L’héminégligence, ou comment la moitié de notre corps cesse « d’exister »

· 14 octobre 2017

Avez-vous déjà entendu parler de l’héminégligence ? Il s’agit d’un type d’altération qui surgit fréquemment chez les personnes ayant souffert d’une lésion cérébrale. En tentant d’aller à la racine du mot, nous pourrions en déchiffrer le sens. Néanmoins, il existe beaucoup de cas différents d’héminégligence.

Le préfixe « hémi- » évoque la moitié de quelque chose. Dans ce cas, il fait référence à notre champ visuel. La « -négligence » nous fait part du manque de soin ou d’attention envers quelque chose. Un manque qui menant à commettre des erreurs qui impliqueraient un risque pour l’individu et son entourage.

Si nous associons ce concept à celui du monde de la lésion cérébrale, nous comprendrons que l’héminégligence impliquerait un manque d’attention envers la moitié de notre corps. Plus concrètement, cela impliquerait une absence absolue d’attention envers les stimulus (auditif, tactile, visuel…) atteignant cette moitié de notre corps.

L’héminégligence et son pouvoir pour faire disparaître ce qui est à notre gauche

D’une certaine manière c’est comme si les individus ne voyaient pas ce qui se passe dans cette partie de leur corps. Il semble étrange de le vérifier, puisque cette sensation est celle que nous ressentons lorsque nous parlons ou observons un-e patient-e atteint-e d’héminégligence.

lésion cérébrale

En vérité, l’individu perçoit parfaitement le stimulus qui lui est présenté dans ce champ visuel. Le problème provient de l’attention. Les personnes atteintes ne répondent pas à cette partie de leur corps. C’est comme si elle cessait d’exister. Lorsqu’on les encourage à focaliser leur attention sur ce côté, les patient-e-s finissent par percevoir parfaitement les stimuli. Peu importe le stimulus, iels sont conscient-e-s de sa présence.

Comme nous le savons déjà, notre cerveau est constitué de deux hémisphères différents. Lorsqu’un hémisphère est endommagé par une lésion cérébrale, la partie de notre corps qui se voit spécialement affectée est celle située à l’opposé de l’hémisphère endommagé. En fait, cela revient à dire que la partie contra-lésionnelle de notre corps est affectée.

Lorsque l’hémisphère droit est endommagé, notre côté gauche en pâtit

Ainsi, si la lésion a atteint l’hémisphère droit, la partie la plus affectée sera probablement la gauche. Au contraire, si la lésion concerne notre hémisphère gauche, la partie droite de notre corps sera affectée. Ce préjudice corporel peut aller d’une hémiparésie (paralysie partielle), juqu’à une hémiplégie (paralysie totale) entre autres.

hémisphère droit

Normalement, l’héminégligence survient au niveau des lésions qui sont apparues dans l’hémisphère droit. C’est le plus commun. Le côté gauche est ainsi celui qui se voit le plus affecté. Les personnes atteintes cessent ainsi de porter attention à ce côté comme s’il n’existait plus. Elles ne s’orientent pas vers leur côté gauche et sont incapables de répondre à ce qui leur est présenté dans cette zone.

L’attention des patient-e-s atteint-e-s d’héminégligence est uniquement centrée sur le côté contrôlé par leur hémisphère sain. Dans la majorité des cas, il s’agit du côté droit. Il est très fréquent d’avoir l’impression qu’iels ne nous écoutent pas lorsque nous leur parlons depuis leur côté gauche. Cette sensation change radicalement lorsque nous répétons la même chose, mais cette fois depuis leur côté droit.

Les stratégies de compensation sont les plus efficaces pour traiter l’héminégligence

« Oh je ne t’avais pas vu ! Pardonne-moi ! » est la réaction la plus courante lorsque cette situation se produit. Les travaux réalisés en neuropsychologie consistent à travailler avec cette attention totalement « endommagée ». Comment ? En aidant les individus atteints à rediriger leur attention vers l’espace contralatéral de la lésion.

stratégies contre l'héminégligence

Nous augmentons même la conscience qu’ils ont de ce déficit. Dans de nombreux cas, l’héminégligence vient accompagnée d’anosognosie. Ce phénomène par lequel le/la patient-e n’est pas conscient-e de ses difficultés.

Pour cela, nous nous devons d’aider les personnes à prendre conscience de leurs difficultés ; De cette manière, elles pourront les compenser et devenir leur propre guide lorsqu’elles ne trouvent pas ce qu’elles cherchent. Probablement, cette chose se trouvant dans leur côté gauche, du côté qui « a cessé d’exister ».