2012), la dépression atypique :

  • a une tendance chronique
  • touche plus fréquemment les jeunes femmes
  • est la forme de dépression la plus commune prise en charge par les services ambulatoires

Lorsqu’une personne ne reçoit pas de traitement et lorsqu’il y a, qui plus est, une comorbidité avec d’autres troubles tels que l’anxiété ou le trouble bipolaire, la maladie peut déboucher sur une situation grave telle une tentative de suicide. Il est essentiel de prendre cela en considération.

Thérapie cognitivo-comportementale et dépression atypique

Quant aux stratégies pour aborder la dépression atypique, il convient de préciser qu’elles dépendront du cas particulier de chaque patient.

Il est commun, par exemple, que les femmes consultent un médecin pour des troubles alimentaires comme la boulimie alors qu’elles souffrent de dépression atypique sans le savoir.

Au moyen d’une thérapie psychologique et d’un traitement médicamenteux adéquat, il est possible d’améliorer considérablement la vie du patient.

  • La thérapie cognitivo-comportementale nous permet de travailler des idées, des perspectives mentales et des comportements. Le but est d’améliorer la compétence sociale dans la vie de tous les jours.
  • De la même façon, il a été montré que le traitement à base d’antidépresseurs inhibiteurs de monoamine oxydase améliorait l’état du patient de façon significative.

Pour conclure, il convient de garder à l’esprit que la dépression atypique est plus fréquente que ce que nous pensons. De plus, elle apparaît généralement tôt (vers vingt ans). Nombreux sont les professionnels de santé qui estiment que 20 % des dépressions sont, en réalité, atypiques.

Détecter la maladie à temps nous permet d’offrir au patient un meilleur contrôle sur sa réalité. Il pourra ainsi bénéficier de stratégies adéquates qui l’aideront à se sentir bien et à avancer plus sereinement.

 

  • Davidson, J. R. T., Miller, R. D., Turnbull, C. D., & Sullivan, J. L. (1982). Atypical Depression. Archives of General Psychiatry39(5), 527–534. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1982.04290050015005