L’art d’être lâche

· 11 août 2017

Connaissez-vous quelqu’un que vous définiriez comme étant un lâche ? Quelles sont les raisons qui vous pousseraient à le définir ainsi ? Cela peut-il se justifier par sa manière d’agir ? Dans le travail, en famille, dans le groupe d’ami-e-s… nous sommes tou-te-s proches de quelqu’un susceptible de porter l’étiquette de lâche. La lâcheté est une des caractéristiques essentielles de l’être humain. Elle est très partagée, étiquetée entre autres, mais très peu reconnue. Cependant, et cela peut paraître surprenant, dans certains cas elle représente pour nous une stratégie d’adaptation.

Nous avons tou-e-s, à de nombreuses reprises, jeté un regard en arrière en étant confronté-e-s à un doute : savoir quel aurait été le résultat si nous avions agi d’une manière différente à un moment donné. Et, en l’analysant, nous voyons que la lâcheté se cache derrière nombreux de nos « Et si… ». La lâcheté va de pair avec la peur et le conformisme, ils sont inséparables. S’il n’y a pas de peur derrière, cela n’est pas de la lâcheté ; peut-être du confort ou de la paresse, mais pas de la lâcheté. Il est possible d’être lâche dans différentes dimensions de cette attitude, au niveau émotionnel, comportemental, mais aussi au niveau de la pensée.

« Les lâches sont ceux qui se cachent sous les normes »

-Jean Paul Sartre-

Comment est-on considéré comme un lâche ?

La lâcheté peut être manifestée de différentes manières. La plus évidente se cache dans les comportements. Au-delà de ce que nous pouvons sentir ou penser, certains moments requièrent la réalisation d’actes que nous n’effectuons pas. C’est un reflet de « non réaction » par paralysie, par insécurité… nous pouvons donner mille justifications. Celle-ci est la forme la plus connue et visible de lâcheté. Nous pouvons retrouver chez les autres ou chez nous-mêmes de nombreux moments au cours desquels nous n’avons pas dit « je t’aime », « laisse-moi tranquille », « non, c’est ton travail, débrouille toi » …

Combien de fois avons-nous rejeté des pensées de notre tête pour ne pas y être confronté-e-s ? Nous pouvons également être lâches par la pensée. Il se peut qu’une idée existe, une situation ou encore un souvenir qui nous dérange ou nous fait peur et nous ne lui accordons pas de temps. Parfois, on ne l’envisage pas, même en sachant qu’il peut nous créer la « boule » au ventre ou nous mener à avoir du mal à respirer. Lorsque l’on nous propose d’en parler, nous esquivons le sujet ou bien nous montrons un désintérêt forcé.

« Un lâche est une personne chez laquelle l’instinct de conservation fonctionne encore avec normalité. »

-Ambrose Bierce-

Pour finir, nous pouvons mentionner le/la lâche émotionnel-le. Ne pas ressentir pour ne pas souffrir. Fuir les émotions est la solution pour de nombreuses personnes. Elles associent une émotion à une complication. Ces personnes qui se laissent aller ne comprennent pas, mais derrière ce qu’elles fuient des sensations de peur, de tristesse, de tendresse, de colère ont leurs raisons. Ces dernières peuvent être en relation avec des difficultés de reconnaissance, d’expression ou d’empathie pendant l’enfance ou l’adolescence, de mauvaises expériences d’adultes, et également de la peur de perdre le contrôle de ses envies.

Pourquoi nous comportons-nous ainsi ?

Le sentiment en relation avec la lâcheté est celui de l’incompréhension, de déception mais également de rage, que l’on soit le/la lâche ou que cela soit une autre personne que nous connaissons. Pourquoi se comportent-iels ainsi ? Pourquoi je me comporte ainsi ? De la même manière pour les courageux-ses que pour les lâches, il existe une même réponse. Un modulateur fondamental de notre courage est en relation avec le nombre et la qualité des outils et de l’entraînement personnel dont nous disposons.

« Il est évident qu’il n’existe que deux classes de lâches : ceux qui fuient vers l’arrière et ceux qui fuient vers l’avant. »

-Ernesto Mallo-

La peur est une émotion partagée par tou-te-s, en revanche la lâcheté est une attitude : le positionnement que nous adoptons face à cette peur. De plus, il est possible de réagir avec la peur. C’est quelque chose de logique et d’humain. Les outils que nous avons appris à utiliser pour contrôler nos émotions, pour répondre d’une manière équilibrée, ou pour mettre en action des stratégies de réflexion supposées répondre à des problèmes, en générant des alternatives, guideront notre comportement dans un sens ou dans l’autre.

A partir de là, la lâcheté est un élément avec lequel nous devons combattre. Avec nous-même ou avec d’autres personnes, nous réagirions bien si nous faisions appel à l’empathie, en essayant de comprendre (et pas nécessairement de soutenir) les raisons ayant poussé à la lâcheté. S’il existe de la peur, elle développe des outils pour apprendre, écoute les autres, réfléchit, partage les peurs et entraîne.

Dans le travail, dans les relations personnelles ou même dans certaines activités qui vous font peur… luttez contre la lâcheté. En partant du principe que rien n’est tout blanc ou tout noir, « tout ou rien » est une exception et non pas une règle. Il existe des niveaux pour évoluer petit à petit et laisser derrière cette sensation de penser, agir ou ressentir remplie de lâcheté.