L’obésité et la culpabilité : un cercle vicieux

15 octobre 2019
Vous êtes en surpoids ou obèse ? Ce n'est pas de votre faute. Ce type de pensées génère de l'anxiété, anxiété que vous tenterez sans doute d'atténuer via la nourriture, ce qui renforcera votre sentiment de culpabilité. Nous vous expliquons ici comment sortir de ce cercle vicieux.

« Demain je m’y mets… », « C’est fini ! », « À partir d’aujourd’hui, j’arrête la malbouffe… », « Plus jamais ! », « Je ne peux pas continuer comme ça… », « Je suis de plus en plus gros ! », « Il faut que je change », « J’ai pris une taille ! » Cela vous parle ? Ce sont peut-être des phrases que vous vous dites au quotidien parce que vous pensez que c’est de votre faute et seulement de votre faute si vous êtes en surpoids ou obèse. Vous l’aurez compris, nous nous intéressons ici au lien entre l’obésité et la culpabilité.

Vous pensez que votre corps est le seul responsable. Votre image corporelle détermine la valeur que vous vous attribuez. Vous vous sentez frustré parce que vos nombreux attributs ne sont pas suffisamment reconnus par votre entourage.

Il est possible que vous ayez l’impression d’être horrible parce que vous n’avez pas un corps accepté par la société. Vous savez que vous devez changer parce que vous enchaînez les problèmes de santé ou parce qu’un professionnel du monde de la santé vous a alerté sur un risque imminent. Il existe une multitude de raisons pour lesquelles vous vous sentez sous pression face à l’idée de changer de corps.

 

De la pression au désespoir : l’apparition de la culpabilité

Une personne obèse chez le médecin

Un jour, fruit du désespoir face à l’envie de changer rapidement, toutes ces idées apparaissent dans votre esprit de façon désordonnée et, à ce moment précis, vous vous sentez mal et vous vous demandez pourquoi vous n’avez pas réagi avant. Vous vous pointez du doigt.

Au fond, vous pensez que c’est de votre faute. On vous a fait croire qu’il était facile de changer, qu’il suffit d’avoir de la force de volonté.

Les méthodes restrictives sont à l’origine du sentiment de culpabilité

Ce désespoir fait que vous ne supportez plus votre corps. Vous sentez que vous avez une énorme responsabilité,  et vous décidez alors que vous devez changer immédiatement. C’est à ce moment-là que vous ressentez le besoin de trouver une méthode qui remplisse deux conditions ; cette méthode doit consister en une punition parce que vous avez mis du temps à vous décider et elle doit vous apporter des résultats spectaculaires à court terme. Le pire, c’est que ces méthodes existent, notamment celles qui fonctionnent comme une punition.

Les personnes à l’origine des programmes minceur très restrictifs les promeuvent comme des options aussi nécessaires que saines. Elles nous disent qu’il faut être fort pour être capable de supporter une méthode basée sur un sacrifice démesuré : régime hypocalorique, exercice physique intense, autocontrôle absolu et un long etc. que vous connaissez sans doute.

 

Le mal-être lié à la restriction

Le mal-être que vous ressentez vis-à-vis de votre corps devient de plus en plus lourd. Vous êtes désespéré et vous êtes plongé dans un processus dont la dureté vous fait éprouver une insatisfaction insupportable. Cela devient insoutenable. Vous n’en pouvez plus. Cela vous semble impossible. Cette pression vous désespère et le processus de changement devient de plus en plus rigide.

Un mal-être physique et mental

Le processus est si dur que le mal-être s’étend au-delà des sensations physiques. Votre estime de vous-même s’érode, petit à petit, sans que vous ne vous en rendiez compte.  Vous vous regardez et vous vous méprisez. Vous n’êtes pas seulement en mauvais termes avec votre corps, vous l’êtes aussi avec votre mental. Savez-vous pourquoi ?

  • Jour après jour, vous vous valorisez en fonction de l’apparence de votre corps… Comme si votre corps vous représentez entièrement
  • Tous les jours, vous vous dites que votre corps est nul
  • Jour après jour, vous tentez de changer votre corps pour qu’il soit comme la société vous dit qu’il devrait être.
  • Votre tentative de changement implique un processus insupportable et insoutenable. C’est un processus autodestructeur
  • Bien entendu, vous êtes incapable de vous soumettre à cette discipline, comme quiconque. Mais vous pensez que c’est vous le problème, que vous n’êtes pas suffisamment forte, que vous n’êtes pas assez tout court
  • Tous les jours, vous vous sentez coupable de ne pas parvenir à changer, pensant qu’il est facile de changer. Vous avez en tête l’adage « tout est possible »
  • Tous les jours vous constatez que la nourriture, votre ennemie, gagne la bataille. Vous avez besoin de la nourriture pour soulager votre insatisfaction, pour calmer votre anxiété. Ce besoin ne se rassasie jamais. La sensation de soulagement est toujours de courte durée
  • Tous les jours, vous vous répétez que vous êtes en train de perdre la bataille. Et vous pensez que c’est de votre faute, car vous n’êtes toujours pas assez
  • Votre estime de vous-même est au plus bas : « je n’y arriverai pas… », « je suis une bonne à rien », « je n’en suis pas capable », « je n’arrive à rien… »

Le gavage pour se soulager

Vous avez envie de vous sentir bien, car le mal-être devient difficile à supporter… ET vous baissez les bras. Vous venez de dévorer tout ce que vous n’avez pas pu manger ces derniers jours. Anxiété et mal-être sans plaisir. C’est de l’hyperphagie et, bien que ce comportement ne soit pas sain physiquement parlant, cela calme votre mental pendant quelques instants.

Ce comportement vous a permis d’atténuer l’anxiété liée à un processus de changement insupportable. Mais le cycle reprendra : pression, désespoir, contrôle démesuré, insatisfaction, gavage et culpabilité.

Culpabilité et obésité

Malheureusement, le soulagement a été de courte durée et vous vous sentez à nouveau coupable. Coupable de ne pas être parvenu à « faire ce qu’il faut faire » pour avoir un « bon » corps et mettre fin à toute la pression et insatisfaction que cela entraîne. Comme si vous étiez coupable de tout.

Vous entrez dans le même cercle vicieux. Vous vous sentez sous pression et avez envie de changer. À nouveau, vous vous dirigerez vers une méthode insoutenable que vous finirez par ne plus supporter. Pour soulager votre insatisfaction brutale, vous vous goinfrerez. Et à nouveau, vous vous sentirez coupable. Et vous recommencerez encore et encore… Mais vous vous enfoncerez à chaque fois un peu plus profondément.

On vous a fait croire que c’est de votre faute si vous êtes en surpoids ou obèse. Vous vous sentez si coupable que la pression que vous ressentez est énorme. C’est pour cette raison que vous suivez des méthodes complètement insoutenables qui ne font qu’aggraver votre situation.

La solution consiste à briser ce cercle vicieux. Il s’agit de laisser de côté une pulsion et poser une intention réfléchie, ajustée et réaliste ; un processus dans lequel faire un pas en arrière ne signifie pas retourner au point de départ, un processus au cours duquel vous pouvez perdre un peu, mais pas tout.

Vous devez développer votre esprit critique afin de reprendre les rênes de votre vie et de vos décisions, indépendamment de la pensée générale.

Il existe un lien entre l'obésité et la culpabilité

Que faire pour briser le cercle vicieux ?

Briser ce cercle vicieux passe nécessairement par la fin de la pression. Pour cela, vous devez absolument créer un message réaliste vis-à-vis de vous, de votre responsabilité vis-à-vis de votre corps, de l’apparence de ce dernier et de son importance dans les autres domaines de votre vie. Dans le même temps, il vous sera indispensable de développer un esprit critique vis-à-vis de la société afin d’écarter certaines tentations empoisonnées pour votre dialogue intérieur.

Il est également essentiel que vous appreniez à vous valoriser au-delà de l’apparence de votre corps. Vous devez comprendre que, tel que vous êtes, vous êtes assez. Si vous pensez cela, un échec éventuel ne minera pas votre estime de vous-même. Vous serez ainsi capable de vivre un processus sain, progressif et soutenable dans le calme et dans la joie ; un modèle complet qui vous apprenne à manger et qui vous fera travailler d’autres domaines afin que vous vous sentiez mieux.

Vous aurez mis fin à la pression, au désespoir et à l’insatisfaction. Vous n’aurez plus besoin d’avoir recours à la nourriture comme unique source de bien-être. Et si jamais vous en ressentez le besoin, vous pourrez le faire sans culpabilité, car vous saurez que « manger pour manger » a parfois un effet protecteur qui a du sens. Vous n’aurez plus besoin de vous goinfrer. La culpabilité s’en ira. Le cercle vicieux prendra fin.

Tout ce que vous avez ressenti vis-à-vis de votre surpoids, c’est de la faute de votre culpabilité.

 

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