Les liens au sein du couple et l’auto-protection

19 janvier 2019
Certaines personnes ont peur de souffrir lorsqu'elles sont en couple.

Risquer d’être émotionnellement lié à quelqu’un nous rend vulnérables à la douleur provoquée par un possible rejet. Malgré cela, nous trouvons généralement la motivation suffisante pour courir le risque dès lors que nous aimons. Sans le vouloir, nous réalisons un dépôt de notre confiance. Cela signifie que les coûts psychologiques du rejet augmentent à mesure que les liens du couple supposent plus de proximité et d’interdépendance.

La douleur émotionnelle découlant d’un rejet peut être très grande. C’est une souffrance qui est encore plus intense lorsqu’il existe un lien de dépendance. Nombreuses sont donc les personnes qui souhaitent protéger à tout prix leur indépendance dans le contexte amoureux. Aussi, nous avons besoin d’établir des relations satisfaisantes couvrant nos besoins de connexion / relation.

Les liens au sein du couple : augmentation de la vulnérabilité

Dans n’importe quelle relation, nous montrons des aspects de nous qui ne nous plaisent pas. Parfois, nos doutes et notre insécurité prennent forme. Dans une relation saine, les marques de vulnérabilité, de fragilité ou d’imperfection renforcent généralement la confiance.

Cette manière que nous avons de nous dénuder exprime d’une certaine manière notre projection de la réalité sans aucun masque. Cela contribue à augmenter la souffrance que peut générer un possible rejet.

les liens au sein du couple

Si nous avons confiance en notre partenaire pour nous soutenir, nous nous exposons au risque de ne pas recevoir de soutien et à la douleur que cela suppose. C’est le dilemme existentiel de l’interdépendance. Les comportements fondamentaux permettant d’établir des connexions de proximité satisfaisantes augmentent le risque de souffrir de la douleur associée au rejet.

Activer le système régulateur de risque

Nous disposons en nous d’un système régulateur de risque à la douleur liée au rejet. Nous sentir valorisés et soutenus par l’autre nous pousse à rechercher une meilleure connexion et donc à intensifier les liens du couple.

Au contraire, lorsque nous pensons qu’il existe une forte probabilité de rejet, cela augmente notre besoin de protection. Ce système de régulation agit fondamentalement sur trois niveaux ou règles de contingence :

  • Règles « d’évaluation » : Elles mesurent le niveau d’acceptation de notre partenaire et son niveau d’engagement dans notre relation. L’engagement est prouvé par des situations de dépendance. Lorsque nous sommes dépendants à l’autre, ce dernier peut agir en considérant nos besoins, ou non.
  • Règles de « signalisation » : Elles nous indiquent ce que nous pouvons ressentir lorsque notre partenaire nous soutient ou nous rejette. Cela se perçoit dans les sentiments de gratification ou les sentiments blessants directement liés au soutien ou au rejet. Ce sont des sentiments de gain ou de perte qui sont associés à notre niveau d’estime personnelle.
  • Règles de « régulation de la dépendance » : Une fois les points antérieurs valorisés, nous sommes prédisposés à nous montrer plus ou moins vulnérables et cela a un impact direct sur nos liens avec notre partenaire.

Dépendance, dilemmes et relations interpersonnelles

Les liens au sein du couple, en tant que relation romantique, génèrent des situations de dépendance. Les actions d’un membre du couple limitent ou élargissent souvent les compétences de l’autre. On assiste en fait à un conflit d’intérêts, et on demande des compromis et des sacrifices.

« Sally et Harry cherchent un film à partager. Sally croit qu’un film d’action lui permettrait de se distraire de ses préoccupations professionnelles. Le film d’art que souhaite voire Harry ne ferait qu’augmenter les préoccupations de Sally. Sally place dans les mains d’Harry son bien-être psychologique et elle court le risque qu’Harry ne souhaite pas se sacrifier pour elle, qu’il ne réponde pas à ses besoins ».

-Sandra L. Murray-

Ceci est un exemple minime permettant de comprendre que chaque jour, nous plaçons notre bien-être psychologique dans les mains de notre partenaire. Ce sont des petits détails qui activent notre système de régulation du risque vis-à-vis de la douleur associée au rejet.

Degré de valorisation du partenaire

Ce sont les « choses mondaines » qui nous permettent d’évaluer le degré auquel notre partenaire nous valorise. Cela révèle nos sentiments de gain ou de perte associés à l’autre. De plus, ils nous servent de référence pour moduler le degré de dépendance émotionnelle que nous établirons avec lui/elle dans le futur.

Ces situations de dépendance interrogent sur la capacité de réponse du partenaire aux besoins étant propres à l’autre. Elles activent la menace du rejet dans la relation romantique. Les liens en couple dépendent du degré de contrôle que l’un a sur la perception de l’autre de l’importance des besoins mutuels.

Lorsque nous nous sentons peu valorisés par notre partenaire, le seuil d’activation du système de régulation est très bas et il s’active au minimum. Dès qu’il est activé, nous donnons la priorité à la protection personnelle.

Au contraire, lorsque nous nous sentons valorisés par notre partenaire, la régulation du risque aura un seuil plus élevé provoquant l’activation du processus. S’il venait à s’activer pour une raison ou pour une autre, le mieux serait de renforcer la connexion et la recherche de nouvelles formes de rapprochement de notre partenaire, plutôt que d’utiliser l’auto-protection.

relations de couple

Cela fonctionne dans les deux sens

Les deux membres du couple activent ce système de régulation. Au cours d’une relation, tout couple prend des décisions d’auto-protection (dépendance décroissante) ou de promotion des liens du couple (dépendance croissante).

Nous avons tous besoin de ce système car il nous permet de nous sentir sereins même dans un contexte dans lequel nous sommes constamment vulnérables. Nos relations sentimentales et l’expérience d’interdépendance ont une influence significative sur sur les qualités que nous croyons avoir.

Percevoir un rejet fait du mal, non pas uniquement car cela frustre notre désir d’être intégrés. Cela blesse également en raison d’un message symbolique. On apprend que notre connexion avec le partenaire, ou avec n’importe quel autre partenaire, a un futur incertain. Si en raison de nos expériences précédentes nous donnons la priorité à la protection personnelle plutôt que de favoriser la proximité et les liens entre partenaires, nous sèmerons dans un jardin dans lequel nos craintes seront confirmées.

« De toutes les formes de précaution, la précaution dans l’amour est certainement la plus fatale pour le véritable bonheur ». 

-Bertrand Russell-

Résultats des recherches

Les études nous affirment que les relations de couple sont celles qui ont le plus grand potentiel de satisfaction de nos besoins en tant qu’adultes. Cependant, ces liens avec le partenaire sont également ceux qui activent en nous le plus grand sentiment d’angoisse lié à un possible rejet.

Les recherches de la psychologue sociale Sandra L. Murray affirment que pour être heureux, nous devons laisser de côté les préoccupations associées au rejet et prendre le risque d’une dépendance émotionnelle substantielle. Ses conclusions peuvent être consultées dans l’articule Optimizing assurance : The risk regulation system in relationships, publié par l’American Psychological Association (APA).

Dans tous les cas, rappelons nous que le plus probable est d’expérimenter une relation satisfaisante lorsque nous donnons la priorité à la connexion avec notre partenaire plutôt que de minimiser la probabilité de ressentir de la douleur à cause d’un possible rejet futur.