Les expériences de l'enfance peuvent modifier le cerveau, selon la science

Les expériences de l'enfance dessinent une sorte de carte routière dans le cerveau. Les neurosciences ont prouvé que ce qui se passe pendant l'enfance peut façonner notre vie entière.

Dernière mise à jour : 13 août, 2021

Plusieurs écoles soulignent depuis longtemps l’influence des expériences de l’enfance tout au long de la vie. Aujourd’hui, ce sont les neurosciences qui corroborent ce fait et remettent au premier plan l’importance fondamentale de ces premières années de vie.

Isabel Pérez-Otaño, chercheuse à l’Institut des neurosciences UMH-CSIC d’Alicante, a déclaré que les expériences de l’enfance marquent le reste de notre vie. Bien que certains aspects puissent être modifiés avec le temps, la vérité est que ces expériences précoces génèrent des schémas qui restent à long terme.

L’experte explique que les premières années jusqu’à l’adolescence sont une étape critique dans le développement du cerveau. Cependant, les expériences de l’enfance sont encore plus déterminantes, car le cerveau est comme un ordinateur sans logiciel. Chaque expérience ressemble à l’introduction de ce logiciel et déterminera son fonctionnement.

“C’est l’un des défis scientifiques et sociaux du moment, car de la même manière que le cerveau en développement est capable d’apprendre, il va aussi être beaucoup plus sensible aux stimuli négatifs, qui peuvent aller des mauvais traitements et des abus au manque de soins ou à une mauvaise alimentation.”

– Isabel Pérez-Otaño –

Les expériences de l’enfance peuvent modifier le cerveau

Isabel Pérez-Otaño rappelle que les propriétés essentielles du cerveau sont la plasticité et la capacité à traiter l’information. La plasticité est à son maximum au cours des premières années de la vie, jusqu’à la puberté. C’est pourquoi les expériences de l’enfance, même celles qui ne semblent pas si pertinentes, façonnent le cerveau.

En d’autres termes, c’est au cours des premières années de la vie que le cerveau est le plus susceptible d’être modifié par toute expérience. Nous naissons avec de nombreuses connexions synaptiques, c’est-à-dire des connexions entre les neurones. Beaucoup d’autres se forment tôt dans la vie, et au fil du temps, elles ne font que s’affiner au fur et à mesure que de nouvelles expériences sont acquises.

Si les expériences sont répétitives, les connexions sont renforcées et maintenues. Celles qui ne sont pas répétées ont tendance à faire disparaître les connexions synaptiques qu’elles ont générées.

Par conséquent, bien que la base génétique soit très importante, l’environnement est également décisif. Toute expérience négative est beaucoup plus dommageable pour la personnalité si elle se produit dans les premières années de la vie.

Les mauvaises expériences de l’enfance

La maltraitance, les abus ou la négligence partielle ou totale sont des expériences très négatives pour un bébé ou un enfant. En matière de neurosciences, cela constitue une exposition continue au stress. Le stress n’est pas négatif s’il est lié à une expérience spécifique, car il permet à l’individu de construire des réponses appropriées pour faire face à l’adversité et y faire face.

En revanche, si les expériences négatives de l’enfance se répètent, les choses sont très différentes. Un modèle est créé qui rendra généralement la personne plus sensible au stress dans la vie adulte, moins empathique et avec moins de compétences sociales.

La Dre Isabel Pérez-Otaño a testé sa théorie sur un groupe de souris. Elle a découvert que le stress et la privation modifiaient négativement le cerveau des jeunes souris. D’autres études sont arrivées à la même conclusion.

Le stress et les jeunes cerveaux

Des chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’Université Pierre et Marie Curie (Paris, France) ont mené une étude sur de jeunes souris exposées à des situations stressantes. Plus précisément, les rongeurs ont été placés dans un environnement dans lequel se trouvait un agresseur dominant. Dans le même temps, des expériences ont été créées dans lesquelles les jeunes ont été socialement défaits.

On a observé que les animaux qui étaient continuellement soumis à cette situation développaient une anxiété chronique et une aversion sociale accrue. Ceux qui ont été agressés ont ensuite évité les contacts sociaux avec leurs pairs et ont également développé une dépression.

Dans une étude similaire menée à l’université Johns Hopkins (Baltimore, États-Unis), des souris adolescentes ont été exposées à un stress continu. Elles ont ainsi été affectées dans un gène codant pour un neurotransmetteur associé à la fonction mentale et aux maladies psychiatriques. En d’autres termes, elles sont devenus plus enclines à souffrir de troubles liés au cerveau.

Prendre soin du cerveau de l’enfant

Tout ce qui précède conduit à une conclusion fondamentale : les expériences de l’enfance sont un facteur déterminant dans la vie de chaque être humain. Les carences et les expériences stressantes vécues au cours des premières années rendent une personne plus vulnérable aux troubles mentaux et limitent son développement psychologique.

Les enfants et les adolescents ont besoin d’adultes capables de les accueillir et de les accepter avec amour. Ils ont besoin d’adultes qui leur tiennent la main pour les guider et considérer leurs erreurs comme une partie normale et saine de leur développement. La maltraitance, l’indifférence ou l’éloignement laissent des traces qui ne seront peut-être jamais effacées.

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  • Vega-Arce, M., & Núñez-Ulloa, G. (2017). Experiencias Adversas en la Infancia: Revisión de su impacto en niños de 0 a 5 años. Enfermería universitaria, 14(2), 124-130.