Les dangers d’une estime de soi excessive

29 septembre 2019
L'estime de soi a aussi son côté sombre. Il apparaît lorsque l'estime de soi frôle le narcissisme et que la personne ne voit qu'elle dans le monde. L'estime de soi, pour être en bonne santé, exige aussi un équilibre difficile où l'on ne tombe pas dans le manque ou l'excès.

Une estime de soi excessive n’est ni positive ni saine. Cet excès de confiance en soi, ainsi que la surévaluation de l’ego, conduisent très souvent à des comportements et attitudes problématiques. Un exemple en est donné par ceux qui avancent dans la vie avec un air de supériorité. Refusant d’assumer leurs propres erreurs et, en même temps, révélant l’ombre d’un narcissisme évident.

Nous savons que la question de l’estime de soi est sans aucun doute l’une des favorites dans le domaine du développement personnel. Chaque année, le marché éditorial propose de nombreux articles afin de nous apprendre à renforcer ce muscle psychologique qui est si fondamental pour notre bien-être. Cependant, ce qui n’est pas toujours souligné, c’est le côté un peu plus sombre de cette dimension.

Pour cela, il nous faut impérativement clarifier une chose. L’antidote à une faible estime de soi n’est pas du tout une estime de soi excessive. Tout excès est dangereux et nocif. Donc, ce n’est pas parce que nous manquons de quelque chose que nous devons le couvrir en grandes quantités. Dans un tel cas, loin de résoudre notre problème, nous en créerions un nouveau.

Il est important de préciser ce que nous entendons par estime de soi saine. Nous vivons à une époque où, en outre, il est courant que l’on nous vende le besoin de maximiser des domaines comme le leadership, l’estime de soi, l’auto-efficacité ou la confiance en soi. Mais nous devons être clairs : le mieux est parfois l’ennemi du bien. Voyons donc où se situe la limite du véritable bien-être.

« Il est bien des choses qui nous paraissent impossibles tant qu’on ne les a pas tentées. »

-André Gide-

Une femme ayant une estime de soi excessive se regardant dans le miroir

À quoi ressemble une personne avec une estime de soi excessive ?

Un des livres les plus intéressants du psychologue social Albert Bandura est sans aucun doute Auto-efficacité. Le sentiment d’efficacité personnelle. Ce qui est clair dans ce travail, c’est que des aspects tels que l’efficacité perçue et l’estime de soi sont deux facteurs clés pour surmonter les difficultés et réaliser nos objectifs dans chacun de nos scénarios.

Cependant, parmi les dynamiques les plus dommageables qui empêchent les êtres humains non seulement d’atteindre leurs objectifs, mais aussi d’atteindre le bonheur, on trouve le manque d’estime de soi et une estime de soi excessive. L’un est aussi négatif que l’autre. Découvrons ensemble à quoi ressemble la personne qui a une estime de soi exagérée ou excessive.

Une grande estime de soi et un monde sans limites

Il y a un aspect qui est souvent souligné dans le domaine de la psychologie de l’enfant. Nos enfants doivent comprendre très tôt que le monde a des limites, qu’il y a des règles et que nous n’obtenons pas toujours ce que nous voulons. Tolérer la frustration est un sujet essentiel dans la vie. Ne pas y parvenir peut certainement mener à plus d’un problème.

Beaucoup d’enfants et de jeunes sont éduqués dans l’idée qu’ils peuvent avoir ce qu’ils veulent. Ce sont de petits empereurs qui se sentent dignes et avec assez d’autorité pour faire, obtenir et avoir tout ce qu’ils veulent. Les éduquer pour qu’ils aient une estime de soi si brillante, gonflée et surdimensionnée, les conduit à adopter un comportement égocentrique, abusif, arrogant et sans contrôle de leurs impulsions.

L’estime de soi excessive et ses dangers trouvent souvent leur origine dans l’éducation.

Une estime de soi excessive ne mène pas au succès ou au bonheur

Au-delà de ce que l’on peut penser, avoir une réserve d’estime de soi de 200 % ne fera pas de notre moteur le summum de la réussite. Bien au contraire :

  • L’estime de soi élevée amène ces gens à penser que bon nombre des projets, tâches ou emplois proposés sont en deçà de leur valeur. Cette fierté fait qu’ils finissent par perdre beaucoup d’occasions
  • Leur arrogance, l’idée qu’ils méritent tout ce qu’ils veulent, crée de grandes distances avec leur environnement social. Leur ego surdimensionné crée un grand malaise
  • Ils sont aveugles à leurs propres erreurs et n’apprennent pas d’eux. S’ils échouent dans quelque chose, c’est la faute des autres, jamais la leur
  • Au niveau relationnel, ils ont tendance à agir soit comme des abuseurs, soit comme des narcissiques incapables de voir plus de perspectives que les leurs. Une telle attitude génère de sérieux problèmes au niveau affectif, au travail, dans une relation amicale, etc
Un homme face à une fenêtre et un nuage

Estime de soi excessive et délinquance

Le comportement délinquant a longtemps été associé à une faible estime de soi. Cependant, au cours des dernières années, il a été démontré qu’une estime de soi excessive est également liée à des actes de violence. Comme l’explique une étude du Dr Robert Roy F. Baumeister de l’Université de Princeton, la supériorité du Moi est un facteur décisif dans de nombreux actes criminels.

Le narcissisme, le machiavélisme et la psychopathie, allant de pair avec la haute estime de soi qui justifie et valide des comportements agressifs, sont souvent à la source de comportements criminels. Ce sont des gens qui ont un sens d’eux-mêmes surdimensionné et la conscience qu’ils peuvent avoir tout ce qu’ils veulent. Les moyens pour y parvenir n’ont aucune importance.

Comme on peut le voir, l’envers de l’estime de soi cache une certaine obscurité et un danger à prendre en compte. Il est clair qu’une faible estime de soi comporte des risques, tout comme l’autre extrême. La clé est d’atteindre cet équilibre parfait dans lequel on peut développer une appréciation saine de soi-même. Cette dimension inclue forcément le respect des autres.

L’estime de soi est, après tout, l’art de prendre soin de soi, jamais l’excès malsain qui mène au narcissisme.

 

  • Baumeister, R. F., Smart, L., & Boden, J. M. (1996). Relation of Threatened Egotism to Violence and Aggression: The Dark Side of High Self-Esteem. Psychological Review103(1), 5–33. https://doi.org/10.1037/0033-295X.103.1.5