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La fascinante histoire du DSM

Pour beaucoup, l'histoire du DSM est l'histoire d'un échec. Malgré cela, dans beaucoup d'endroits du monde, ce manuel constitue encore le principal outil pour formuler des diagnostics de troubles mentaux.

Dernière mise à jour : 17 août, 2021

L’histoire du DSM – Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux – révèle comment une partie de l’humanité a conçu l’esprit humain. Même s’il constitue encore le principal outil de diagnostic dans de nombreux pays, il n’a pas été exempt de polémiques et de remises en question au fil du temps.

L’une des premières critiques vis-à-vis de cet ouvrage, qui est considéré comme la Bible de la psychiatrie, est que, malgré son nom, il ne contient pas de statistiques. On s’interroge aussi sur la méthode à travers laquelle il établit la classification des troubles mentaux. Par ailleurs, la propre histoire du DSM se compose d’épisodes qui ne vont pas avec son caractère scientifique.

Bien souvent, les troubles décrits dans ce manuel s’emploient davantage pour étiqueter les personnes que comme un principe de traitement. De ce point de vue, ce dernier est presque exclusivement pharmacologique, ce qui entraîne aussi des critiques. Voyons plus en détail la fascinante histoire du DSM.

« Est-ce le point de départ d’une nouvelle chose ou imposera-t-on la guérison par des « cachets magiques » ? La psychiatrie va-t-elle être refondée ? Sur quelles bases ?  Cela promet un futur intéressant. »

– Alejandro García –

L’histoire du DSM : les origines

Le premier manuel des troubles mentaux aux Etats-Unis remonte à 1917. Il a été conçu par l’Association Américaine Médico-Psychologique, organisation qui est ensuite devenue l’Association Américaine de Psychiatrie (APA). Néanmoins, la première version du DSM n’a pas été publiée avant 1952 : le DSM-I.

L’un des aspects problématiques dans l’histoire du DSM est qu’il est apparu à un moment où il y avait un grand intérêt pour la « pacification » des sociétés, après l’atroce Seconde Guerre mondiale. Un grand nombre de psychiatres militaires ont été appelés pour écrire le manuel.

Dès le début, on a remis en question l’idée de classifier de façon si catégorique les troubles mentaux. Ces critiques provenaient surtout de la psychologie et de la psychanalyse, qui avaient toutes deux une vision plus holistique. Au début, seuls quelques troubles étaient classés. Tous ces questionnements ont ensuite conduit à une seconde version qui incluait 36 pathologies.

Le point d’inflexion

Il y a un point d’inflexion dans l’histoire du DSM. Il s’est produit quand David Rosenhan a réalisé la célèbre expérience de Rosenhan, qui prouvait que les critères de diagnostic étaient profondément inexacts et risqués. La psychiatrie était donc remise en doute.

Face à cela, le psychiatre Robert Spitzer a lancé une offensive pour éviter tout questionnement. Le résultat n’a été autre que le DSM-III.

L’idée était de faire un manuel qui se passe de toute subjectivité. Jusqu’à la troisième version, les possibles causes des troubles et certaines notes sur le traitement étaient inclues ; la troisième version a supprimé tout cela. Il s’agissait de faire une liste des troubles et de leur attribuer l’ensemble des symptômes qui les caractérisaient.

Qui a réalisé ce travail ? Un groupe de psychiatres des Etats-Unis. Comment ont-ils défini chaque trouble et ses caractéristiques ? À travers une méthode très « démocratique » : le vote. Si la majorité gagnait, on incluait le trouble. Autrement, on l’excluait. Au sein de ce groupe, n’étaient admis que des psychiatres de l’école organiciste.

Le but était que le Manuel puisse être utilisé de manière universelle : dans toutes les cultures et pour tous les individus. À la fin, ils ont abouti à une liste de 265 entités cliniques.

La seule qui n’avait pas été approuvée était celle du « syndrome de l’enfant atypique », auquel le créateur avait donné la définition d’« enfant avec des symptômes indéfinissables, mais atypiques ».

Le DSM dans l’actualité

En 1994, l’élaboration de la quatrième version du manuel a été entreprise. Comme toujours, il était question d’apporter une plus grande précision aux concepts, en employant un langage à la fois plus technique et moins ambigu. À la fin, 404 entités cliniques ont fini par entrer dans ce manuel.

La cinquième version, apparue en 2013, a été la plus controversée de toute l’histoire du DSM. Elle a reçu des critiques de tous les fronts. Les auteurs avaient dépensé une énorme quantité d’argent, ont travaillé dessus pendant dix ans et le résultat a été très décevant. Ils l’ont d’ailleurs eux-mêmes admis.

Cette version inclut des entités cliniques aussi contestables que le « syndrome de risque de psychose », ainsi que certains indices indiquant que, dans le futur, quelqu’un pourrait devenir psychotique. Les experts estiment que cela pourrait générer jusqu’à 75 % de faux positifs.

Ce n’est pas pour rien que l’Organisation mondiale de la santé ne recommande pas l’utilisation de cet instrument, mais celle du CIE-10 (Classification Internationale des Maladies), qui est aussi sujet à débats. Et ce n’est pas non plus pour rien que l’Institut National de Santé Mentale des Etats-Unis (NIH) a décidé d’abandonner cette classification. Il est possible que le dernier chapitre de l’histoire du DSM ait été entamé.

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  • Georgiopoulos, A. M., & Donovan, A. L. DSM-5: un sistema de diagnóstico psiquiátrico.