La science du mal

· 4 mai 2019
En quoi consiste la science du mal ?

Beaucoup de chercheurs ont essayé de se rapprocher du concept de science du mal pour découvrir ce qui se cachait derrière les comportements malveillants. La neuroscience s’interroge depuis longtemps sur ce qui se produit dans le cerveau des personnes qui agissent mal. Beaucoup de psychologues sociaux ont en outre mené des expériences en espérant trouver des réponses à ce sujet.

C’est comme si nous avions besoin de savoir ce que dissimulent les personnes malveillantes et en quoi elles sont « à part ». En tant qu’être humains, nous cherchons inlassablement la source de cette différence.

Dans le fond, c’est peut-être parce que nous aimerions trouver une piste qui puisse nous permettre d’éviter la menace que ces personnes représentent. Ou nous assurer que nous sommes bien différents. Qu’une différence physique nous définit.

Même si nous avons déjà quelques pistes et avons trouvé de petites différences structurelles au niveau du cerveau, nous n’avons pas encore de clé absolue. Car cette question n’est pas aussi simple qu’elle n’y paraît. Il ne s’agit pas uniquement de séparer les bons et les mauvais. Ces êtres malveillants ressemblent plus que nous le voudrions aux « êtres non malveillants ».

Focalisons-nous maintenant sur les possibles facteurs qui poussent une personne à devenir malveillante ou à agir d’une mauvaise façon. Des recherches ont été menées pendant plus de quarante ans sur ce thème. Et il semblerait que nous ayons réussi à isoler quelques facteurs.

visage obscur et science du mal

La qualité de l’attachement

Le type d’attachement qui se développe au cours de l’enfance semble être l’un des facteurs qui pousse le mal à s’instaurer chez un individu. Les études sur les troubles de la personnalité chez les adultes révèlent ainsi un taux élevé d’abus et de négligence lors des premières étapes de leur vie.

Evidemment, ce fait ne définit pas, en soi, la personne malveillante. Il semble cependant être un dénominateur commun chez beaucoup de ces personnes. Le développement de cette idée nous explique que la maltraitance émotionnelle dans l’enfance suppose un obstacle pour développer une capacité à prendre soin des autres.

Mais ce fait n’explique pas la malveillance. Dans certains cas, les mauvaises personnes n’ont pas souffert de ce type de maltraitance. Ce facteur n’est donc pas un indicateur absolu.

La biologie

Certains généticiens ont découvert que la version du gène MAO-A peut favoriser le risque de développer un trouble du comportement, et même des épisodes réitérés de délinquance au moment de l’adolescence et de l’âge adulte.

Cette découverte réalisée par Avsshlom Caspi a aussi révélé une interaction de ce gène avec des abus soufferts au cours de l’enfance. Encore une fois, la biologie serait conditionnée par l’environnement dans lequel un être humain se développe.

Un autre facteur biologique qui semble être lié à la science du mal est le niveau d’une hormone stéroïde sexuelle prénatale : la testostérone. En effet, le niveau de cette substance, auquel est exposé un bébé au cours de sa période de gestation dans le ventre maternel, semble avoir une influence sur le développement du circuit d’empathie du cerveau humain.

La science du mal : le côté obscur de l’être humain

Une brillante criminologue, Julia Shaw, a récemment publié ses études dans un livre qui essaye d’aborder les causes de la malveillance chez l’être humain. Shaw s’est penchée sur les découvertes neuroscientifiques concernant le faible niveau d’activation préfrontal ventromédian dans le cerveau des personnes malveillantes. 

Cela semble être un autre facteur lié à ce que Shaw appelle le processus de déshumanisation et d’auto-justification des dommages exercés sur de tierces personnes. Ce type « d’anomalie », combiné à un certain degré de paranoïa nourrie par une culture anxieuse et un manque de direction, pourrait pousser une personne à faire du mal à d’autres gens.

Shaw analyse aussi ce que l’on connaît, en psychologie, sous le nom de « triade noire » : la psychopathie, le narcissisme et le machiavélisme. Et cette femme rajoute le sadisme à la liste. En fait, Julia Shaw a réalisé une extraordinaire analyse des deux types de narcissisme.

Pour elle, les narcissiques vulnérables sont beaucoup plus dangereux que les narcissiques grandioses. Il semblerait en effet que les premiers aient une plus grande propension à la rumination furieuse et à l’hostilité. Dans des conditions adéquates, ils agiraient de façon extrêmement malveillante.

science du mal

Les monstres ne naissent pas monstres

Si nous nous penchons sur toutes les études qui ont été réalisées jusque là, nous ne pouvons pas dire que la science du mal sache quel est le facteur clé qui définit une personne malveillante. Bien au contraire. Il semblerait que la malveillance se développe et que les facteurs environnementaux aient, au final, une influence définitive sur cette dernière.

Les brillantes expériences de Philip Zimbardo, Stanley Milgram et d’autres chercheurs de la science du mal nous ont déjà montré que de bonnes personnes pouvaient subitement agir de façon malveillante dans certaines conditions environnementales.

Cela voudrait dire que, bien souvent, la distance qui sépare un bon acte d’une mauvaise action n’est pas définie par la personne qui le commet mais par les circonstances. Ceci nous force donc à reconsidérer les jugements que nous émettons à propos des personnes qui agissent de façon malveillante. Il ne s’agit pas de les justifier, bien sûr que non. Cependant, la science du mal est très complexe et reconnaît que beaucoup de variables influent sur nos actions. Des variables qui ne sont pas que personnelles.

Pour le moment, nous n’allons donc pas trouver de « trouble de personnalité du mal ». Pour développer des moyens efficaces et réussir à prévenir ce type de comportements, il faudra donc être disposés à humaniser les personnes qui agissent de façon malveillante, en admettant que l’environnement joue un rôle dans leurs actes.

 

  • Julia Shaw (2019). Evil: The science behind humanity’s dark side. Abrams Press.
  • Katherine Ramsland (2019) The Science of Evil. Psychology Today
  • Simon Baron-Cohen (2017) The Science of Evil. Huffpost
  • David M. Fergusson (2011) MAOA, abuse exposure and antisocial behaviour: 30-year longitudinal study. The British Journal of Psychiatry