Le côté obscur de l'intelligence émotionnelle

29 mai, 2020
L'intelligence émotionnelle est un concept relativement moderne. Aussi étudiée que valorisée ces dernières années, nous voulons ici nous pencher sur son côté le plus obscur.

Le concept de l’intelligence émotionnelle a été inventé en 1990 par Salovey et Mayer. Il a été popularisé un peu plus tard par un livre de Daniel Goleman. Cette capacité a été reconnue, dans de nombreuses disciplines, comme une habileté cruciale pour réussir sur différents plans. Que ce soit sur le plan académique, professionnel ou personnel.

Le livre qu’a publié Goleman est devenu une référence pour la révolution. Ainsi, le concept d’intelligence émotionnelle s’est répandu dans le monde entier, dans des théories, des discussions, des études et des débats. En 2002, l’UNESCO l’a même incluse dans des programmes d’éducation pour 140 pays, en tant que pièce essentielle de l’apprentissage émotionnel.

Daniel Goleman et l'intelligence émotionnelle

 

Qu’est-ce que l’intelligence émotionnelle ?

Les premières définitions d’intelligence faisaient référence à des habiletés cognitives, en mettant les émotions de côté. Après cela, on a commencé à en débattre et des théories proposant l’idée d’intelligences multiples ont surgi. Ceci a permis de classifier l’intelligence selon différents types, comme l’intelligence mathématique, linguistique ou émotionnelle.

On a alors parlé de l’intelligence intrapersonnelle. Ce concept faisait référence à la capacité de connaître ses émotions et sentiments à travers une analyse de soi. Goleman a alors publié son livre et a donné le nom d’intelligence émotionnelle à cette idée.

Pour lui, elle est synonyme de capacité à se motiver soi-même, à persévérer face aux frustrations, à contrôler ses impulsions. Elle signifie aussi réguler son humeur et être capable de faire preuve d’empathie et de confiance vis-à-vis des autres.

Composants de l’intelligence émotionnelle

On a identifié, dans cette théorie, huit composants qui font référence à la définition antérieure :

  • La connaissance émotionnelle de soi : elle fait référence à la capacité d’identifier, de connaître et d’exprimer, de façon fiable et adéquate, ses propres sentiments et émotions, ainsi que leurs effets
  • Le contrôle émotionnel de soi : il s’agit de la capacité à contrôler ses propres impulsions
  • L’automotivation : c’est ce qui permet d’atteindre ses objectifs personnels, en gérant adéquatement ses émotions
  • L’empathie : on la définit comme la capacité à répondre de façon appropriée aux besoins exprimés par d’autres, ainsi que la capacité à partager ces sentiments
  • Les relations interpersonnelles : dans ce cas, il s’agit de la capacité à se lier efficacement aux autres, en les faisant se sentir bien et en générant des émotions positives

Cette théorie a eu un grand succès. On a commencé à la considérer comme quelque chose de basique et de complémentaire à l’intelligence traditionnelle. On a donc accepté l’idée que ces habiletés émotionnelles ont une influence sur les capacités adaptatives et cognitives des personnes.

Que sait-on ?

L’enthousiasme pour l’intelligence émotionnelle en tant que facteur prédisant une réussite a fait exploser les hypothèses, les modèles et les recherches dans ce domaine. Le plus curieux étant que le concept est devenu populaire avant même que nous en sachions beaucoup sur lui.

Nous avons appris, par exemple, que les personnes qui ont une plus grande intelligence émotionnelle affichent généralement une meilleure santé et une meilleure satisfaction vitale. Elles vont aussi plus loin dans leur profession et ont moins de problèmes interpersonnels.

Dans tout cet essor, on a commencé à analyser les leaders publics. On pensait en effet qu’ils devaient avoir une capacité spéciale pour reconnaître, comprendre et gérer les émotions des autres. Parmi eux, on a étudié l’un des leaders les plus influents du XXe siècle, Adolf Hitler.

Ceci a donné lieu à une ligne de recherche peu commentée : le côté négatif de l’intelligence émotionnelle.

Le côté obscur

Comme on le commentait précédemment, Adolf Hitler pouvait avoir présenté une intelligence émotionnelle élevée. Une arme supplémentaire qui lui aurait servi à diriger, avec les conséquences désastreuses que l’on connaît.

Ce serait l’un des plus grands exemples de la façon dont l’habileté à interpréter ses émotions et celles des autres n’est pas toujours utilisée à bon escient. Et c’est sur ce point que plusieurs chercheurs sociaux ont commencé à se pencher.

L’intelligence émotionnelle a été reliée au narcissisme. Un groupe de chercheurs autrichiens a étudié plus de 600 personnes, en découvrant que celles avec des notes plus élevées sur les échelles avaient tendance à « séduire » les autres pour satisfaire leurs propres intérêts, au-dessus de ceux des autres personnes.

Une autre étude du Michigan a souligné que le narcissisme est profondément lié à la capacité à reconnaître ses propres émotions, chose qui, même en étant essentielle au niveau de l’empathie, facilite la manipulation des autres.

Une étude de l’Université de Toronto a découvert qu’il est plus probable qu’une personne avec une intelligence émotionnelle élevée fasse honte aux autres dans le but d’obtenir sa propre reconnaissance. Par ailleurs, cette étude a révélé un fait curieux : ces mêmes personnes sont plus habiles pour reconnaître les émotions négatives que les émotions positives.

Dans cette même université, on a aussi pu voir, en évaluant des tendances machiavéliques, que ces travailleurs qui sabotaient leurs propres collègues présentaient de plus grands niveaux d’intelligence émotionnelle.

Les fils d'une marionnette

Conclusion

L’intelligence émotionnelle est une capacité qui permet de reconnaître et de réfléchir sur ses propres émotions, ainsi que celles des autres. Il s’agit donc d’une habileté très importante pour vivre avec un plus grand bien-être, en donnant aux émotions ce rôle important qu’elles jouent déjà. Cette faculté est cruciale pour atteindre ses objectifs car elle influe sur les autres capacités personnelles.

Malgré tout, il incombe à d’autres facteurs, probablement personnels, moraux et contextuels, de faire en sorte que cette grande habileté soit utilisée pour faire le bien, vis-à-vis de soi-même et des autres.

Être émotionnellement intelligent ne veut donc pas dire que l’on gère mieux ses émotions. Mais qu’il faut prendre en compte leurs différents composants et les gérer dans une bonne direction.