La légende de Charlemagne, une histoire qui déchiffre l’amour

19 janvier 2018 dans Autres 85 Partagés

La légende de Charlemagne est l’une des histoires les plus intenses et intéressantes d’Italo Calvino. Ce merveilleux écrivain est né à Cuba, de pères italiens. Il laissa un témoignage impressionnant de son immense sensibilité et sa claire intelligence dans ce micro-récit.

Calvino s’est toujours débattu entre un réalisme radical et une imagination sans limites. La légende de Charlemagne est un bon exemple de cela. En partant d’une histoire fantastique et quasiment invraisemblable, il est parvenu à mettre en place une vision profonde et analytique relative à l’amour passionné.

Une grande partie des œuvres de Calvino à un air de conte. La légende de Charlemagne pourrait être classée dans ce groupe. En revanche, dans ce cas le sujet va au-delà d’une morale. Le conte fait une révélation impressionnante sur l’amour au sein du couple. Dans ce thème, la place d’Italo Calvino est très proche de la psychanalyse contemporaine.

« Aimons la personne qui protège ou une image narcissique de soi-même. »

-Jacques Alain Miller-

La légende de Charlemagne et l’amour comme passion

La légende de Charlemagne commence de la manière suivante : « L’empereur Charlemagne tombe amoureux, en étant déjà âgé, d’une femme allemande. Les nobles de la Cour étaient très préoccupés car le souverain, pris d’une ardeur amoureuse qui le fit oublier la vraie dignité, commença à négliger les affaires de l’Empire. »

Il est très intéressant qu’Italo Calvino ait pris comme personnage principal un homme âgé et puissant. Apparemment, c’est l’antithèse de l’adolescent chez qui l’amour dépasse tout le reste. Sans être un problème en étant empereur, l’amour ferme en fait les yeux à tous les autres.

peinture de Charlemagne

Charlemagne

Pour cela, les nobles se préoccupent. Le pouvoir et l’amour ne sont pas deux réalités compatibles bien que parfois ils soient liés. Dans ce cas, l’amour s’impose sur le pouvoir, ce qui met en péril un Empire entier. C’est uniquement le début des faits surprenants qui vont se dérouler ensuite.

L’amour, une tromperie, un sortilège

Après être tombé amoureux aussi intensément, l’impensable se produit. La jeune femme meurt subitement. La légende de Charlemagne dit que l’amour n’est pas mort avec elle. L’empereur, aveugle de douleur, fit apporter le corps embaumé dans sa propre chambre. Et il ne voulait pas se séparer un instant du corps inerte.

Le conte continue en signalant cela « L’archevêque Turpin, effrayé par cette passion macabre, soupçonnait un enchantement et voulait examiner la dépouille. Caché sous la langue du cadavre, il trouva une bague avec une pierre précieuse ».

On découvrit alors qu’un tel amour cachait en réalité un sortilège. Finalement, Charlemagne n’était pas aussi amoureux de la jeune allemande. Ce qui s’était produit était davantage le résultat de la magie que d’un sentiment réel.

Italo Calvino commença à révéler ainsi la vraie nature de l’amour. Il y a quelque chose que l’être aimé porte mais qui ne fait pas partie de lui. L’amant tombe amoureux de ce que porte l’autre et non pas de l’autre. En terme psychiques, nous pourrions dire que l’amour est l’activation d’un élément magique ; non pas dans le sens poétique mais dans le sens littéral. En aimant, on cède aux règles de la logique et on commence à chatouiller l’impossible, avec l’illusion de le faire devenir réalité.

bague

L’amour : une bague avec une pierre précieuse

La fin de la légende de Charlemagne ne pouvait pas être plus surprenante et saisissante. Ce qui se passa après la découverte de la bague par l’archevêque fut cela : « Dès que l’anneau fut entre les mains de Turpin, Charlemagne s’empressa d’enterrer le cadavre et renversa son amour en la personne de l’archevêque. Pour échapper à cette situation embarrassante, Turpin jeta l’anneau dans le lac de Constance. Charlemagne tomba ensuite amoureux du lac de Constance et ne voulut plus jamais se séparer de sa bordure. « 

Dans cette dernière partie, la vraie nature de l’amour est révélée et on découvre qu’elle ne laissait pas place à la raison. Finalement, l’objet de son amour importe peu Charlemagne. Pour cela il tombe amoureux d’abord de l’archevêque puis ensuite d’un lac qu’il aimera pour toujours. Le secret de tout cela se trouvait dans la bague magique.

La bague est une figure dans laquelle il y a un bord, mais dans laquelle le centre ne comprend que du vide. C’est un cercle qui délimite le vide. Mais elle a une pierre précieuse, quelque chose qui brille, qui attire, qui éblouit. Finalement, c’est ainsi qu’est l’amour ou qu’il est caractérisé par certains. Une tentative de mise en place de limites au vide, à rien. Malgré cela, il a une existence réelle chez les personnes et il parvient à déterminer leur vie. L’amour passionné naît, se créé et meurt dans l’imagination.

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