Les carapaces se brisent en caressant l’âme

14 avril 2018 dans Emotions 752 Partagés
étreinte

Les carapaces sont le symbole des personnes qui ont trop souffert. La protection qu’elles choisissent pour arrêter leur usure, pour éviter de se déchirer une nouvelle fois et finir par se briser. Elles représentent leur mécanisme de sécurité, leur bouée de sauvetage temporaire et leur façon de dire silencieusement au monde: “Ça suffit !”.

Vivre avec une carapace n’a rien de simple car, derrière elle, on retrouve la peur d’être blessés. Il s’agit de l’une des peurs les plus paralysantes qu’une personne puisse ressentir, qui la pousse à bâtir des murs, freiner son cœur et vivre anesthésiée. Cependant, la force des circonstances ne laisse parfois pas d’autre option à ceux qui sont plus sensibles ou vulnérables. La vie fatigue et épuise, au point que ces personnes préfèrent se protéger et cesser de ressentir le plus de sentiments possibles au lieu de faire l’expérience de la brûlure de leurs blessures.

“Votre carapace vous protège sans aucun doute de la personne qui veut vous détruire. Mais si vous ne la laissez pas tomber, elle vous isolera aussi de la seule personne qui peut vous aimer.”

-Richard Bach-

L’usure produite par la souffrance

La vie n’est pas un long fleuve tranquille qui nous garantit le bonheur. L’incertitude, l’instabilité et la souffrance sont des conditions de son parcours et nous les affronterons mieux si nous sommes capables de les anticiper et de nous y préparer. Personne n’est immunisé contre la souffrance et il est donc essentiel d’apprendre à la gérer. Dans le cas contraire, l’obscurité finira par nous dévorer.

Vivre, c’est affronter des risques, accepter que tout ne se passera pas toujours comme nous le voulons, apprécier les moments de bonheur mais aussi accepter que la souffrance frappera de temps en temps à notre porte et nous mettra à l’épreuve.
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femme aux yeux tristes

Gérer les coups et cicatriser des blessures n’est pas une tâche facile, nous ne bénéficions pas toujours du meilleur soutien, des meilleures ressources ou des meilleures stratégies et, parfois, même quand nous les avons, nous ne savons pas bien les utiliser. Il y a des personnes qui affrontent mieux les déceptions et les imprévus, celles qui les laissent s’emparer de leur esprit et d’autres qui décident de se protéger pour limiter leur souffrance. Quelle que soit la méthode utilisée, elle influera d’une façon ou d’une autre dans le quotidien de ces gens.

Malgré tout, indépendamment de la façon dont nous faisons face à la souffrance, lorsque celle-ci décide de rester à nos côtés, toute une série de conséquences physiques et émotionnelles se déclenche. D’un côté, elle nous piège dans son apathie, dans ce manque de motivation et de plaisir absolus (anhédonie) et, si nous n’y faisons pas suffisamment attention, elle peut nous mener jusqu’à la dépression ou l’anxiété. D’un autre côté, elle nous use physiquement, nous épuise et met fin à toute l’énergie que nous avions. En fait, à des niveaux plus profonds, elle diminue la sécrétion de sérotonine et augmente la quantité de cortisol.

La fausse protection des carapaces

Chaque personne a sa propre carapace, son mécanisme de défense, son bouclier personnel pour se protéger contre la douleur. C’est normal. D’une certaine façon, nous devons protéger notre côté le plus délicat et devenir forts face aux possibles menaces et contretemps.

Le problème surgit quand ces carapaces se mettent en place mais ne se détruisent pas. En d’autres termes, quand elles prennent le contrôle de nos vies et quand nous finissons par les transformer en filtres très conservateurs à travers lesquels nous pouvons observer le monde. Ce sont comme des murs qui se lèvent et nous isolent, plus seulement de la souffrance et de l’incertitude mais aussi de l’affection et de toute expérience sociale.

Dans un essai de nous protéger, nous finissons par nous boycotter et nous bloquer sur le plan émotionnel. Le fait de ne rien ressentir pour ne pas souffrir est une stratégie que nous répétons car, à un moment donné, elle a assuré notre survie. Mais il faut être prudents car quand nous l’utilisons, nous en payons le prix fort: nous pouvons finir par être vides de l’intérieur. Voici les termes du contrat écrits en minuscules caractères en bas de la page, ceux que nous ne lisons pas toujours ou que nous ne prenons pas en compte avant de commencer à dresser des barrières.

Par ailleurs, ce vide se traduit par l’absence d’émotions et de cette capacité à nous sentir vivants. Ainsi, il n’est pas rare que, pendant un bref instant, nous finissions par ressentir ce que nous craignions tellement, de la souffrance. Car qui a dit que ne rien ressentir nous empêchait d’être malheureux?

Les carapaces sont des pièges inconscients qui nous attachent au mal-être et qui se déguisent en sentiments de protection et de sécurité. Il est donc important d’identifier et de réfléchir à nos mécanismes de défense.

“Il faut plus de courage pour affronter la souffrance que pour mourir.”

-Marlene Dietrich-

fille aux yeux bandés

L’art de caresser l’âme

Souvent, ceux qui se cachent derrière des carapaces s’appuient tellement sur une attitude défensive qu’ils finissent par se distancier des autres. Leur peur d’être blessés est si grande que, même s’ils ne le souhaitent pas, ils s’éloignent de tous ceux qui s’approchent dans le seul but de les connaître et, parfois, de les aimer. Cela se produit car celui qui se protège aussi durement est aussi victime d’une faille en amour, générée par une ou plusieurs expériences passées.

Ainsi, pour éviter de revivre la brûlure de leurs blessures, ces personnes se montrent féroces comme certains animaux qui protègent leur territoire. L’autre, quel qu’il soit, devient son ennemi. Le moindre contact avec l’armure de celui qui se protège peut donc produire de la douleur.

Quel est l’antidote pour soigner autant de mal? Quel remède peut-on trouver pour briser les carapaces de ceux qui ont enduré autant de souffrances? Comment pouvons-nous les aider à se défaire d’un tel sort? Avant tout, il est important de dire que les carapaces s’écroulent petit à petit. C’est un processus qui nécessite des doses d’amour, de compréhension, de patience, d’acceptation et, surtout, d’efforts.

Comme nous le voyons, il n’y a pas de solutions magiques. En revanche, la profondeur de la connexion avec une autre personne et avec soi-même existe. Ainsi, quiconque se lie à une personne protégée par une carapace doit comprendre que, dans la majorité des cas, ce n’est pas elle qui parle directement: il s’agit de sa peur, de ce monstre immense qui la possède et lui fait croire qu’être anesthésiée est la meilleure façon d’affronter la vie et de mettre un terme à la souffrance. Comprendre les peurs de cette personne est donc une partie très importante de la relation, tout comme le fait de lui montrer de l’affection et d’abandonner toute attitude exigeant quelque chose de sa part. En d’autres termes, il faut apprendre à caresser son âme, à toucher sa sensibilité et à la faire se sentir en sécurité.

“L’amour n’a pas d’autre logique. Il ne vient pas en forçant mais en caressant, comme quand on ouvre une armure.”

-Marwan-

coeur dans la main

Le plus grand effort doit être produit par celui qui s’est construit une armure. Cette personne est celle qui doit comprendre qu’éviter la souffrance à moyen et long terme finit par en engendrer davantage et que, même si la vie n’est pas toujours facile, la douleur est un chapitre que nous devons intégrer à notre histoire. Pour cela, il faut se libérer de la culpabilité et de cette attitude dure et rigide pour laisser libre cours à l’amour. Il n’y a pas de meilleur remède que celui qui consiste à s’accueillir et à prendre soin de soi-même lorsque l’on est blessé.

“Les gens prennent tout le temps soin de leurs cheveux. Pourquoi pas de leur cœur ?”

-Proverbe chinois-

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