Juste pour rire : les stéréotypes de la vieillesse

11 février, 2020
Un film magistral qui nous parle des idées préconçues sur ce qui est convenable, approprié, sain ou indiqué quand les personnes arrivent dans la dernière étape de leur vie.
 

Nous allons aujourd’hui analyser un film de Netflix qui vient de sortir : Juste pour rire. Comme presque toutes les histoires intéressantes, il nous montre une réalité assez éloignée des clichés plus ou moins acceptés.

Cette fois-ci, c’est le réalisateur Greg Pritikin qui, avec deux grands du cinéma, Chevy Chase et Richard Dreyfuss, nous offre un « road movie » sur le ton d’une comédie. Le film nous invite à réfléchir sur les idées préconçues et les préjugés associés à l’âge.

Cette idée n’a rien de nouveau. L’industrie du cinéma a commencé, il y a quelques années, à nous offrir des comédies avec deux, trois ou plusieurs acteurs d’âge avancé – qui ont été de grandes légendes du cinéma – en tête d’affiche. Qui n’a pas été marqué par les Space Cowboys ?

Car oui, voir nos héros, acteurs ou actrices favorites arriver à un âge avancé est assez frappant. Ils ont marqué notre jeunesse et sont ancrés dans nos souvenirs. Nous les avons vus jeunes, beaux, athlétiques et sommes même tombés amoureux d’eux.

 

Une fois de plus, avec Juste pour rire, le cinéma nous propose un bon sujet de réflexion. Que doit-on faire ou cesser de faire à partir d’un certain âge? Il n’est pas nécessaire d’être un grand acteur d’Hollywood pour se poser cette question. Cela nous arrive ou nous arrivera à tous, tôt ou tard.

Il est vrai qu’il existe beaucoup d’idées établies sur ce qui est – ou non – convenable, approprié, sain ou indiqué quand les personnes arrivent dans la dernière étape de leur vie. Certaines se sentent totalement perdues en essayant d’acquérir des rôles typiques de leur âge et en essayant de trouver le sens qu’elles semblent avoir perdu au cours de leur évolution.

La trame de Juste pour rire

Chevy Chase incarne, dans ce film, un retraité : Al Hart. Ce dernier a, tout au long de sa carrière professionnelle, représenté des acteurs comiques. Ce travail le passionnait. Devant l’insistance de ses proches, préoccupés par son âge avancé, il décide de déménager dans un complexe résidentiel pour personnes retraitées.

 

Là-bas, il retrouve son tout premier client, Buddy Green (le magistral Richard Dreyfuss). À l’époque, Buddy était une jeune promesse de la comédie. Il avait cependant abandonné une potentielle carrière sur scène pour trouver une profession plus sérieuse et fonder une famille.

Le temps dans la résidence pour retraités passe donc entre des spectacles ennuyeux, des jeux de cartes, des vieilles histoires et de la résignation. Al Hart ne s’y fait pas. Il finit par convaincre Buddy de reprendre sa carrière de comédien, celle qu’il a abandonné lorsqu’il était jeune.

Ils prennent donc la route pour New York, sans rien dire à leur famille. Leurs compagnons de la résidence pensent qu’ils sont devenus fous. Al, en tant que représentant, trouve des rôles à Buddy dans les nombreuses villes et villages qu’ils traversent en direction de la Grande Pomme. Le but ultime ? Un important show de comédiens à la télévision.

Les stéréotypes de la vieillesse

Différentes recherches ont souligné que les stéréotypes du vieillissement s’intériorisent progressivement ; les individus finissent par projeter ces idées sur eux-mêmes. Levy, Slade, Kunkle et Klas (2002) ont décrit ce processus. Dès notre enfance, nous apprenons des stéréotypes sur l’âge et générons des attentes sur notre propre processus de vieillissement, sans remettre sa validité en cause.

 

Chaque fois que nous atteignons l’âge de catégorisation d’un groupe, les stéréotypes sont déjà intégrés dans nos schémas et nous commençons, inconsciemment, à les appliquer aux autres et à nous-mêmes. De cette façon, nous modifions nos perceptions sur la vieillesse et les ajustons au stéréotype correspondant. De manière inconsciente, nous introduisons des changements de comportements qui impliquent des conséquences physiques et psychologiques.

Nous créons de nouveaux comportements et mettons de côté ceux qui acquièrent un caractère descriptif (ce qu’il est « normal » de faire) et prescriptif (ce que l’on doit faire). C’est de cette façon que nous donnons forme au stéréotype.

Il est vrai que les individus qui ne s’ajustent pas au stéréotype de leur âge nous semblent étranges et, bien souvent, nous poussent au rejet. Ce serait le cas des personnes de plus de 65 ans qui ont souvent des relations sexuelles, un schéma que nous associons comme « normal » dans d’autres groupes d’âge.

 

Juste pour rire : une attitude qui n’a rien de sain

Dans une étude de Cuddy, Norton et Fiske (2005), on a pu vérifier que l’on attribuait moins de traits de compétence aux personnes âgées et plus de traits de cordialité. En d’autres termes, le stéréotype de la vieillesse implique moins de capacités et plus de sympathie. L’étude effectuées aux États-Unis a été réalisée dans six autres pays de différentes cultures, et les résultats étaient les mêmes.

Les personnes avec des perceptions plus négatives de leur propre processus de vieillissement avaient vécu moins longtemps que celles avec des perceptions plus positives de cette étape de leur vie. Plus concrètement, une moyenne de sept ans et demi de vie en moins. Ce fait était réel chez les deux genres et dans les différentes ethnies. Le statut socio-économique et le niveau d’éducation n’engendraient pas non plus de différences.

Bargh, Chen et Burrows ont réalisé une autre étude (1996) avec des résultats étonnants, basée sur les stéréotypes pour les différents groupes d’âge. Ils ont essayé d’activer, chez un groupe de personnes jeunes, des stéréotypes des schémas de la vieillesse.

 

Et ils l’ont fait à travers des phrases, des mots désordonnés et des photographies. Ils ont pu observer que les jeunes chez qui l’on avait activé les catégories de personnes à l’étape de la vieillesse marchaient beaucoup plus lentement à la suite du test.

Les stéréotypes de la vieillesse

Penser de façon humoristique

Juste pour rire retransmet magistralement le besoin de certaines personnes de se sentir vivantes jusqu’au dernier moment. L’identité des personnes se construit tout au long d’une vie. Il est extrêmement cruel d’arriver à la dernière étape de sa vie en devant renoncer à ce que l’on a toujours été, en perdant souvent sa raison d’être et son estime de soi.

Vieillir est un privilège tant que nous ne cessons pas de nous sentir en vie. Juste pour rire nous offre un autre privilège: celui de pouvoir revoir ces deux magnifiques acteurs au cinéma.