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L'enfant symétrique, un phénomène inquiétant

4 minutes
En quoi consiste cette théorie ?
L'enfant symétrique, un phénomène inquiétant
Dernière mise à jour : 25 juin, 2020

Nous vivons dans un monde où les enfants se comportent de plus en plus comme des adultes, et les adultes comme des enfants. C’est de cette façon que nous pourrions définir le phénomène de l’enfant symétrique. Il s’agit d’une théorie développée par la psychologue argentine Claudia Messing, auteure du livre Comment les enfants d’aujourd’hui pensent et ressentent.

Le phénomène de l’enfant symétrique, qui est aussi connu sous le nom de théorie de l’enfant miroir, se base sur les découvertes cliniques de Messing. Cette dernière souligne le fait que les enfants sont de plus en plus difficiles à contrôler, sont beaucoup plus problématiques qu’avant et ont moins de ressources psychologiques pour compléter leur processus d’individuation. Selon l’auteure, ils répètent les schémas dysfonctionnels de leurs parents.

“Nous ne pouvons laisser que deux héritages durables à nos enfants. Des racines, et des ailes”.

-Hodding Carter-

Pour cette psychologue, le phénomène de l’enfant symétrique tire ses racines des nouveaux styles d’éducation. Dans ces derniers, il n’y a pas d’exercice cohérent de l’autorité ou de définition nette des rôles maternel, paternel et filial. On a imposé une sorte de démocratie démesurée, qui estompe les hiérarchies familiales et dans laquelle toutes les personnes finissent par se considérer égales entre elles alors qu’elles ne le sont pas.

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Les caractéristiques de l’enfant symétrique

La principale caractéristique de l’enfant symétrique est qu’il s’agit d’une personne très difficile à contrôler. L’enfant croit avoir tout le temps raison, il pense être totalement sûr de ce qu’il veut et déteste qu’on lui fixe des limites.

Il n’accorde pas beaucoup d’importance aux adultes car il ne pense pas qu’ils puissent lui apporter quelque chose. Pour lui, ils ne sont pas plus savants ou expérimentés. Ce sont ses pairs, tout simplement.

Ces enfants ont beaucoup de mal à tisser des liens avec d’autres enfants. Leur relation sera toujours conflictuelle et compétitive. Ils ont par ailleurs une faible capacité d’empathie car ils sentent que le monde est tel qu’ils le voient et pas d’une autre façon.

L’enfant symétrique connaîtra aussi de grandes difficultés au moment de se détacher de ses parents à l’âge adulteCe n’est pas parce qu’il est trop attaché à eux, non : il ne sait juste pas comment structurer un projet de vie indépendant. Son adaptabilité est faible et c’est pour cela qu’il préfère rester dans un univers “connu”.

Les dimensions du phénomène

La psychologue Claudia Messing signale que le phénomène de l’enfant symétrique renferme quatre dimensions. La première est le mimétisme massif ou la copie de l’adulte; la deuxième, la parité avec l’adulte; la troisième, l’illusion de complétude et, la quatrième, le manque d’individuation. Étudions chacune d’elles plus en détail.

Le mimétisme massif ou copie de l’adulte fait référence à cet effet miroir que les enfants connaissent avec leurs parents. Ils les copient dès qu’ils le peuvent. Mais pourquoi cela se transforme-t-il en problème ?

Parce que les enfants ont un accès illimité à la vie adulte et finissent aussi par copier les traumas et les difficultés de leurs parents. Et aussi parce que cela les conduit à la seconde dimension : la parité avec l’adulte.

Lorsque l’on parle de parité avec l’adulte, on fait référence à l’idée selon laquelle l’adulte n’a pas d’autorité sur l’enfant. Il se retrouve au même niveau que lui. L’enfant ne connaît donc plus ce filtre qu’on lui appliquait auparavant.

Il y a quelques années, les petits maintenaient une certaine distance avec les adultes. Ils savaient qu’ils ne pouvaient pas tout faire comme eux parce qu’ils n’étaient que des enfants. Aujourd’hui, cette distance n’existe plus. L’identification est presque totale.

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L’illusion de complétude et le manque d’individuation

L’enfant finit donc par croire qu’il peut tout faire comme un adulte. Il essaye d’adopter le rôle d’un parent, en donnant des conseils ou des ordres à la maison.

Il cherche aussi à occuper la place du maître, en lui indiquant ce qu’il doit enseigner et de quelle façon. Cependant, tôt ou tard, l’enfant symétrique fait face à la réalité et se rend compte qu’il n’a pas les outils pour agir de la sorte. Il est alors effrayé ou troublé.

Ce que nous venons de décrire s’appelle l’illusion de complétude. L’enfant se sent auto-suffisant, alors qu’il ne l’est pas. Il ne pense pas avoir besoin d’apprendre et ne croit pas être en train de vivre un processus de croissance. C’est pour cela qu’il n’est pas réceptif aux indications de ses parents ou maîtres. Quelle en est la conséquence? Il ne vit pas un processus d’individuation réel, c’est-à-dire un déploiement de son être authentique. L’enfant symétrique ne fait qu’imiter, il “n’est” pas.

Selon la docteur Messing, cette situation ne peut être surmontée qu’en reconstruisant les rôles familiaux. Parents et enfants ne sont pas égaux : seuls les premiers peuvent exercer une autorité.

Cette autorité n’est pas de l’autoritarisme mais une validation de leur condition de guides et de générateurs de normes de comportement. L’enfant dépend de ses parents sur le plan économique, social et émotionnel. Cela confère à ces derniers une autorité pour diriger la structure familiale. Et ce n’est pas négociable.

 


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Levin, E. (2000). La Función del hijo: espejos y laberintos de la infancia. Nueva Visión.


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