L'ignorance rationnelle : une position à double tranchant

L'ignorance rationnelle est un concept qui, à première vue, semble contradictoire, mais ne l'est pas. Cela a à voir avec le fait que nous ne pouvons pas tout savoir et donc choisissons parfois d'ignorer certains problèmes. Cela entraîne des conséquences positives ou négatives.
L'ignorance rationnelle : une position à double tranchant

Dernière mise à jour : 11 décembre, 2021

L’ignorance rationnelle est un concept inventé par l’économiste Anthony Downs dans son traité An Economic Theory of Democracy. Il désigne les cas dans lesquels une personne décide d’agir sans disposer de toutes les informations qu’elle pourrait recueillir sur, par exemple, une décision qu’elle doit prendre, car le coût d’acquisition de cette connaissance est supérieur au bénéfice qu’elle génère.

On dit que l’ignorance rationnelle est une position à double tranchant car elle permet parfois d’économiser du temps et des efforts inutiles. Il n’est par ailleurs pas possible, et cela n’est souvent pas convenable, de vouloir tout savoir ou d’aller au fond d’une affaire qui n’a finalement pas de répercussions majeures.

Cependant, il existe aussi des cas où l’ignorance rationnelle a un coût élevé, même si elle n’est pas directement perçue. Il existe des situations dans lesquelles le fait d’éviter de savoir et connaitre a un impact sur une diminution du bien-être. Le problème est que nous ne le percevons pas ainsi car ces conséquences ne sont pas clairement détectables.

« Le premier pas de l’ignorance est de présumer savoir, et beaucoup sauraient s’ils ne pensaient pas savoir.

-Baltasar Gracián-

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L’ignorance rationnelle dans sa facette utile

Il existe de nombreux exemples qui pourraient illustrer le concept d’ignorance rationnelle. Par exemple, la décision d’acheter. Si quelqu’un veut acheter des chaussures, il peut choisir plusieurs chemins pour prendre sa décision.

Le moyen le plus coûteux est de vérifier tout ce dont vous avez besoin sur les différents types de chaussures, leurs marques, matériaux, fabrication, etc. Il est très compliqué que la personne, même si elle a l’intention de suivre cette voie, parvienne à collecter toutes les informations qu’elle pourrait, ce qui n’enlève rien au fait qu’elle essaie et passe des semaines, voire des mois, à collecter toutes les informations. Au final, elle acquerra probablement les chaussures les plus adaptées.

La question est la suivante : compte tenu du coût d’une paire de chaussures et de sa durée de vie utile, cela valait-il la peine d’investir autant de temps et d’efforts dans la prise de décision ? Dans des conditions normales, la réponse est non. Dans ce cas, l’ignorance rationnelle est une bonne option. En d’autres termes, cette décision ne nécessite que quelques informations de base, ou peut-être une consultation auprès d’autres consommateurs, sans avoir besoin de se plonger dans le monde de la chaussure.

Le revers de l’ignorance rationnelle

Il existe des exemples, également quotidiens, qui peuvent illustrer l’envers de l’ignorance rationnelle. Revenons aux décisions d’achat, mais cette fois, pensons à la nourriture.

Dans ce domaine, une personne peut également agir en minimisant le temps et les connaissances alloués à l’achat. Cependant, l’alimentation est étroitement liée à la santé à long terme. À leur tour, la santé et la vie sont des concepts indissolubles.

Par conséquent, une personne peut choisir de manger ce qu’elle trouve sur le marché, sans acquérir plus d’informations à ce sujet et en se laissant guider uniquement par certaines informations de base.

Le problème ici est qu’à long terme, cela pourrait être une décision très coûteuse. Si vous n’achetez que des produits transformés, car ils peuvent se prépare rapidement, vous risquez de compromettre votre santé et, en ce sens, votre décision est erronée. Dans ce cas précis, le coût de l’ignorance peut être supérieur au temps et aux efforts consacrés à la connaissance.

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Ignorance rationnelle au niveau collectif

Les économistes appliquèrent le concept d’ignorance rationnelle, notamment sur le plan social, et plus particulièrement sur le plan politique. Presque toutes les études à cet égard se concentrent sur le comportement des électeurs. Étant donné qu’un seul vote, dans la plupart des cas, ne détermine pas le résultat d’une élection, l’électeur moyen sous-estime souvent son importance.

En même temps, connaître et comprendre les propositions des différents candidats est un exercice que beaucoup de personnes jugent excessif. Il s’agit de focaliser l’attention, pendant un temps considérable, sur des questions complexes. C’est aussi faire le contraste entre les différentes propositions et choisir celle qui correspond le mieux à vos attentes et intérêts.

Cependant, ce qu’un seul électeur obtient en retour est perçu comme « presque rien ». Il sent que son vote n’est pas décisif. Il perçoit donc comme très élevé l’effort qu’il doit faire pour acquérir des connaissances , par rapport à ce qu’il obtient finalement de cet exercice. Par conséquent, la grande majorité des électeurs choisissent de ne pas s’informer. S’ils votent, ils le font sur la base de données minimales.

Il a donc été conclu que l’ignorance rationnelle au niveau collectif est utile en termes économiques, mais très coûteuse en termes sociaux. Comme dans l’exemple alimentaire, le prix se paie sur le long terme et est souvent élevé.

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  • Pérez, A. R., & Comeig, I. R. (1998). Efecto de la información asimétrica sobre el riesgo y el comportamiento de las sociedades de garantía recíproca: un análisis empírico. Revista Española de Financiación y Contabilidad, 469-497.