L'échelle d'inférence : ne vous faites pas de films !

17 janvier, 2021
Il n'y a pas de pire désastre que celui du film que nous nous faisons dans notre esprit. Pourquoi sommes-nous parfois les réalisateurs les plus cruels et les plus pessimistes du film imaginaire de notre avenir ? Découvrez ici une théorie intéressante qui nous explique ce phénomène.

Cela nous arrive à tous à de nombreuses occasions : nous réalisons de vrais films mentaux dignes d’un Oscar. Penser à un futur catastrophique, imaginer certains drames… Toutes ces déductions, sans fondement et parfois dénuées de sens, sont abordées dans une théorie intéressante : l’échelle d’inférence de Chris Argyris.

Chris Argyris était un psychologue, un économiste et professeur à Harvard. Il a travaillé sur  la théorie du comportement humain dans les organisations. C’est une référence pour nous aider à comprendre les processus de connexion entre les personnes, la façon dont nous prenons les décisions et comment les différents contextes sociaux nous impactent.

L’une des contributions les plus intéressantes du Dr Agyris est sa théorie de l’inférence. Autrement dit, la façon dont nous donnons un sens aux choses dans notre esprit et comment elles nous influencent vers l’action.

Parce que, avouons-le, nous faisons parfois des interprétations complètement erronées. Ces interprétations non seulement alimentent notre inconfort, mais elles nous font également prendre de mauvaises décisions.

Les films mentaux, comme imaginer que notre partenaire nous ment, que certains collègues nous détestent ou que nous allons échouer à cet examen parce que le professeur ne nous aime pas, limitent notre qualité de vie. Or, ces inférences n’ont pas toujours de fondement ni même de sens.

Nous entrons alors dans un cycle de souffrance authentique en donnant de la valeur à des idées qui ne sont pas fondées sur des faits objectifs. Plongeons un peu plus profondément dans ce concept.

Films mentaux et échelle d'inférnece.

L’échelle d’inférence, qu’est-ce que c’est ?

Inférer, tirer nos propres conclusions et créer des films mentaux est typique de l’être humain. Certains fournissent tellement d’efforts qu’ils créent d’authentiques blockbusters cinématographiques.

On le fait, par exemple, quand on voit la voisine sortir de chez elle en pleurant et qu’on pense qu’elle vient de se disputer avec son partenaire. Ou encore quand notre patron se dispute avec quelqu’un au bureau et qu’on se dit ensuite que l’entreprise va mal et qu’il va falloir aller chercher un autre travail. Les raisons qui nous poussent à créer des films mentaux sont les suivantes :

  • Le cerveau n’aime pas l’incertitude : il n’aime pas ne pas savoir. Pour résoudre cela, il utilise un mélange d’observations objectives, une bonne dose d’imagination et des inférences qui ne sont pas tout à fait logiques.
  • Il convient également de noter que le monde tourne de plus en plus vite. Nous recevons beaucoup de stimuli, d’informations, nous sommes sous pression et nous devons tirer des conclusions rapides pour agir. Et c’est là que réside l’un de nos plus gros problèmes. L’esprit est de plus en plus accéléré et moins réfléchi.

Tout cela nous conduit à tomber dans de graves malentendus, à faire de fausses attributions sur des personnes et des situations. Une façon d’acquérir une plus grande prise de conscience et un meilleur contrôle sur notre façon de parvenir à certaines conclusions est d’apprendre des approches théoriques, telles que l’échelle d’inférence de Chris Argyiris.

Cette approche théorique nous permet de comprendre un peu mieux comment notre cerveau fonctionne lors de la prise de certaines décisions. Approfondissons.

Que nous dit l’échelle d’inférence ?

Cette théorie a été présentée par Chris Argyris et Peter Senge dans leur ouvrage intitulé The Fifth Discipline: The Art and Practice of the Learning Organization. L’approche était orientée vers le contexte des organisations. Ils ont cherché à comprendre pourquoi des décisions incorrectes, voire farfelues, sont parfois prises sur le lieu de travail.

Pour cela, les auteurs ont eu recours à la métaphore d’une échelle pour décrire le processus par lequel les gens parviennent à certaines conclusions. Les étapes décrites sont les suivantes :

  • Nous observons ce qui nous entoure.
  • Nous sélectionnons certaines données ou informations sur ce que nous voyons.
  • Ensuite, nous leur donnons des significations.
  • Nous construisons des hypothèses.
  • Nous tirons des conclusions basées sur nos croyances.
  • Puis nous générons un type d’actions en fonction de ces idées finales.

En regardant cette succession d’étapes, un élément semble médiatiser tout ce processus : nos croyances. Ce sont elles qui nous font sélectionner un type d’information et pas un autre. Ce sont elles qui filtrent notre réalité et qui nous font parfois passer de l’observation à la conclusion en une milliseconde.

Comment ne pas se “faire des films” qui ne ressemblent en rien à la réalité

Nous savons que le cerveau ne tolère pas l’incertitude et a donc tendance à tirer des conclusions trop rapides et erronées. Penser de cette façon nous cause du tort. Nous pouvons prendre des décisions qui nous nuisent à long terme, et nous pouvons également créer des conflits avec d’autres personnes.

L’échelle d’inférence de Chris Argys nous propose également des stratégies pour agir en faisant preuve d’objectivité et de réflexion. Découvrez ci-près ces clés.

Les 6 étapes pour prendre de meilleures décisions

L’échelle de la théorie des inférences exige une certaine responsabilité et un effort mental de notre part. Il est question de ne pas assumer certaines idées et d’élargir un peu notre regard pour ne pas rester à la surface des choses. Voici les six étapes à franchir :

  1. Regardez tous les faits de manière objective sans prendre en compte vos croyances. Ne faites pas de suppositions.
  2. Ne supprimez aucune donnée. Parfois, nous supprimons certaines informations parce qu’elles ne correspondent pas à notre vision particulière des choses. Restons objectifs.
  3. Ne cherchez pas à tout prix un sens. Soyez critique envers vous-même.
  4. Lorsque nous cherchons un sens à un fait, nous émettons hypothèses. Demandez-vous, est-ce que cette hypothèse est basée sur les faits que j’ai vus ou ce que je crois ?
  5. Si vous êtes parvenu à une certaine conclusion, passez un filtre dessus. Mettez de côté vos croyances et vos émotions. Pensez-vous que votre conclusion est toujours vraie ?
  6. Observez votre comportement. Agissez-vous en fonction de vos émotions ou prenez-vous en compte les informations objectives que vous avez ? Lorsque nous nous laissons emporter par nos émotions, nous pouvons finir par faire ou dire quelque chose que nous regretterons. Restez attentif.

En somme, il est clair que nous avons tous à un moment donné créé un film mental qui avait peu de rapport avec la réalité. Les films mentaux génèrent généralement une sensation désagréable, et même de la honte parfois. Évitons ces films et utilisons une approche mentale plus lente et plus objective, sans hypothèses, préjugés ni inférences absurdes.

  • Argyris Chris, Senge Peter (2006) The Fifth Discipline: The Art & Practice of The Learning Organization. Doubleda