L’amertume des larmes non versées

4 novembre 2019
Les larmes qui n'ont pas été versées font mal parce qu'elles s'accumulent en nous sous forme d'inconfort. L'impuissance et le découragement s'emparent alors de nous. Pourquoi ne pleurons-nous pas ?

Parfois, une angoisse profonde nous envahit. Un nœud se forme dans notre gorge et notre esprit semble séquestré dans une impasse. La tristesse fait son arrivée, tandis que l’impuissance nous piège. On ne peut rien faire, peu importe nos efforts. Même les larmes n’ont pas le courage de regarder à travers nos yeux. Elles ne peuvent rouler le long de nos joues et nous aider à nous sentir mieux. Que se passe-t-il ? Pourquoi ne pleure-t-on pas ? Apprenez-en davantage ici avec nous sur l’amertume des larmes non versées.

Il y a beaucoup de gens qui, après avoir souffert d’une situation négative de grand impact, sont incapables de soulager leur douleur. Ils ont été tellement émus par ce qui s’est passé qu’ils ont été en quelque sorte bloqués. Enfermés dans une souffrance qui leur enlève toute possibilité d’exprimer leurs sentiments.

C’est un sentiment amer. Ils veulent pleurer et ils ne le peuvent pas. Ils veulent même mettre des mots sur ce qui les envahit, mais ils en sont incapables. Le problème, c’est que l’inconfort devient de plus en plus grand, comme si, peu à peu, les larmes non versées les noyaient de l’intérieur. Allons plus loin.

« J’ai failli mourir des larmes que je n’avais pas versées. »

Le chevalier à l’armure rouillée, Robert Fisher-

Une femme triste à cause de larmes non versées

Pourquoi ne puis-je pas pleurer ?

L’impossibilité de pleurer peut s’associer à diverses causes : de la maladie aux blocages émotionnels, d’où l’importance d’éliminer d’abord toute cause au niveau physiologique.

Par exemple, le syndrome de Sjögren est une maladie auto-immune qui se distingue par la destruction des glandes qui produisent les larmes et la salive, mais qui peut aussi endommager d’autres parties du corps. Cela provoque des symptômes tels que la sécheresse oculaire et buccale. Pour cette raison, il est important de consulter un médecin, plutôt que de supposer que ce qui s’est passé est dû à des problèmes psychologiques, comme la dépression.

Causes psychologiques des larmes non versées

Une fois les causes physiologiques écartées, il est temps de naviguer dans l’univers psychologique de la personne afin de savoir ce qui se passe. Dans ce cas, il est important de garder à l’esprit que toutes les personnes ne gèrent pas les problèmes de la même manière. Chaque personne a sa propre façon d’affronter la réalité, son propre temps de réaction et son propre ensemble de stratégies. Par conséquent, il y aura ceux qui sont capables de libérer leurs émotions facilement, ceux qui ont besoin de plus de temps pour traiter ce qui s’est passé et ceux qui, pour une raison quelconque, sont bloqués en raison du fort impact reçu.

Ainsi, lorsque le problème a une origine psychologique, il est généralement lié à une mauvaise gestion des émotions. Cela peut être quelque peu ponctuel, mais peut aussi mener à la dépression et à d’autres facteurs. Même si l’impossibilité de pleurer est vécue au cours d’un processus de deuil et que celui-ci se prolonge dans le temps, il peut indiquer la présence d’un deuil pathologique.

Cependant, il est important de garder à l’esprit ce que signifie pleurer pour la personne, parce qu’il y a parfois la croyance que c’est quelque chose de négatif ou de faible par l’éducation reçue. Par conséquent, beaucoup de gens ont tendance à réprimer leurs larmes de peur qu’on les considère comme fragiles ou vulnérables, jusqu’à ce que cela devienne un automatisme. Ou encore, elles peuvent même avoir peur d’entrer en contact avec eux-mêmes. Le problème est que cela n’est pas favorable à leur santé et facilite parfois l’accumulation de la colère, de la rage et de l’agressivité, voire la somatisation.

« Les larmes versées sont amères, mais plus amères encore sont celles qui ne sont pas versées. »

-Proverbe irlandais-

La libération émotionnelle des larmes

William Frey, médecin au Centre Médical Saint Paul Ramsay, dit que les larmes sont aussi nécessaires que les sourires. Bien qu’elles n’aient pas le pouvoir de résoudre ce qui nous arrive, elles atténuent les tensions, soulagent la tristesse et permettent à la personne d’apprendre à connaître les autres et à communiquer avec eux.

Les larmes font partie de nous, elles sont un mécanisme de défense et de soulagement, c’est-à-dire un moyen de libérer la tension accumulée, quelle que soit la situation. Il est donc important de se permettre de les exprimer. Lauren Bylsman, chercheuse à l’Université de Pittsburgh, dit que les pleurs aident le corps à retrouver son état d’homéostasie, c’est-à-dire à retrouver son équilibre après avoir été perturbé.

Les pleurs libèrent de l’adrénaline et de la noradrénaline, des hormones qui sont sécrétées dans des situations stressantes et potentiellement dangereuses. Cela produit une sensation de tranquillité et de soulagement dans le corps, de sorte que ce dernier se détend.

Un larme qui coule d'un oeil

Selon une étude du biochimiste William H. Frey, les larmes versées dans une situation négative ou dramatique libèrent des endorphines. Mais aussi de la prolactine, du chlorure de potassium et du magnésium ainsi que de l’adénocorticotrophine et de la leucine-encéphaline. Ceci soulage notre inconfort physique et émotionnel dû à la sensation produite par cette explosion émotionnelle.

Techniques de soulagement émotionnel

Refuser de pleurer ou être incapable de pleurer entraîne une accumulation d’inconfort. C’est comme être à la dérive dans un océan de souffrance, sans sauveteurs ni terre en vue. Cependant, il y a quelques stratégies qui peuvent nous aider à relâcher la tension accumulée et éventuellement commencer à exprimer nos premières larmes :

  • Vide mental : c’est une technique pour descendre dans nos profondeurs. La première étape consiste à se demander ce qui nous attriste ou nous empêche de nous sentir bien. Une fois ces problèmes identifiés, nous essaierons de nous répondre à la première personne : « je sens… », « ça me fait mal… » et ensuite, nous réfléchirons à comment agir dans le futur et ce que nous pourrions faire pour atteindre la tranquillité dont nous avons tant besoin
  • Écriture thérapeutique : l’écriture est une façon d’enlever ce que nous ressentons. Il s’agit alors de libérer nos sentiments et de démêler l’écheveau intérieur qui nous paralyse tant. Cet exercice consiste à écrire sur nos sentiments sans penser à ce qu’ils restent. L’important, c’est de le faire naturellement
  • Révision des croyances : il est important de s’enquérir de notre conception des pleurs. Nous pourrions peut-être découvrir certaines restrictions ou mythes qui, si nous les bannissons, nous permettront de pleurer. Des pensées telles que « pleurer est pour les faibles », « les hommes ne pleurent pas » ou « pleurer ne résoudra rien » en sont un exemple
  • Parler à une personne de confiance : le recours à la personne qui nous écoute, qui nous accueille et nous soutient peut être une option pour se sentir compris et pour libérer ce que nous ressentons. Cependant, tout le monde n’en est pas capable. Il faut trouver une personne qui transmette de la confiance, de la sécurité et du calme

Comme nous le voyons, pleurer est un acte libérateur et sain. Ce comportement est capable de transformer la tension vécue en une expression de notre monde intérieur. Il nous aide à libérer la pression intérieure dont nous sommes parfois prisonniers. C’est-à-dire qu’il facilite la libération émotionnelle et nous détend. De cette façon, nous commencerons à nous sentir plus en sécurité et nous pourrons voir ce qui s’est passé sous un autre angle.

Les larmes communiquent aussi ; en fait, elles sont perçues comme un appel à l’empathie et au soutien des autres. Elles apparaissent lorsque les mots ne parviennent pas à décrire ce qui déborde l’âme. Lorsque nous sommes incapables de décrire ce que nous ressentons à cause de l’intensité de nos émotions.

Pleurer n’est pas un signe de faiblesse, mais de courage. Le courage de communiquer la profondeur de nos sentiments, de ce que nous ressentons. Comme l’écrivain américain Washington Irving l’a dit : « Il y a du sacré dans les larmes. Ce ne sont pas des signes de faiblesse, mais de force. Ce sont les messagers de l’incommensurable chagrin, et de l’indicible amour« .

« Les larmes sont le sang de l’âme. »

-Saint-Augustin-