L’être humain et la mortalité : la conscience de la finitude

24 juillet 2019
La mort est source de peur, d'inspiration, de deuil, d'amour et de nourriture pour l'idée de finitude. Un concept qui façonne notre nature d'une manière très particulière.

La philosophie, entre autres intérêts, a pour objet d’étudier et de conditionner la nature finie de l’homme. D’autre part, l’être humain est le seul animal qui sait qu’il y a une fin appelée mort, réfléchissant sur le fait au-delà de l’événement. Il semble donc que c’est précisément cette conscience de la mortalité qui encourage notre réflexion la plus transcendante. Nous dérivons ainsi de la réflexion sur les actions et les décisions que nous prenons dans cette vie.

Jose Luis Borges, dans sa nouvelle L’Immortel, raconte l’histoire d’un homme éternel. À un moment donné, cet homme rencontre Homère, qui lui aussi est immortel. Après cette rencontre, il se souvient : « Homère et moi, nous nous sommes séparés aux portes de Tanger ; je crois que nous ne nous sommes pas dit adieu ». Deux personnes immortelles ne ressentent pas le besoin de dire « adieu ». Il n’y aura pas de « fin » qui sera un obstacle à cette possibilité.

L’être humain, conscient de sa finitude, est un être précieux car chaque instant qu’il vit a une valeur infinie. D’une certaine façon, sa finitude donne de la valeur à l’instant présent.

finitude et mort
Les êtres humains jetés dans le monde de la finitude

Comme nous l’avons dit, chaque moment de notre vie est unique : notre chemin est un chemin vers la mort. L’être humain est né comme jeté dans un monde dont la situation historique, sociale, familiale a été donnée. Sommes-nous donc simplement prédéterminés à être ce que nous sommes ?

Pour Martin Heidegger, le plus important philosophe existentialiste du XXe siècle, la conscience que l’homme a de sa propre finitude fait qu’il est très souhaitable que chacun de nous ait sa propre pensée authentique. La pensée manquant d’authenticité est irréfléchie et ne nous projette pas vers une vie pleine.

L’être humain et la pensée inauthentique

Pour comprendre ce que signifie une pensée inauthentique, nous pouvons penser à une situation commune. Imaginons que nous montons dans un taxi. La radio est allumée et le chauffeur de taxi commence à nous parler des nouvelles que les journalistes délivrent. Il explique son opinion sur le sujet, une opinion que l’on pourrait sûrement déduire/anticiper de la station de radio qu’il écoute.

Pour Heidegger, répéter les idées et les opinions des autres sans réflexion préalable signifie « être parlé ». Le chauffeur de taxi (il s’agit d’un exemple, pas d’une stigmatisation) ne réfléchit pas sur ce qu’il dit, mais répète une série d’arguments qui ne sont pas les siens.

Par conséquent, la vie inauthentique pour Heidegger est celle qui se vit à l’extérieur, qui est irréfléchie et inconsciente de sa mortalité. Quand l’être humain est conscient de sa finitude, il est très probable qu’il veuille vivre avec une pensée qui lui est propre et prendre ses propres décisions.

La vie inauthentique est celle qui n’est pas consciente de sa finitude.

finitude et authenticité
L’être humain et la pensée authentique

L’homme serait un être simplement mis au monde. Il viendrait du néant et marcherait vers le néant, le fait ou l’idée qui lui révélerait sa condition finie. Mais en même temps, il est aussi projeté dans l’avenir par cette même condition.

Notre condition d’êtres humains – des êtres profondément présents qui marchent vers un avenir – nous oblige à penser, plus qu’en réalité, aux possibilités. Nous sommes nos possibilités, sans oublier que la possibilité de toutes les possibilités est la mort. En effet, quoi que nous choisissions, nous pouvons toujours mourir, c’est-à-dire que la finitude est toujours présente.

L’être humain qui opte pour une vie authentique le ferait grâce à l’angoisse produite par l’expérience du néant, qui est l’expérience de la mort. Il prend ses décisions en sachant que sa vie est unique et que chaque moment, en plus d’être éphémère, peut être le dernier. Il sait que personne ne peut mourir pour lui et, surtout, il est conscient que la mort n’est pas seulement un moment par lequel les autres transcendent.

« Ange ou bête, l’homme ne pourrait éprouver l’angoisse. Mais étant une synthèse, il le peut, et plus profondément il l’éprouve, plus il a d’humaine grandeur, non pas au sens pourtant où les hommes en général l’entendent, comme une angoisse des choses extérieures, de ce qui est hors de nous, mais comme une angoisse produite par nous-mêmes . »

-Sören Kierkegaard-

 

  • Saña, Heleno (2007). «la filosofía de la desesperanza». Historia de la filosofía española (1ª edición). Almuzara. pp. 202-3.
  • Homolka, Walter y Heidegger, Arnulft (editores) (2016). Heidegger und der Antisemitismus. Positionen im Widerstreit. Herder. 448p.