Le syndrome d’exposition élevée : être détesté du fait de se démarquer

· 7 octobre 2018

L’une des grandes contradictions de l’être humain a trait à la difficulté d’apprécier honnêtement les vertus d’autrui, sans en être affecté. Il ne s’agit pas exactement d’envie. Ceci est lié avec ce que nous appelons le syndrome d’exposition élevée ou syndrome du grand coquelicot.

Le syndrome d’exposition élevée correspond au fait que les individus génèrent de la haine chez d’autres personnes lorsqu’ils se démarquent trop dans certains domaines. Cette haine n’est pas de l’envie en tant que telle. Elle est davantage liée au fait que le succès des autres rend plus visibles nos propres limitations.

« Il existe quelque chose de beaucoup plus rare, de plus fin que le talent. Il s’agit du talent de reconnaître les talents. »

-Elbert Hubbard-

Le syndrome d’exposition élevée est également appelé « syndrome du grand coquelicot ». Se nom résulte du fait que la logique qui prévaut est de couper les fleurs qui poussent davantage que les autres, de sorte que les autres ne souffrent pas de la comparaison.

La légende d’origine

Le thème du syndrome d’exposition élevée trouve ses premières références dans les livres d’Hérodote et dans les réflexions d’Aristote. Il apparaît également dans un récit de Livius sur le tyran « Tarquin le superbe ».

syndrome d'exposition élevée

Selon Hérodote, l’empereur envoya un messager pour demander conseil à Thrasybule sur la meilleure façon de garder le contrôle de l’empire. Le messager demanda mais Thrasybule se contenta de marcher parmi au milieu d’un champs de blé. Chaque fois qu’il rencontrait un épis plus grand que les autres, il le coupait et le jetait au sol. Et il ne prononça pas un seul mot.

Lorsque le messager revint voir l’empereur, il lui parla de l’attitude étrange du conseiller. L’empereur comprit. Le message signifiait qu’il devait éliminer tous ceux qui étaient au-dessus des autres. En finir avec les meilleurs afin que son pouvoir et sa suprématie ne soient jamais remis en question.

Le syndrome de l’exposition élevée dans le monde actuel

Il est clair que les tyrannies ne permettent pas l’émergence de personnalités supérieures. Il est très fréquent dans le monde politique de chercher à discréditer ceux qui contestent le statu quo ou l’establishment. Le syndrome d’exposition élevée ne se limite néanmoins pas aux affaires gouvernementales.

syndrome d'exposition élevée

Nous voyons au quotidien que nous sommes invités à nous démarquer des autres, mais que des limites très précises nous sont imposées en parallèle. L’idée est que nous adhérions à certains paramètres déterminés définissant la réussite. Par exemple, « l’employé du mois » n’est pas nécessairement celui qui a le plus progressé ou qui a amené des éléments pertinents. Il s’agit plutôt de celui qui a rempli les objectifs fixés.

Il n’existe aucun problème dans ce cas. La plante ayant davantage poussé ne sera pas coupée à la racine car elle aura adhéré à ce que souhaite le jardinier. En revanche, si quelqu’un devient très important pour des raisons autres que celles considérées comme valables, il est susceptible de libérer des soupçons et éventuellement d’être exclu.

Le syndrome d’exposition élevée opère à double sens

Le syndrome d’exposition élevée génère des conséquences sur deux dimensions. La première a trait à ce dont nous avons parlé précédemment. Il existe une tendance, presque naturelle, à ne pas permettre à quelqu’un de trop se démarquer. Cela génère en effet des insécurités. Ou cela crée un sentiment de menace chez les autres. Ceux qui se démarquent sont donc très souvent critiqués avec une sévérité excessive. Ils font en outre l’objet de trop d’exigences. Ils voient par ailleurs leur talent ou réalisations être minimisées.

La deuxième conséquence du syndrome d’exposition élevée est qu’il tend à enseigner aux individus à avoir peur de se démarquer. De sorte que nous apprenons  implicitement que se démarquer peut être dangereux. En quoi ? Cela peut générer le  rejet, la remise en question, la critique et même l’ostracisme.

De nombreuses personnes considèrent donc qu’il convient de ne jamais se démarquer. Faire « profil bas » devient la norme. Les individus se trouvent terrifiés lorsqu’ils doivent s’exposer. Ils finissent par être formatés pour ne pas défier ce qui est établi. Ceci est dommage car des compétences se perdent dans ce processus. De vrais talents sont mis de côté, de  nombreux succès sont abandonnés.