Pourquoi l’amour ne dure-t-il plus autant qu’avant ?

· 21 février 2017

Mes grands-parents, pour faire une blague et avec une certaine tristesse, me disent souvent que l’amour d’aujourd’hui a des difficultés à survivre. Les services à domicile triomphent, l’instantané gagne du terrain. Les engagements gorgés d’incertitude et qui prennent du temps provoquent des peurs paniques, et il semblerait que nous n’avons plus besoin de beaucoup de temps pour « renverser » complètement une situation : nous avons écrasé et évincé rapidement beaucoup de destins, de personnes, que nous n’avons, en réalité, pas pris le temps de découvrir.

De fait, les couples relativement jeunes qui passent des années ensemble sont une espèce en voie d’extinction. Les plus jeunes disent qu’avant de trouver l’amour éternel, il faut avoir vécu l’amour éphémère. Ce que les jeunes ne savent pas, c’est qu’au fur et à mesure que nous vieillissons, nous accumulons des manies et nous corsons davantage la tâche de Cupidon.

Au fur et à mesure que nous vieillissons, nous ne gagnons pas seulement des rides, nous gagnons aussi des limites et nous perdons patience. Peut-être que nous gagnons en patience dans le cas de l’amour inconditionnel, comme celui envers notre famille, mais nous perdons patience face aux amours qui n’existent pas encore et qui tarderont à survenir. Car toute confiance a besoin d’espace et de tendresse.

« L’amour, c’est l’espace et le temps rendus sensibles au cœur.« 

-Marcel Proust-

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Des cernes si peu séduisantes

Sauf exceptions, si un-e jeune souhaite vivre en dehors du domicile familial et assumer les frais que ce type d’indépendance demande, les statistiques disent qu’iel doit travailler énormément. Sauf dans les emplois particuliers, le prix à l’heure est faible, les loyers élevés, l’électricité et le chauffage, un luxe et les vacances… Les vacances ?

Ainsi, les inquiétudes grandissent, les heures de sommeil manquent et le temps que nous avons pour les relations est dépensé dans des messages à voix haute et des lettres transmises par téléphone. Cela peut fonctionner pendant un moment, celui que dure l’inertie du début, jusqu’à ce que les deux personnes s’en aillent, comme le feraient deux inconnus. Avec la même attitude, le même détachement.

Nous vivons plus longtemps, mais nous sommes attiré-e-s pendant moins de temps. Nous comptons sur le botox, mais nous ne trouvons jamais la joie. Celle qui procure des sourires et qui alimente la générosité. Nous donnons une fausse image sur les réseaux sociaux et nous coexistons avec celleux qui nous ressemblent. Car si nous sommes sincères, nous devons reconnaître que lorsque nous prenons une photo de nous, nous prenons un certain air, qui, déjà, est trompeur.

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Aimer en ces temps difficiles

Ainsi, l’amour doit réaliser un exercice de survie car il n’est pas étranger à ce rythme de vie que notre entourage nous impose. Il souffre des nouveaux moyens de communication car un « je t’aime avec émoticône » ne sera jamais la même chose qu’un « je t’aime avec des mots, un joli bouquet de fleurs et un regard. » Une promenade dans le parc avec des fruits secs et des rêves ne sera jamais la même chose qu’un dîner via Skype à prier qu’Internet ne fasse pas défaut.

Si les moyens avec lesquels nous prenons soin de l’amour sont bien pires qu’avant, il est normal qu’il soit aujourd’hui plus fragile, qu’il supporte moins de choses et qu’il soit plus malmené.

Nous nous rendons avant car nous présupposons que l’autre peut aussi le faire. Nous faisons nos valises avant de couper la relation car nous n’avons pas assez de ressources pour les déposer dans une promesse improbable. Nous sommes conscient-e-s, plus que jamais, de la mortalité de l’amour et des conséquences de son échec.

Nous ne nous donnons pas l’opportunité de l’essayer car nous ne pouvons pas permettre à notre routine de défaillir un jour où tout s’écroulerait. Ce qui nous affecte tant, alors que si peu de choses nous affectent, n’est pas permis.

La réalité est déjà trop instable pour faire confiance au fait qu’un inconnu attirant puisse avoir des grains de beauté sur son corps, dont nous nous rappellerons un jour.

Aimer est donc compliqué aujourd’hui. Les obstacles sont bien plus grands qu’avant, même si les amants n’avaient pas le droit de voir se seul-e-s à seul-e-s ou même si les caresses en public étaient sources de censure. Ainsi, nous avons tué un monstre pour en créer un autre plus puissant et qui fait encore plus peur. Peut-être que nous avons évolué sous certains aspects, mais il est évident que les temps actuels sont des temps troubles pour l’amour.