La vulnérabilité est aussi une qualité psychologique

3 septembre 2019
S'autoriser à être vulnérable est un acte de courage. En fin de compte, les personnes fortes ne sont pas celles qui portent mieux le masque du bonheur absolu. Fort est celui qui s'autorise à montrer ce qu'il ressent tout en assumant ses erreurs et ses blessures.

La vulnérabilité, au-delà de ce qu’on a voulu nous faire croire, c’est une qualité psychologique, une des nombreuses facettes de notre réalité en tant qu’êtres humains et qui, en tant que telle, mérite d’être acceptée. La vulnérabilité n’est pas seulement une caractéristique de plus de notre univers émotionnel ; c’est une qualité qui permet une connexion à la fois plus intime et authentique avec tout ce qui nous entoure.

Il faut faire preuve d’une grande force pour s’autoriser à être vulnérable. Dans un monde où priment l’assurance, l’efficacité et la force, celui qui ose, à un moment donné de sa vie, laisser de côté sa carapace et cette illusion de perfection fait, sans aucun doute, preuve de courage.

Nous avons jugé nécessaire de rappeler que la vulnérabilité n’est en aucun cas un acte de faiblesse ou un échec. En substance, il s’agit d’une caractéristique de la nature humaine qui nous permet d’être plus sensibles à nos besoins et ainsi de pouvoir faire preuve d’empathie face à la douleur et aux réalités émotionnelles d’autrui.

Le pouvoir de la vulnérabilité : nous ne sommes pas des super-héros, nous sommes des personnes

Une plume dans une main

Mario Benedetti disait que la perfection n’est qu’une collection d’erreurs polies. Néanmoins, admettons-le, cela nous est extrêmement difficile, à nous les êtres humains, d’accepter nos erreurs, les échecs et ces changements de direction que la vie nous impose. D’une certaine façon, la société nous a habitué à naviguer dans l’univers irréprochable des apparences et à porter des masques qui nous permettent de feindre la bonne humeur lorsque, à l’intérieur, nous sommes envahis de peurs, de tristesses et d’anxiété.

Culturellement, la vulnérabilité émotionnelle et la vulnérabilité physique ont toujours généré un certain mépris, voire même un sentiment de honte. Quelqu’un qui, à un moment donné, décide de s’éloigner du moule où doivent régner perfection et force, quelqu’un qui admet que le doute et l’erreur font partie de la vie, peut être amené à se sentir mal avec lui-même, car il ne renvoie pas ce que la société espère de lui.

Pourtant, il est curieux de constater que, dans le monde de la littérature, en poésie ou dans la philosophie existentielle, certains auteurs comme Martin Heidegger considèrent la vulnérabilité comme étant nécessaire et constructive. Dans son ouvrage World, Affectivity, Trauma: Heidegger and Post-Cartesian Psychoanalysis, Robert D. Stolorow nous rappelle que cette dimension est une zone de plus de notre existence. Après tout, nous sommes tous sensibles et mortels.

 

L’équilibre entre la vulnérabilité et la force

Il est merveilleux, par exemple, de montrer nos capacités et nos facilités pour réaliser certaines activités ou accomplir certains défis : il est merveilleux d’assumer que nous sommes bons dans un domaine. Tout comme il est merveilleux d’admettre que nous ne sommes pas bons dans un autre domaine, car c’est la réalité.

Il faut assumer ses erreurs, ne pas cacher sa douleur, sa frustration ou sa tristesse lors de certaines circonstances qui nous dépassent. Exprimer à voix haute que nous ne nous sentons pas bien, que nous traversons une mauvaise passe et que nous avons besoin du temps nous fait du bien. Il n’y a rien de mal à cela, et cela ne fait pas de nous des êtres faibles : la force cohabite avec la fragilité.

La dureté, elle, n’est pas une qualité psychologique

La personnalité basée sur la dureté, à savoir une attitude dure et en apparence infaillible, n’atteint aucun sommet dans la vie. Du moins aucun sommet qui importe réellement, à savoir le bien-être, le respect et la cohabitation.

Plus encore, la dureté n’est plus recommandée dans le monde du travail. À l’heure actuelle, on ne recherche plus des personnes dures mais des personnes sensibles pouvant faire preuve d’empathie afin de créer des environnements de travail agréables. De plus en plus nombreuses sont les personnes qui cherchent à humaniser les contextes professionnels et à conclure de meilleurs accords.

 

La perfection, c’est être capable de reconnaître que nous sommes vulnérables

Une femme triste touchée par la vulnérabilité

Brené Brown, professeure et chercheuse à l’université de Houston, nous dit que la vulnérabilité est le lieu de naissance de l’amour, de l’appartenance, de la joie, du courage, de l’empathie et de la créativité. Pourquoi avons-nous alors tendance à penser que lorsque nous faisons preuve de vulnérabilité nous sommes imparfaits ?

Ce qui est regrettable c’est de ne pas s’autoriser à être vulnérable. De ne pas oser s’ouvrir à quelqu’un pour partager ses émotions, pour ressentir sa douleur ou bien son bonheur. D’être obsédé par l’idée de concurrence absolue, de dureté, d’inflexibilité. De ne pas assumer ses erreurs. Ces dynamiques mettent, elles, en évidence une imperfection, en plus du manque de bonheur en soi.

Courageux est celui capable de montrer sa part lumineuse et sa part sombre, ses forces et ses faiblesses. Celui capable de tomber lorsqu’il n’en peut plus, mais aussi de se relever lorsqu’il est prêt et que c’est le moment. La vulnérabilité nous rend humains, nous dote de perfection, car cela veut dire que nous sommes capables de nous accepter tel que nous sommes, tout comme nous acceptons les autres avec toute leur richesse intérieure. Rien ne peut être aussi réconfortant que cela.

 

  • Brown, Brene (2012). Daring Greatly: How the Courage to be Vulnerable Transforms the Way We Live, Love, Parent, and Lead.  Gotham Books.
  • Stolorow, RD (2011). Mundo, afectividad, trauma: Heidegger y psicoanálisis post-cartesiano . Nueva York: Routledge