Le cerveau vous protège de vos souvenirs traumatiques

· 21 avril 2018

Le romancier américain Richard Matheson a laissé entendre que « naître implique le traumatisme de l’incompréhension ». Cet homme voudrait-il dire que le simple fait de naître correspondrait au premier de nos souvenirs traumatiques ?

Quoi qu’il en soit, vous, comme moi, ne nous souvenons pas du moment de notre venue au monde. Quelque chose de normal, à l’instar du fait de ne pas nous souvenir de nos premières années de vie. Cependant, il existe sûrement d’autres épisodes qui, du fait d’être traumatisants, n’apparaissent également pas comme accessibles dans notre mémoire. Nous parlerons de ces souvenirs traumatiques dans le cadre de cet article.

Expériences et souvenirs traumatiques

Les expériences vécues, surtout pendant l’enfance, influencent largement notre  développement. Dans le cas d’expériences négatives, l’impact peut être énorme. Nombre de ces expériences, une fois qu’elles deviennent des épisodes vécus et des souvenirs, peuvent rester dans notre esprit avec une haute intensité. Autrement dit, l’empreinte émotionnelle qu’elles laissent est très puissante.

Des épisodes d’abus émotionnel ou physique résultant de personnes proches, par exemple, laissent d’importantes séquelles psychologiques. Dans ce cas, le cerveau tend souvent à « se sentir coupable », et il semble qu’il s’agisse justement de ce mécanisme qui est également responsable de nous protéger des souvenirs les plus traumatisants.

« L’expérience est l’une des causes du succès ou de l’échec. Nous ne subissons pas l’impact de nos expériences, appelées traumatismes, mais nous les adaptons plutôt à nos objectifs. »


souvenirs traumatiques

Bloquant des souvenirs

La psychologue clinicienne Lidia García Asensi établit un curieux parallèle entre un cerveau et un ordinateur. Selon elle, notre cerveau agirait en traitant les informations sous la forme de dossiers, lesquels sont organisés et stockés. Cependant, si apparaît un souvenir dépassant sa capacité, il est sauvegardée sous forme d’expérience vécue dans un réseau de mémoire différent de l’habituel.

Que souhaite dire la psychologue à travers ce parallèle ? Que face à des souvenirs traumatiques que notre cerveau n’est pas en mesure ou refuse de traiter, parce qu’ils sont parvenus à nous modifier largement au niveau physiologique et émotionnel, ils sont isolés et séparés afin de ne pas générer des émotions trop intenses et difficiles à supporter.

En effet, nous savons que des expériences très dommageables et traumatiques sont capables d’altérer l’équilibre chimique du cerveau. Cela se produit lorsqu’un événement est difficile à gérer et que nous ne sommes pas en mesure de le comprendre, de sorte que son acceptation et son traitement est très complexe.

Ce blocage est-il positif ?

Nous pouvons considérer ce blocage du cerveau comme positif car il nous protège des traumatismes et des expériences compliquées. Cependant, nous devons souligner qu’il n’en est pas toujours ainsi, notamment à long terme, puisque « mettre de côté » ne signifie pas oublier complètement ni empêcher qu’une expérience nous influence. Nous parlons d’un événement réel non traité, autrement dit d’un épisode important auquel nous n’avons pas donné de sens et que nous n’avons pas intégré de manière positive et cohérente dans notre biographie personnelle.

En d’autres termes, il est possible qu’un « stimulus déclencheur » apparaisse par la suite, sous la forme d’une nouvelle situation ou d’une expérience, ce qui provoquera la réapparition de ce souvenir. Cela se produit de manière inconsciente, mais le moindre petit événement, aussi insignifiant qu’il puisse paraître, pourrait le réactiver et nous faire sentir tel que nous l’étions au moment du traumatisme.

Il est vrai que la plupart des souvenirs finissent par être oubliés. Cependant, ceux qui se réfèrent à des expériences trop intenses ne sont jamais oubliés, ils restent simplement isolés et non traités, endormis, anesthésiés. De sorte que, s’ils ne sont pas contextualisés et confrontés, s’ils viennent à réapparaître, les dommages peuvent s’avérer très importants dans la mesure où ils peuvent nous faire sentir à la fois très mal et terriblement désorientés.

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Avantages et inconvénients de la protection cérébrale contre les souvenirs traumatiques

Comme nous l’avons vu précédemment, cette protection automatique de notre cerveau peut nous aider ou nous porter préjudice. Elle possède ses avantages et ses inconvénients, bien qu’il sera toujours préférable de faire face à un événement traumatisant et de le surmonter. Cependant, ceci n’est évidemment possible que si nous nous en souvenons.

Par ailleurs, le cerveau nous libère de la souffrance que suppose ces souvenirs traumatiques. Ainsi, les conséquences désagréables seront en quelque sorte étouffées dans notre quotidien.

« Une fois que le traumatisme est sous contrôle, la peur est peu utile et diminue. »